Samedi 04 juillet 2009

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Paroles de jeunes Tibétains nés en exil

Vendredi 21 novembre 2008

Alors que des dignitaires tibétains sont réunis à Dharamsala pour parler d'une éventuelle radicalisation de leur lutte, FRANCE 24 donne la parole à de jeunes Tibétains nés en Inde qui rêvent de reconquérir un pays qu'ils ne connaissent pas.

Vendredi 21 novembre 2008

551 dignitaires tibétains en exil sont réunis à Dharamsala, en Inde, où le Dalaï-Lama vit réfugié depuis 1959. Une conférence historique, puisqu’il s’agit du plus grand rassemblement des Tibétains du monde entier depuis 60 ans.

En marge de cette conférence, dans les rues de Dharamsala, notre envoyé spécial Sébastien Daguerressar a recueilli les témoignages de ces jeunes Tibétains nés en Inde, qui rêvent de reconquérir un pays qu’ils n’ont pourtant jamais vu.

Il est assis par terre, sur le trottoir, face au temple de la rue principale de Dharamsala. Verre de thé à la main et baladeur MP3 dernier cri aux oreilles, il prend le soleil, regard lointain… Il semble ne prêter aucune attention au spectacle des moines en toge rouge qui, juste de l’autre côté de la rue, font tourner les moulins à prière en longeant l’édifice sacré.

 

Voyant qu’on le regarde, il sourit, ôte ses écouteurs, et nous invite à partager son thé et son bout de trottoir. "Je pensais à l’exil", dit-il d’emblée, devinant notre question. Son nom est Khenrab Palden, il a 26 ans, et la question de l’exil non seulement le concerne à titre personnel, mais nourrit aussi son œuvre. Car Khenrab est cinéaste. Ses parents ont fui le Tibet avant sa naissance, explique-t-il. Ils sont arrivés en Inde sans argent. Mais grâce à l’aide de la communauté, ils ont réussi à monter un petit commerce, et ont si bien réussi dans les affaires qu’ils ont pu envoyer leur fils étudier aux Etats-Unis.

 

Khenrab Palden, jeune cinéaste tibétain.

 

Dans le Massachussetts, Khenrab a étudié l’anthropologie, l’histoire des religions, et le cinéma. "Je me sens 60% Tibétain, 20% Indien, 20% Américain. Mon pays sera celui où je pourrai gagner ma vie. Les Tibétains sont comme les juifs chassés de leur pays par Hitler. Leur exode en a fait des artistes, photographes, musiciens, réalisateurs… Je pense que dans vingt ans, les Tibétains seront eux-aussi un peuple d’artistes." Il commande un autre thé, et poursuit : "Je suis revenu ici pour préparer mon nouveau film. Pas un documentaire, mais une fiction, qui parlera de l’image du Tibet qu’on peut avoir quand on est un jeune Tibétain, né en Inde ou ailleurs, et qui n’a jamais vu son pays. C’est compliqué pour nous. C’est à la fois une terre promise, on s’imagine des paysages magnifiques, un endroit où tout le monde vit dans la paix et l’harmonie. Mais aussi un pays dangereux, où la liberté n’existe pas, où les Chinois vous tuent et vous emprisonnent. Tous les jeunes Tibétains en exil sont partagés entre ces deux visions, l’une magnifique et l’autre horrible, du Tibet."

  

La vieille garde et la nouvelle génération

 

Parmi tous les jeunes Tibétains que nous avons rencontrés à Dharamsala, un seul a connu le Tibet. Wangdui, 32 ans, a vécu là-bas avec ses parents fermiers, et ses frères et sœurs, jusqu’à l’âge de 12 ans. "J’ai assez peu de souvenirs, seulement les paysages, et les bœufs de mon père." Son histoire est proprement sidérante. Un jour, à Lhassa, le petit garçon se retrouve par hasard dans une manifestation autonomiste. Ce jour-là, tous les manifestants sont arrêtés. Les enfants sont rendus à leurs parents, mais restent étroitement surveillés par la police chinoise. Pour protéger le reste de la famille, les parents de Wangdui doivent se résoudre à l’envoyer en Inde avec un groupe de réfugiés, et depuis 18 ans maintenant, il n’a aucune nouvelle de sa famille. "Bien sûr, j’aimerais savoir comment ils vont, mais si je leur écris, ils seront surveillés par le gouvernement, alors je préfère ne pas le faire."

 

Au premier plan, Wangdui, séparé de sa famille à 12 ans.

 

La conférence qui a lieu en ce moment ? "Cest très important. Avec mes amis on ne parle que de ça. J’aimerais qu’il y ait un résultat concret, je suis pour l’indépendance du Tibet. Et je voudrais voir le Tibet libre dans cette vie-là."

 

C’est sans doute la différence principale entre l’ancienne et la nouvelle génération : voir le Tibet libre dans cette vie-là, pas dans la prochaine. C’est aussi ce que dit Khenrab, le cinéaste. "Nous, les jeunes, on veut des résultats immédiats. La voie moyenne parle de paix dans le monde. Mais les jeunes trouvent ça trop lent, trop rêveur, trop théorique. Nous, la paix dans le monde, on trouve ça bien, mais on veut parler de ce qui nous concerne, de ce qui nous appartient, chez nous, au Tibet."

 

Nouveau combat, nouveaux outils

 

La jeunesse tibétaine est impatiente. Pas question de prendre les armes, certes. Mais s’organiser, prendre en main son avenir, militer. Et surtout, utiliser cet exil, qu’ils n’ont pas choisi, cette diaspora tibétaine présente sur tous les continents, pour toucher les opinions publiques internationales. "La liberté du Tibet ne dépend pas seulement du Dalaï-Lama", explique Sonam Dorjee, 28 ans, badge représentant Che Guevara au revers de la veste, et membre du Tibetan Youth Congress, une organisation indépendantiste très active. "C’est une question qui concerne le monde entier. Le Tibet n’a jamais été chinois, et nous sommes nombreux à être prêts à consacrer notre vie à combattre cette injustice. Ce qu’on va faire ? Faire honte à vos pays, la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, les Etats-Unis. Ce sont eux qui permettent nos souffrances, pour préserver leurs relations avec la Chine."

 

Sonam Dorjee, 28 ans, activiste.

 

Pour mobiliser l’opinion internationale, ces jeunes Tibétains vivant au fin fond de la montagne indienne ont une arme de poids : Internet. De leur village, où l’on trouve un cybercafé tous les 20 mètres, ils communiquent, créent des sites, et même des télévisions en ligne. Sur tibetonlinetv.net, on peut voir en temps réel et de partout dans le monde les débats actuellement en cours à Dharamsala. Namla Tsering, 30 ans, soutient quant à lui le projet kalontripa.org, initié le 25 octobre. "C’est un forum pour les Tibétains du monde entier. Le but est de trouver le plus de candidats possibles pour les élections au poste de Premier ministre de 2011. Sur le site, chaque candidat doit donner son opinion sur les revendications tibétaines : indépendance totale ou simple autonomie, et sur les relations Tibet-Chine. Ensuite, tous ceux qui auront obtenu 25 soutiens pourront se présenter à des pré-élections en ligne, d’où émergeront les candidats les plus sérieux." Les jeunes Tibétains sont en train d’inventer leur démocratie.

 

L’appel à la communauté internationale

 

Mais parmi les 551 représentants admis à l’intérieur de la salle de conférence, la plupart sont de hauts dignitaires, plutôt âgés, et bien peu d’entre eux partagent les opinions radicales de la jeunesse. "Les plus âgés confondent politique et religion", dit Sonam Dorjee. Nous croisons l’un de ces rares délégués radicaux en la personne d’un jeune moine répondant au nom paradoxal de Vénérable Bagdro. Sourire aux lèvres, il distribue le livre qu’il vient d’écrire à la sortie de la salle de conférence. "La plupart des autres délégués sont modérés. Ils prônent une simple autonomie culturelle. Mais la jeune génération réclame de plus en plus fortement l’indépendance totale, et je fais valoir ce point de vue dans la conférence."

 

Vénérable Bagdro distribuant le livre dans lequel il raconte sa détention.

 

Vénérable Bagdro est jeune, il approche la quarantaine, peut-être, on n’ose pas demander son âge exact à un vénérable. Mais il a déjà vécu le pire. De 1988 à 1991, il a été emprisonné et torturé par les Chinois. Il parviendra finalement à rejoindre la France, où il passera un an à l’hôpital, sous la protection attentive de Danielle Mitterrand. "Je défends l’idée de porter plainte auprès des tribunaux internationaux pour chaque injustice commise contre les Tibétains. D’ailleurs, c’est ce que j’ai déjà fait à titre personnel. En juin, j’ai porté plainte auprès d’un tribunal espagnol contre Hu Jintao, pour les tortures que j’ai subies. C’est ça que je raconte dans mon livre." Et Vénérable Bagdro nous quitte sur ces mots, avec un grand sourire, pour rejoindre la salle de conférence, conscient d’être porteur, en ce jour historique, des rêves de Wangdui, Khenrab, Sonam et les autres.


 

  • 14/12/2008 13:24:20 Signaler un abus

    jeunes tibétains

    je voudrais juste lire les commentaires des autres, impossible d'y accéder !

  • 09/12/2008 20:46:53 Signaler un abus

    Merci

    Je suis heureux que Sarkozy a rencontré le Dalaï Lama. Dans ces moments, j'ai entendu fils représentée par notre président européen. Je vous remercie, un salut à tous les Français.

    Sono contento che Sarkozy si sia incontrato con il Dalai Lama. In quei momenti mi son sentito rappresentato dal nostro presidente europeo. Grazie, un saluto a tutti i francesi.

    Google translation, ;-) , eheheh

  • 07/12/2008 19:11:13 Signaler un abus

    esclavage Tibetain

    Amusant comme ce que l'on lit en France et ce que l'on voit au Tibet est différent. Je n'ai qu'une chose a dire pour remettre de l'ordre a cet article ou les discours des gent interrogés ont été moyennement traduit. Allez voir le musée de l'esclavage Tibétain au Tibet et regardez avec quelle peau d'animal son fait les tambour de la branche religieuse du dalaï-lama et vous comprendrez que qd un Tibétain dit que ses parents ont comme fuis Hitler il ne parlait pas du peuple Chinois mais bien d'un seul et mm homme qui frappe sur des tambour fait en peau humaine...

  • 05/12/2008 23:30:08 Signaler un abus

    je fonde tous mes espoirs sur cette rencontre

    je crois en la bonté. C'est l'essentiel

  • 25/11/2008 22:00:33 Signaler un abus

    La liberté

    Si c'est comme les exilés "cubains" de Miami, je pense qu'ils peuvent se mettre leurs droits de l'homme où je pense (tout comme les badges du Che). Mais c'est vrai que l'on pourrait faire le rapprochement entre le gouvernement d'Uribe et le Dalaï-lama, de grands amis de Robert Ménard.

  • 24/11/2008 19:06:00 Signaler un abus

    On attend :

    Ségolène n'avait-elle pas proposé à Sa Sainteté le Dalaï Lama "de se rendre au Tibet pour faire avancer les choses ?"
    J'attends toujours - et que vois-je à la place ?
    La gué-guerre pour le premier poste d'un parti en déclin.
    Ça me rappelle l'élection de Bush, à peu de voix près ... il a été élu, mais au moins l'adversaire n'a pas contesté.
    Durant ses 2 mandats il y a eu les attentats, l'Irak (pour venger son père), et j'en passe.
    Nous avons hélas trop tendance à nous allier aux Us, et à plier devant les Chinois.
    Les manifestations, les promesses ... tout cela s'envole comme les drapeaux de prière ... non, comme des ballons, avec des messages futiles, superficiels, et du coup ... aucune amélioration !
    Je prie ... quand même.
    Pensées ...
    Vive le Tibet ! Longue Vie au Dalaï Lama !
    Idem la Birmanie ! Free Burma ! Free Aung San Suu Kyi
    et ... cessons nos mésalliances.

  • 24/11/2008 14:28:49 Signaler un abus

    a confiance du dalaï-lama envers la Chine "s'amenuise

    Le parti communiste chinois a toujours fait des promesses, pour qu'on puisse espérer et pendant ce temps il continue ses violations des droits de l'homme en Chine et au Tibet
    www.ifjc.org.

  • 23/11/2008 07:59:28 Signaler un abus

    Les Tibétains sont réalistes : l'Occident n'est pas un allié

    "Our ability to get our points across has sometimes been clouded by the position the UK took at the start of the 20th century on the status of Tibet, a position based on the geo-politics of the time. Our recognition of China's "special position" in Tibet developed from the outdated concept of suzerainty. Some have used this to cast doubt on the aims we are pursuing and to claim that we are denying Chinese sovereignty over a large part of its own territory. We have made clear to the Chinese Government, and publicly, that we do not support Tibetan independence. Like every other EU member state, and the United States, we regard Tibet as part of the People's Republic of China. Our interest is in long term stability, which can only be achieved through respect for human rights and greater autonomy for the Tibetans.'" Foreign Office, 08-10-29

    Avec une telle déclaration officielle comment peuvent-ils nous faire confiance ? Aucun pays occidental n'appuie au plan diplomatique et officiel les revendications des Tibétains : on fait des vœux pieux vides de sens.

    L'Occident n'a pas levé un petit doigt en 50 ans : aucun pays occidental n'a voulu accueillir le gouvernement tibétain en exile. Les manifs de ce printemps c'était pour satisfaire l'ego des bobos pas pour aider le Tibet : pourquoi avoir attendu 50 ans pour manifester dans la rue ?

  • 22/11/2008 20:20:52 Signaler un abus

    tibet-chine

    De toutes façons, on à beau être sensible à ce genre de cause, il n'y a absolument rien que l'on puisse faire pour empêcher des choses qui sont probablement encore pire que la réalité qui parvient à nos yeux et nos oreilles. On ne peut rien faire pour empêcher le régime chinois de faire tout et n'importe quoi à part trouver ça triste et faire le choix de ne plus acheter de produits en provenance de chine... porter des t shirts pro tibetains et descendre dans la rue ne fera pas changer grand chose, ça fait juste des choses à racconter pour la presse.

  • 22/11/2008 16:22:19 Signaler un abus

    Que sont devenus tous les défenseurs du Tibet?

    J'imagine qu'ils ont du rejoindre les défenseurs des otages Colombiens...
    Beaucoup de bruit, on passe à la télé et puis plus rien.

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