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Amériques

Dans les couloirs de Guantanamo

©

Vidéo par Nathan KING , Emmanuel SAINT-MARTIN

Texte par Emmanuel SAINT-MARTIN

Dernière modification : 13/12/2008

Nos envoyés spéciaux ont pu visiter, à Guantanamo, un camp réservé aux prisonniers les plus obéissants. Malgré la fermeture imminente de la prison, l'armée américaine continue d'organiser des visites pour les journalistes.


Retrouvez le reportage d'Emmanuel St Martin, sur
Omar Khadr, "l'enfant de Guantanamo"

 

Il y a les tours de garde, que l’on peut filmer seulement si elles sont occupées par un gardien ; les clefs et serrures, interdites de toute image ; les caméras de surveillance, hors limite également. Ne songez même pas filmer la magnifique côte autour de laquelle s’étale la base américaine de Cuba : cela permettrait de localiser l’emplacement des installations.


Une visite guidée des camps de détention est d’abord une longue liste d’interdits. Avant d’arriver sur la base, les journalistes s’engagent à se soumettre à la censure militaire ; puis, sur place, toute image enregistrée doit être approuvée avant diffusion. Les règles sont strictes, d’une logique pas toujours claire, mais appliquées sans faiblesse.
Pas question, on s’en doute, d’espérer approcher un détenu. On est autorisé à les filmer, à condition que leur visage n’apparaisse pas - officiellement  pour protéger les détenus.


Notre visite est guidée par Jeff Hayhurst, adjoint du commandant du centre de détention, un solide officier de marine qui a visiblement un objectif : démontrer aux médias que les prisonniers sont bien traités. La terminologie officielle est "détenu", et on est repris à chaque fois qu’on emploie un autre terme : Guantanamo n’est pas une prison, c’est "un camp de détention pour ennemis combattants".

 

Le dessin, une des rares activités autorisées

Nous commençons la visite par Camp Delta, la première enceinte construite après l’arrivée des premiers détenus, en 2002. C’est ici que se trouve l’hôpital - "les détenus bénéficient d’un meilleur suivi médical que beaucoup d’Américains", répètent nos anges gardiens -, la bibliothèque et Camp IV, la partie de la prison destinée aux détenus les plus obéissants. Ils vivent en cellules communes, autorisés à aller et venir à leur guise dans l’enceinte du camp.

Ce sont ces prisonniers que l’on voit dans notre reportage. Nous ne pouvons pas les approcher mais ils ne fuient pas les caméras. Ils sont une soixantaine dans ces bungalows conçus en 2003 pour 175. Dans les bâtiments vides, on a installé les classes pour les volontaires : cours d’arabe d’abord, puis d'anglais plus récemment car pendant longtemps les commandants successifs du camp on refusé, de peur que les détenus n’espionnent leurs gardiens. Et cette semaine, une innovation dont Jeff Hayhurst est particulièrement fier : des cours d’art. De nombreux détenus ont apparemment développé un goût prononcé pour le dessin, une des rares occupations autorisées.

 

Depuis quelques mois, les détenus ont même accès à la presse : "USA Today" en anglais, Al-Ahram (Egypte) et un quotidien saoudien en arabe. Depuis que les détenus ont des contacts fréquents avec leurs avocats, suite aux décisions de la Cour suprême américaine, les restrictions de l’information étaient devenues inutiles.

 

Des "liquides organiques" jetés au visage des gardiens


Tous les détenus de la prison bénéficient de ces améliorations du quotidien, mais la majorité vit encore en cellules individuelles, avec quelques heures de "récréation" dans des espaces grillagés. Nous sommes dans Camp V et Camp VI. "Ici, il y a des incidents quasi quotidiens, assure Jeff Hayhurst. Au moment de la livraison des repas, par exemple, lorsqu’ils essaient de jeter au visage de leurs gardiens des mélanges à base de ‘liquides organiques’". Du coup, les gardiens sont équipés de visières de protection, type équipement anti-émeute.

 

Les deux bâtiments sont flambant neufs, construits sur le modèle de centres de détention américains. Leur construction a coûté plus de 60 millions de dollars. Camp VI aurait dû être une prison de "moyenne sécurité", mais elle a été transformée, après construction, en prison de haute sécurité, avec notamment suppression des espaces communs "car les détenus sont trop dangereux", assure Jeff Hayhurst.

La visite s’arrêtera là. Depuis quelques mois, on sait qu’il existe aussi sur la base un Camp VII, réservé aux "détenus de haute valeur ", notamment les 5 poursuivis pour avoir conçu et organisé le 11-Septembre, dont Khaled Sheikh Mohammed. L’administration de la prison a longtemps nié jusqu’à l’existence de ce camp qui n’abrite qu’une quinzaine de détenus. Elle l’admet désormais mais refuse d’en dire plus. Même l’emplacement du Camp VII sur la base reste secret. Les rares avocats autorisés à y visiter leurs clients y sont acheminés à bord de véhicules aux vitres masquées. A ce jour, nos demandes de visites sont restées sans réponse.
 

Première publication : 11/12/2008

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