Dernière modification : 05/12/2008 

- Argentine - Avortement


Ces jeunes femmes qui avortent dans la culpabilité
Près de 500 000 femmes avortent chaque année en Argentine. Faute de loi les protégeant, la plupart d'entre elles sautent le pas avec un sentiment de culpabilité, même si les trois quarts de la population sont pour une loi plus permissive.
Par Antoine RAUX (texte)

A la fin du mois de novembre, l’Uruguay a tenté l’impossible : être le premier pays à dépénaliser l’avortement en Amérique latine. Les deux chambres du Parlement – députés, puis sénateurs – ont voté en faveur d’une loi ouvrant le droit d’avorter durant les trois premiers mois de grossesse. Mais le président de la République, Tabare Vasquez, a finalement opposé son veto, enterrant ainsi tous les efforts de sa propre majorité.

 

Dans le pays voisin, l’Argentine, la loi est aussi rigide en la matière. L'avortement est interdit, sauf dans deux situations : "En cas de viol sur une femme attardée ou en cas de danger pour la vie de la femme enceinte". L’hypocrisie est totale, car c’est le délit le plus commun et pourtant le moins poursuivi. Sous la pression de l'Eglise, très influente dans le pays, les avortements légaux sont très rarement appliqués.

 

Norma et Aroldo vivent dans la campagne de Vera, dans le nord de l’Argentine. Très pauvres, ils ne savent ni lire ni écrire. Le jour où leur fille est tombée malade, ils l’ont emmenée à l’hôpital public. C’est là que le calvaire a commencé.

 

Venue pour une douleur dentaire, Anna Maria y reviendra peu après pour traiter une tumeur fulgurante. Un mois plus tard, les médecins ont diagnostiqué un cancer à la jeune femme et lui ont également appris qu’elle était enceinte. Pour protéger l’enfant à naître, les médecins lui ont refusé une chimiothérapie.

 

"A ce moment-là, la tumeur ne l’empêchait ni de voir, ni de sentir, ni d’entendre, raconte Norma Cuevas de Acevedo, la mère d’Anna Maria, en feuilletant de vieilles photos. Et les médecins nous ont dit : ‘Non ! Il n’y a pas d’urgence’. Ils nous ont promis qu’ils allaient tout faire pour que les deux restent en vie… Et, au final, aucun des deux ne s’en est sorti."

 

Le poids du catholicisme

 

Très restrictif, le Code pénal argentin autorise pourtant l’avortement si la vie de la femme enceinte est en danger. Dans le cas d’Anna Maria, le comité éthique de l’hôpital ne s’est même pas réuni. "Parce que la religion catholique les en empêchait… Et aussi pour une raison de culture, je crois, ou quelque chose comme ça…", tente d’expliquer Norma.

 

Anna Maria est morte à l’âge de 20 ans. Elle a laissé trois enfants en bas âge à la charge de sa mère. Les médecins, qui se sont refusé à pratiquer un avortement thérapeutique, ont été blanchis lors d’un procès, en août dernier. Une décision jugée rétrograde pour tous ceux qui souhaitent clarifier et élargir le droit à l’avortement.


"Je suis convaincue que la présidente de la République ne se compromettra pas pour promouvoir une loi… Et qu’en accord avec l’Eglise, elle fera en sorte qu’il n’y ait pas de débat au Parlement", lâche, dépitée, Silvia Ausburguer, député à l’origine de deux projets de loi en la matière.

 

"Vous voulez avorter, nous pouvons vous aider"

 

A San Pedro, à 180 kilomètres de Buenos Aires, Diana Castillo dirige l’une des 26 maisons gérées par l’association Gravida, émanation argentine de l’Institut Jean-Paul II pour le mariage et la famille. Depuis 1993, ces centres se multiplient dans le pays. Leurs militants se définissent comme des bergers qui vont à la rencontre de jeunes filles en proie au doute. De fait, ils sont tous farouchement anti-avortement. À travers des petites annonces au prétexte ambigu, du type "Vous voulez avorter, nous pouvons vous aider", ils les persuadent de garder l’enfant en offrant un soutien matériel et psychologique.

 

"Moi, quand je rencontre ces enfants, ces petites futures mamans, je leur dis : ‘Écoutez, ça vaut vraiment la peine ! Prenez vous en charge, battez-vous… Mais ne laissons pas ces bébés, que nous avons été, mourir pour rien", s’enthousiasme Diana Castillo. Derrière elle, trône une grande affiche de Guadalupe, la vierge enceinte, symbole de l’association.

 

À l’âge de 16 ans, Daniela voulait avorter. Puis elle s’est laissé convaincre de garder son bébé. Aujourd’hui elle a 19 ans, deux enfants et a fait sien le discours de la maison où elle travaille comme aide chargée de trier les dons de vêtements.

 

"Pour moi la vie vaut plus que tout ! Et cela dès le premier jour de la conception…", s’amuse-t-elle a répéter dans les bras de Diana qui s’empresse de la féliciter : "Bien ! Ma fille. Voilà ! Elle, elle a tout compris !"

 

En Argentine, près de 500 000 femmes avortent chaque année. Faute de loi les protégeant presque toutes avortent dans la culpabilité. Et l’hypocrisie continue même si les trois quarts de la population se disent en faveur d’une loi plus permissive.

Commentaires (3)

ne nous prenez pas pour des cons

j'ajoute qu'en France aussi on augmentait artificiellement le nombre d'avortement clandestins avant 75 : on brandissait le chiffre de 1 000 000. Aujourd'hui l'INED, peu suspecté d'être un opposant à l'avortement, l'estime à 60 000, très loin de ce qui se disait à l'époque. On peut faire le même commentaire pour le nombre de femmes qui "meurent pour n'avoir pas eu le droit d'avorter".

un reportage biaisé

1 : selon vous, il est criminel de convaincre (pas persuader par des moyens contestables !) une femme de garder l'enfant ?
2 : une femme qui n'a pas avorté est morte avec son enfant. Pourriez-vous, par équité, présenter un cas où une femme garde l'enfant et survit (cas bien plus fréquent) ?
3 : ne tentez pas de convaincre qui que ce soit que les seuls opposants à l'avortement sont des catholiques. Cet amalgame nuit à la qualité de votre reportage qui multiplie les clichés. Montrez la réalité ! Montrez aussi les femmes qui souffrent d'avoir avorté. Et ayez le courage de publier les critiques : vous montrerez votre ouverture d'esprit.

Mensonge énorme

En écrivant "En Argentine, près de 500 000 femmes avortent chaque année", vous faites preuve de désinformation.
Ce chiffre est TOTALEMENT FANTAISISTE, et vous le savez.
La propagande mortifère de France24 est déplorable.

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