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Entre l'Inde et le Pakistan, l'histoire se répète

Texte par Leela JACINTO , Envoyée spéciale de FRANCE 24 à Bombay

Dernière modification : 02/12/2008

Les accusations d'hommes politiques indiens affirmant détenir des éléments prouvant l'implication du Pakistan dans les attaques de Bombay ont comme jeté un froid dans des relations historiquement difficiles avec Islamabad.

Retrouvez le carnet de route de Leela Jacinto à Bombay.

 

 

Retrouvez également l'interview de Jean-Luc Racine sur la responsabilité du Pakistan en trois questions.



À deux pas de l’hôtel Oberoi, attaqué la semaine dernière, un message gribouillé sur un kiosque écrit bien gros : "Nous voulons la guerre avec le Pakistan".
 
Après les attaques de Bombay, qui ont tué au moins 172 personnes, un ressentiment diffus plane dans certains quartiers de Bombay, tendant à justifier une intervention de l’Inde contre les camps terroristes présumés au Pakistan.

"Si nous avons les preuves que des groupes et des individus basés au Pakistan sont responsables des attaques, pourquoi n’allons-nous pas les chercher ?", s'insurge Vinod Pursan, un homme d’affaires de 62 ans, qui regarde, bouche bée, l’un des sites dévastés par la récente attaque.

Des responsables de la sécurité et des hommes politiques indiens ont déclaré que les attentats du 26 novembre, qui ont duré presque 60 heures, ont été planifiés par des terroristes basés au Pakistan. Pourtant, New Delhi porte une attention toute particulière à ne pas directement pointer du doigt le gouvernement pakistanais, dans la mesure où les dernières accusations publiques ont attisé les tensions entre les deux pays voisins.

À l’évocation des conséquences d’un éventuel conflit entre les deux nations dotées de l’arme nucléaire, Vinod Pursan hausse les épaules. "Je ne suis pas inquiet, affirme-t-il. Pas du tout, parce que nous devons aller au Pakistan et détruire les camps terroristes".

Il n’est en effet pas aisé de prendre le pouls de cette mégalopole, et de son extraordinaire diversité, avec ses 13 millions d’habitants. En l’absence de sondages d’opinions, les analystes s’abstiennent de tout jugement tranché sur l’humeur de la population. Mais dans la capitale économique indienne, le sentiment de colère est palpable. La rage est principalement dirigée contre le gouvernement indien qui n’a pas réussi à prévoir les attaques. Mais le Pakistan, vieil ennemi de l’Inde, en subit également les foudres.

Un jeu d’accusations entre l’Inde et le Pakistan


Après la plus précise et redoutable des attaques terroristes survenues sur le sol indien, l'Inde et le Pakistan se regardent de nouveau en chiens de faïence. Entre les deux nations voisines, les accusations réciproques se poursuivent inexorablement, depuis toujours, suivant des règles immuables, quel que soit le contexte.

Sur la base du témoignage de l’un des tireurs capturés au cours des attaques de Bombay, les enquêteurs indiens ont établi un lien entre les terroristes et des camps d'entraînement islamistes situés au Pakistan.


Dans leur collimateur, le camp de Lashkar-e-Toiba. Selon les enquêteurs, les effets personnels des terroristes et les affaires saisies dans le bateau abandonné ayant servi à transporter les assaillants mèneraient tout droit vers ce camp d’activistes pakistanais.

Ce groupe nie pourtant tout rôle dans les attentats. Les autorités pakistanaises ont, à plusieurs reprises, demandé aux Indiens de leur fournir les preuves de l’implication du Pakistan avant de proférer de telles accusations publiques.

Les médias indiens s'y attachent. Ils citent des sources proches de l’enquête, et publient un flot constant d’articles mettant en évidence le rôle du Pakistan dans les attaques de la semaine dernière. Ils parlent notamment de la découverte d’un téléphone portable et d'un dispositif GPS destinés à guider les terroristes jusqu’au Pakistan, une fois leur mission accomplie.

Condoleezza Rice au secours des deux pays


Alarmée par cette escalade de tensions entre les deux pays, la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice a décidé de se rendre cette semaine dans la région pour tenter d’y apaiser les tensions.

De part et d’autre de la frontière indo-pakistanaise, les rumeurs d’un redéploiement de troupes se multiplient. Cette situation inquiète fortement un responsable pakistanais de la sécurité, qui estime que le déplacement de ses soldats impliquerait un allègement des troupes à la frontière afghane où, précisément, ils affronttent une résurgence de l'influence des Taliban et al-Qaïda.

Une telle mesure risquerait fort de contrarier les responsables politiques et militaires américains, qui ont reproché à maintes reprises à Islamabad de ne pas suffisamment s’engager pour combattre les militants islamistes dispersés dans ses zones tribales.

Ce n'est pas tout. Ce regain de tension entre les deux pays voisins menace de réduire à néant l’espoir de mettre un terme au différend portant la région du Cachemire, et surveillé de près par la nouvelle administration américaine. La région, séparant l’Inde du Pakistan, est en effet une source constante d'hostilité entre les deux pays depuis plus de 60 ans.

Malgré ces difficultés, des voix plus nuancées réussissent à se faire entendre dans la capitale économique de l’Inde. Dans un éditorial du quotidien national "The Hindustan Times", le romancier Amitav Ghosh a appelé les Indiens à saisir l’opportunité de "forger des alliances stratégiques avec les franges de la société pakistanaise qui, elles aussi, subissent les balles".

Même au cœur des attaques, à proximité du "Ground Zero de Bombay", des voix pacificatrices se font entendre. Sous le slogan belliqueux qu'on trouve à deux pas de l'hôtel Oberoi, inscrit sur le kiosque proche du palace, une autre message s'est glissé : "Nous ne voulons pas de guerre avec le Pakistan".

Première publication : 01/12/2008

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