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Economie

L'avenir des "Big Three" entre les mains des parlementaires

Texte par Lorena GALLIOT

Dernière modification : 03/12/2008

Le Congrès envisage d'accorder un prêt-relais d'un montant total de 34 milliards d'euros à Ford, General Motors et Chrysler. Objectif : financer une réforme en profondeur de l'industrie automobile américaine qui leur éviterait la faillite.

Frappés de plein fouet par la crise, les trois plus gros constructeurs automobiles américains, Ford, General Motors (GM) et Chrysler, tentent de nouveau leur chance auprès du Congrès américain. Les "Big Three", comme on les surnomme, souhaitent obtenir une aide financière publique de 34 milliards de dollars, après avoir essuyé un premier refus en novembre.

 

Le marché automobile américain a encore lourdement dégringolé durant ce mois, avec une chute des immatriculations supérieure à 30 % pour les principaux constructeurs, qu'ils soient américains ou étrangers. Particulièrement malmenés par la crise financière et la hausse des prix du pétrole, les trois constructeurs ont demandé au Congrès la possibilité de bénéficier de fonds d’urgence pour financer des réformes structurelles et éviter la faillite.

 

"Il n’y a pas de plan B", a souligné Fritz Henderson, le directeur général délégué du groupe GM, insistant sur les conséquences humaines et sociales catastrophiques d’une éventuelle banqueroute.

 

Le mois dernier, l’appel à l’aide des constructeurs avait laissé les parlementaires de marbre. Les élus avaient alors préféré montrer du doigt leur entêtement à produire des gros modèles, gourmands en carburant, et les avaient exhortés à proposer une stratégie de restructuration en profondeur avant d’envisager une quelconque aide financière.

 

"Les Américains ont trop longtemps surfé sur la vague d’une conjoncture favorable (prix du pétrole bas, forte de demande en voitures de gros calibre, etc.) et ils n’ont pas vu les choses changer", estime Carlos da Silva, analyste du marché automobile au cabinet Global Insight. "Les petites voitures, plus économiques, sont plutôt une spécialité japonaise. Or c’est là que va la demande aujourd’hui", explique de son côté Gaëtan Toulemonde, analyste financier automobile à la Deutsche Bank.

 

Des patrons payés un dollar ?

 

Les industriels ont obtempéré, annonçant des plans pour améliorer leur structure de coûts, simplifier leurs activités, rediriger leurs gammes de produits pour satisfaire les nouvelles normes écologiques et rationaliser leurs réseaux de concessionnaires. La main d’œuvre ne sera pas épargnée. Le constructeur automobile GM a indiqué, mardi, qu’il était prêt à sacrifier le tiers de ses salariés américains.

 

Le directeur général de Ford, Alan Mulally, rémunéré 28 millions de dollars en 2007, a indiqué qu’il serait prêt à accepter un salaire annuel d’un dollar si son groupe tirait sur la ligne de crédit consentie par le gouvernement. Ses homologues de GM et de Chrysler ont fait la même annonce. Symboliquement, ils ont renoncé à leurs jets privés pour se rendre à Washington… en voiture hybride.

 

Si au sommet on donne l’exemple, la base devra, elle aussi, se serrer la ceinture. Le syndicat américain de l'automobile (UAW) a annoncé qu’il était disposé à accepter des modifications des conventions d'entreprises qui le lient à GM, Ford et Chrysler, pour faciliter la restructuration des trois constructeurs automobiles.

 

Cette fois-ci, un accord entre le Congrès et les "Big Three" semble bien parti. La présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a affirmé que "l’ouverture d’un financement-relais à court terme est la façon de procéder. La banqueroute n’est pas une alternative envisageable." De son côté, le président élu Barack Obama a relevé que les plans présentés mardi étaient "plus sérieux" que ceux soumis au Congrès le mois dernier.

 

Trois millions d'emplois en jeu

 

Toutefois, pour David Bailey de la Birmingham Business School, "l’Etat américain ne peut pas ne pas aider les constructeurs. La disparition de l’un de ces groupes serait une catastrophe sur le plan social, avec près de trois millions d’emplois dans la balance."

 

Pas question non plus de laisser Chrysler sur la sellette. La chute du plus petit et du plus affaibli des trois groupes risquerait de porter préjudice aux deux autres. Ford a fait savoir que la faillite de l'une de ses deux rivales la menacerait également, parce qu'ils dépendent des mêmes prestataires et des mêmes fournisseurs de pièces détachées. C'est tout un pan de l'économie américaine qui serait affecté.

 

"Les groupes souffrent de problèmes structurels énormes qu’ils doivent réformer, mais ils ont besoin de liquidités pour financer ces réformes. L’aide publique est donc une nécessité", estime Bailey qui ne pense pas que la solution, déjà évoquée, d’une banqueroute partielle, dite de "Chapter 11", puisse s’appliquer à l’industrie automobile. "Le consommateur sera réticent à acheter des voitures à un fournisseur dont il n’est pas sûr de la solvabilité, de la qualité du service après-vente. Le manque de confiance des acheteurs continuerait à affaiblir le marché."

 

Les constructeurs seront-ils à même de rembourser ces prêts-relais comme ils l’ont promis ? "Difficile à dire, répond Da Silva. Mais il va falloir payer pour voir si ça marche. Ne pas payer serait une catastrophe que Barack Obama ne peut pas se permettre."

 

Première publication : 03/12/2008

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