C’est une opération vérité, un test d’influence, un baromètre de crédibilité. Ce mercredi, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) a frappé fort en annonçant la plus forte baisse de production de son histoire. Les États membres s’engagent à stopper la livraison de deux millions de barils chaque jour (mb/j), soit 5 % des 27,3 mb/j produits jusqu’ici.
En temps normal, la seule hypothèse d’une telle coupe suffirait à faire bondir les cours. Aujourd’hui, le International Herald Tribune livre une statistique intéressante : selon la banque UBS, l’Opep est parvenue dans 60 % des cas à stabiliser ses prix en jouant sur les quotas de production.
"Période normal"
Mais la crise financière qui frappe aujourd’hui les Etats-Unis, l’Europe ou encore le Japon n’est pas une "période normal". Le ralentissement économique mondial, vécu jusqu’en Chine (qui absorbe 9 % de la production mondiale), est venu plomber la demande et bouleverser tous les pronostics. La remontée du dollar face à l’euro limite également le rôle de "valeur refuge" joué par le baril de pétrole. Dans ce contexte, l’Opep peut-elle atteindre l’objectif 75 euros, le seuil "acceptable" avancé par l’Arabie saoudite ?
Rien n’est moins sûr. Les nuages continuent de s’amonceler au dessus de l’économie mondiale, et aucune tâche bleue n’est visible à l’horizon. Dans un marché très réactif aux chiffres de la demande, une baisse de la production n’est pas toujours l’argument le plus persuasif.
Tricheurs
D’autre part, comme dans toute équipe, il existe parfois des tricheurs. Combien de pays résisteront à la tentation de dépasser leur propre quota pour faire rentrer un peu plus de liquidités, au risque de tirer les cours vers le bas ? Pour le moment, l’Opep salue le fait play de ses joueurs (les deux réductions annoncées depuis septembre auraient été respectées à 85 %).
Mais quid des pays non membres de l’Opep ? La Russie, l’Azerbaïdjan et la Syrie, entre autres, représentent tout de même 60 % de la production. Si ces derniers semblent prêts à jouer le jeu de la baisse, difficile de savoir s’ils tiendront leurs promesses.
Spéculation
Enfin, n’oublions pas la spéculation, qui semble toujours déterminante dans la fixation des prix. D’après Citigroup, le nombre de contrats à terme sur le pétrole a augmenté de 460 % au cours des quatre dernières années, alors que le marché n'a vraiment progressé que de 9 %.
Or, s’il arrive qu’un marché spécule démesurément à la hausse, celui-ci peut aussi parier… à la baisse, quitte à en oublier le principal : le volume de pétrole véritablement produit et consommé chaque jour sur la planète.





