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Le racisme serait en hausse après l'élection d'Obama

Texte par Leela JACINTO

Dernière modification : 25/11/2008

Aux États-Unis, chercheurs, policiers et défenseurs des minorités raciales s'inquiètent de voir une augmentation des incidents racistes depuis la victoire de Barack Obama, premier président noir des États-Unis.

Au petit matin, le 5 novembre, quelques heures après le discours de victoire de Barack Obama , Alie Kamara rentrait chez lui quand il a été brutalement attaqué par deux hommes hurlant "Obama ! Obama !". Ce lycéen de 17 ans, qui a quitté le Libéria pour les Etats-Unis en 2000, marchait vers chez lui sur l’avenue Vanderbilt, un quartier peuplé majoritairement de Noirs à Staten Island, New York, quand une voiture s’est garée près de lui. Deux jeunes Blancs, qui portaient des sweats à capuches, ont bondi hors du véhicule et ont commencé à tabasser l’adolescent noir sans défense à l’aide d’une batte de base-ball et d’une barre métallique.

Alie Kamara rapporte que durant tout le temps qu’a duré l’agression les deux hommes hurlaient le nom du nouveau président élu. Ils ne se sont arrêtés que lorsque l’adolescent, dont les blessures à la tête saignaient abondamment, a réussi à s’échapper en sautant par-dessus une barrière.

Quand Jeneba Ladepo, la mère d’Alie, a décroché son téléphone portable quelques minutes plus tard, c’est son fils désespéré qu’elle a eu au bout du fil. "Il répétait sans cesse :  'Maman, s’il te plaît ne me laisse pas mourir, s’il te plaît ne me laisse pas mourir '", a déclaré Jeneba Ladepo à FRANCE 24. "J’étais choquée, en larmes. Je lui ai dit : 'Bien sûr que tu ne vas pas mourir, j’arrive tout de suite.'"

Une réelle augmentation des incidents racistes ?

 

Jeneba Ladepo, une immigrée de 36 ans qui ne conduit pas, a fini par rejoindre son fils. Dans un hôpital local, on lui a posé quatre agrafes pour refermer les plaies de sa tête. Son torse, ses bras et ses jambes étaient également gravement contusionnés, selon le dossier médical.

Les deux agresseurs d’Alie Kamara ont par la suite été arrêtés par la police et accusés de crime de haine et de détention illégale d’arme.

Le 4 novembre, les Américains ont élu leur premier président noir, une revanche après des siècles de discrimination raciale. Mais dans certaines enclaves du pays, des activistes de la communauté noire et les cellules de la police locale spécialisées dans les crimes de haine sont préoccupés par une série d’incidents raciaux.

Il est encore trop tôt pour que les statistiques des crimes à l’échelle du pays reflètent ce phénomène. Mais, se basant sur des preuves, activistes et criminologues rapportent une percée des incidents raciaux dans certaines zones du pays.

Mark Potok, directeur du projet de renseignement au Southern Poverty Law Center, une organisation à but non lucratif basée en Alabama et chargée de compiler les crimes de haine, déclare avoir enregistré des centaines d’incidents raciaux depuis les dernières semaines de la campagne présidentielle américaine.

"Nous avons assisté à un réel et important retour de bâton (chez des) Blanc(s)", déclare Mark Potok. "Et je pense que cela empire", ajoute-t-il. Selon lui, ce "retour de bâton" se manifeste par des graffitis racistes, des croix brûlées dans des champs, des marionnettes noires pendues, ainsi que par des slogans racistes dans les cours d’écoles et les bus scolaires. Mark Potok souligne que si tout ces incidents ne peuvent pas être qualifiés de crimes de haine, ils peuvent certainement être considérés comme des "incidents racistes troublants".

"Des dilettantes" qui cherchent les ennuis

Après la victoire surmédiatisée de Barack Obama, les derniers incidents montrent que si les électeurs américains ont dans l'ensemble ignoré la question de la race du candidat, la couleur de peau importe toujours à un petit groupe de racistes purs et durs.

"On peut voir comme une contradiction qu’après l’élection d’un président africain-américain, le pays voie des centaines d’attaques contre des Africains-Américains", admet Jack Levin, sociologue et criminologue à l'université de Boston. "Mais il n’y a pas de contradiction, car le racisme fait toujours partie de ce pays, même s’il y en a certainement moins", explique-t-il.

Selon les dernières statistiques du FBI, il y a eu 7624 crimes de haine en 2007, un chiffre en diminution par rapport à 2006 où 7722 incidents ont été rapportés.

Mais pour avoir une meilleure idée de la baisse d’influence des groupes racistes, certains experts, comme Jack Levin, choisissent de voir à plus long terme. "Dans les années 20 par exemple, le Ku Klux Klan (KKK) comptait 4 millions de membres, rappelle Jack Levin. Aujourd’hui, vous devriez trouver entre 20 000 et 50 000 membres de groupes prônant la suprématie blanche sur un pays de 310 millions de personnes."

Il est cependant difficile de déterminer le nombre exact de ces groupes défendant la suprématie des blancs aux Etats-Unis. Alors que le FBI qualifie 24 organisations locales ou nationales de terroristes, il ne spécifie pas la part des groupes racistes parmi eux.

Mais pour Jack Levin, la majorité des auteurs de crimes de haine ne sont pas les membres de ces groupes, mais plutôt des jeunes qu’il appelle les "dilettantes". “Ce sont le plus souvent des adolescents ou de jeunes adultes qui sortent le samedi soir pour chercher quelqu'un à attaquer ou quelque chose à vandaliser", explique-t-il.

Pauvreté, chômage, immigration : un terreau favorable au racisme

Internet est une source d’inspiration importante pour ces "dilettantes", remarquent les observateurs de crimes de haine.

Si Mark Potok se méfie des estimations souvent exagérées véhiculées par les sites racistes, il n'a aucun doute sur le fait que les sites Internet de ces groupes connaissent une forte hausse de leur fréquentation. Juste après l’élection du 4 novembre, Stormfront, le principale site web prônant la domination des Blancs aux Etats-Unis, a rapporté que ses serveurs ont été débordés par le nombre de connexions.

Selon Jack Levin, ces sites attirent plus particulièrement des jeunes qui se sentent marginalisés. "Ils se connectent à un chatroom et trouve subitement des centaines d’amis qui ressentent la même haine qu’eux", explique-t-il.

Pour les racistes purs et durs, l’ascension de Barack Obama à la Maison Blanche représente une rupture dans ce que Mark Potok voit comme une conjonction idéale de facteurs favorisant l'adhésion à des mouvements racistes. "L’économie va mal et cela va empirer, analyse Potok. Le taux de chômage est élevé et l’immigration augmente, autant de causes qui encourage le recrutement."

Mais pour des immigrants comme Jeneba Ladepo, qui est arrivée aux Etats-Unis pour offrir à ses enfants une vie meilleure, les crimes de haine défient l'entendement. "Je n’ai pas quitté mon pays pour voir mon fils presque tué sous des coups de batte de base-ball", dit la mère d’Alie Kamara.

L’expérience a été particulièrement éprouvante pour celle qui est devenue citoyenne américaine depuis l’année dernière. "Je suis fière de la victoire d’Obama, dit-elle. C’était la première fois que je votais (aux Etats-Unis) et je suis fière. Je ne suis pas déçue par ce pays car il y a beaucoup de gens bons ici et il y en a quelques-uns qui sont mauvais. Ce qui me dérange c’est qu’une poignée de personnes puissent faire quelque chose d’aussi horrible à mon fils."

 

Première publication : 24/11/2008

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