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Pour travailler avec Obama, il faut être prêt à dévoiler sa vie

Texte par Priscille LAFITTE , Leela JACINTO

Dernière modification : 23/11/2008

Les candidats à un emploi dans l'administration du futur président doivent tout dévoiler de leur passé. Les postulants sont invités à remplir un questionnaire détaillé portant sur leur vie professionnelle, mais aussi personnelle.

Il faut avoir du temps libre pour postuler à un poste de l’administration Obama. Assez en tout cas pour retrouver le nom, l'adresse et le numéro de téléphone de toutes les personnes avec lesquelles vous avez habité depuis dix ans. Il faut aussi reprendre l’ensemble de vos journaux intimes et traquer tout ce qui contient "quoi que ce soit suggérant un possible conflit d'intérêt ou quoique ce soit de compromettant pour vous, votre famille ou pour le président élu s'il était rendu public". Et avoir la présence d’esprit pour retrouver l’intégralité des pseudonymes sous lesquels vous avez pu écrire sur Internet.

 

Il y a ainsi 63 points sur lesquels vous devez apporter des preuves, qui vont de l’ensemble de vos déclarations d’impôt, de tous vos CV et publications (même sous pseudonyme) depuis dix ans, jusqu’au statut sous lequel vous avez pu embaucher un employé de maison (baby-sitter, jardinier, femme de ménage, etc.).

 

Ce questionnaire de 7 pages, dévoilé par le "New York Times", est envoyé à tous ceux qui candidatent à des postes élevés de l’administration. Cela signifie que tous les candidats aux 8000 postes ouverts, allant de l’architecte au libraire de la Maison Blanche, ne sont donc pas concernés.

 

"Ce questionnaire a pour but de couvrir l'équipe Obama en cas de problème", estime Larry Sabato, directeur du Centre politique de l'université de Virginia. "S'il y a une polémique, ils pourront toujours dire qu'ils ont posé la question au candidat mais qu'il n'a pas fourni l'information. Et en ce qui concerne les postes à haute responsabilité occupés par des personnes très expérimentées, c'est important que ces candidats prennent conscience de tout ce qui pourrait porter atteinte à l'image du président. N'oubliez pas que ce sont des personnes à l'ego surdimensionné qui n'ont pas l'habitude de voir leurs propres fragilités."

 

"C'est vrai que c'est terriblement intrusif , reconnaît Larry Sabato. Mais le président élu, Barack Obama, se retrouve déjà avec des tas de problèmes sur les bras, légués par l'administration Bush. Une controverse sur l’un des membres de sa nouvelle équipe est la dernière chose dont il a besoin."

 

Seriez-vous une source d'embarras ?

 

Le plus étonnant est de voir l’ensemble de la famille du candidat être visé par certaines questions. C’est le cas pour la possession d’une arme. C’est aussi le cas des liens éventuels du postulant, son conjoint et sa famille, avec des institutions financières en péril telles que Fannie Mae, Freddie Mac, AIG et Washington Mutual. L’équipe de Barack Obama veut ainsi éviter que les membres du gouvernement aient bénéficié d’avoirs financiers de ces banques et assurances, alors même que ces établissements sont poursuivis pour irrégularités.

 

Les conjoints des candidats sont visés par la plupart des questions : activité de lobbying, travail à l’étranger, prêts de plus de 10 000 dollars, cadeaux de plus de 50 dollars… Et si tout cela n’est pas suffisant, il faut mentionner si tout autre membre de la famille "serait une source d’embarras pour vous, votre famille ou le président élu." Nouvelles technologies obligent, le candidat doit faire une liste de toutes les adresses URL qui le concernent : Myspace, Facebook, etc.

 

 Nixon, Clinton… les précédentes bourdes

 

Obama n'est pas le premier à envoyer un tel questionnaire. Et l'histoire politique des Etats-Unis est truffée de scandales sur la vie personnelle des membres du gouvernement. "Regardez en 1972 : Nixon choisit son vice-président, Spiro Agnew, et un an plus tard, celui-ci démissionne pour des problèmes de fraude fiscale", rappelle François Vergniolle de Chantal, maître de conférence à l’université de Bourgogne, chercheur associé à l’Institut français des relations internationales (IFRI) et auteur de "L'empire de l'exécutif" (Armand Colin). "Côté démocrate, l’adversaire de Nixon en 1972, George McGovern, avait choisi Thomas Eagleton comme colistier. Il avait ensuite dû le désavouer quand il s'est avéré qu'Eagleton avait été interné pour soigner une dépression."

 

Le questionnaire a beau se durcir au fur et à mesure que les administrations se succèdent, des failles sont toujours possibles. "A la fin des années 80, un petit sénateur du Texas recruté par Bush père s'est avéré alcoolique profond", se souvient Catherine Durandin, chercheure à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). "Et Clinton avait recruté pour un des bureaux sociaux une femme qui employait une nounou illégale."

 

Le questionnaire anticipe donc ce genre de problème. Et plus généralement, Obama voudrait "éviter à tout prix un profil trop marqué à gauche", estime François Vergniolle de Chantal. "Car cela confirmerait les attaques républicaines et enverrait un mauvais signal à l'opinion. Obama se trouverait ainsi dans la position de Bill Clinton au début de son premier mandat, qui avait fait campagne au centre en 1992, mais avait choisi une équipe sous la pression des éléments les plus à gauche du parti." Clinton n’avait pas réussi à faire passer les réformes qu’il souhaitait.

 

"Les républicains vont traquer toutes ces candidatures dont les principales doivent être confirmées par le Sénat", souligne Catherine Durandin.

 

Mais la polémique est déjà lancée à propos de Sonal Shah, membre de l’équipe de transition, et sur laquelle pèsent des soupçons sur des liens éventuels avec des mouvements extrémistes hindous.

Première publication : 18/11/2008

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