15 h 48. Comme tous les jours, à la même heure, c’est la sortie d’usine de Santa Isabel à Cordoba. Mais cette fois, on a sans doute le cœur un peu moins léger. Les 1 400 ouvriers de Renault sont au chômage technique. Ils ne remettront leur bleu de travail que dans deux semaines.
Dernièrement, la crise et ses conséquences ont monopolisé les discussions. Car dans le secteur automobile, on est souvent les premiers touchés. La semaine dernière, 300 postes ont déjà été supprimés.
"Pour tous les gens ici c’est un moment critique, avec beaucoup d’incertitudes et, bien sûr, la peur de perdre son travail", assure Carlos Sosa, délégué syndical.
L’année 2008 devait pourtant bien terminer avec le lancement d’un nouveau modèle – la Symbole – et plusieurs centaines nouvelles embauches à la clé. Mais l’écroulement des exportations au Brésil et au Mexique a provoqué la désillusion et 14 jours de vacances forcées.
"On va se reposer, profiter du temps libre, se faire plaisir avec la famille", lâche en rigolant Pablo Calapeña, un jeune ouvrier chargé du contrôle des carrosseries.
Sur le chemin qui mène à son petit appartement de la banlieue de Cordoba, Pablo joue les décontractés. Mais son sourire n’est qu’une façade. Se faire plaisir en ne touchant que 70 % de son salaire n’est pas vraiment ce qu’il avait prévu. Et son entourage non plus. Car ici, quand Renault tousse, c’est toute l’économie locale qui est prise de sueurs froides.
"C’est un peu comme une réaction en chaîne. D’abord cela touche la tête, et après, cela contamine le corps. Là, c’est pareil. Moi je travaille pour un des plus gros employeurs de la région. Tout le monde s’inquiète donc pour notre santé économique", explique-t-il.
Sa femme Sandra, aide-ménagère chez des particuliers, se dit préoccupée. "Bien sûr que cette situation nous inquiète. Sans cesse, je demande de l’aide à Dieu pour que tout aille bien. Parce que sinon, tous les projets qu’on a peuvent tomber à l’eau."
Récemment marié, Pablo recherche avant tout de la stabilité. Mais il n’est pas encore intégré au groupe Renault. Il fait partie de ce que l’on appelle ici les "éventuels". Sur les 500 intérimaires que comptent l’entreprise, 300 ont fourni le premier wagon de licenciés.
Pour faire passer l’angoisse, il rejoint ses collègues après le travail. Au coin d’une rue, on partage une bière et on vide son sac. "Moi, je ne trouve pas ça juste. Si on travaille pour Renault, on devrait tous être Renault. On devrait tous être logés à la même enseigne, qu’on soit embauché ou intérimaire. On fait tous le même boulot, non ?", s’exclame Ariel Navarro. Ce travailleur à la chaîne de Renault est payé par Manager, une agence de travail temporaire.
Tous opinent quand il analyse cette crise qui leur vient "des pays riches" : "Avec la baisse de salaire, on va dépenser moins ; on ne va pas aller faire les mêmes courses au supermarché. Les ventes vont donc baisser et le manque à gagner sera général."
Le secteur automobile en Argentine est considéré comme le moteur du redressement économique argentin – un moteur aujourd’hui en panne. Fiat, VW ou Iveco : tous les constructeurs locaux ont prévu des baisses de production et des plans de restructuration du personnel.













