Dernière modification : 19/12/2008 

- Nicolas Sarkozy


Malek Boutih, ancien président de SOS Racisme
Roselyne Febvre reçoit Malek Boutih, membre du Bureau national au Parti Socialiste qui revient sur le "plan diversité" de Nicolas Sarkozy en faveur de la promotion sociale des minorités au sein des élites françaises.

Retrouvez la première partie de Politiques avec Hervé Morin, Ministre de la Défense en cliquant ici.

 

Roselyne FEBVRE.- Retour sur le plateau de "Politiques", avec notre second invité Malek Boutih. Bonjour.

Malek BOUTIH.- Bonjour.

Roselyne FEBVRE.- Vous êtes ancien président de SOS Racisme et, au parti socialiste, vous êtes membre du Bureau national. Bien sûr, on va parler des réactions, de votre réaction aux propositions de Nicolas Sarkozy et de son plan de promotion à toutes les diversités.

Alors, plusieurs mesures : on a vu le CV anonyme, pour attester, dans certaines entreprises, des conventions entre des chaînes de télévision et le CSA, pour qu’il y ait plus de couleurs à l’antenne et, surtout, aussi, les 30 % dans les grandes écoles, 30 % d’élèves boursiers. Ça, ce sont pour les mesures, mais, je voudrais quand même parler avec vous du fond du discours de Nicolas Sarkozy. Dans le fond, il a reconnu, hier mercredi, qu’il y avait un métissage en France. Est-ce une première ? Est-ce un grand pas, d’après vous ?

Malek BOUTIH.- C’est un grand pas. Je sais bien que beaucoup d’observateurs se sont penchés sur les mesures techniques. Il y a à boire et à manger. On peut avoir des désaccords.

Roselyne FEBVRE.- Oui, on va en parler.

Malek BOUTIH.- Je crois que la première partie du discours du Président de la République, où il assume et il déclare, au nom du peuple français, que la France est désormais un pays métissé ; qu’on peut être Français et noir, Français d’origine maghrébine ou du Moyen-Orient, Indien, ou que sais-je encore, est quand même un tournant extrêmement important.

Roselyne FEBVRE.- On le savait quand même.

Malek BOUTIH.- On le savait dans les faits. D’un certain point de vue, officiellement, cela n’a jamais été reconnu. D’ailleurs, regardez, pendant longtemps, en France en tout cas, on ne parlait pas de cette génération comme des Français. On disait : "ce sont des enfants d’immigrés", "ce sont les deuxièmes générations". Il y avait du mal à complètement comprendre que la société française dans son ensemble était en train de muter et de se transporter.

Je rappelle qu’on est par exemple un des pays, en Europe, où le taux de mariages mixtes est le plus élevé, considérablement. Aujourd’hui, quand on se promène en France, on voit des familles avec beaucoup d’origines différentes et on commence à voir dans les écoles, des prénoms, des noms où tout se mélange. C’est une mutation importante pour la France, pas simplement, je pense, à l'intérieur. Ce discours, il est un discours à vocation intérieure. On a beaucoup parlé de la société française. Mais, je crois aussi que pour le monde entier, la France essaie d’offrir un nouveau visage, d’assumer ce qu’elle est en son sein, c’est-à-dire un visage, une nation moderne, d’une nation qui s’inscrit dans la mondialisation.

Roselyne FEBVRE.- Il y a chez Nicolas Sarkozy, effectivement, du volontarisme. Mais, est-ce que la société française est prête à accepter ce métissage dans les faits ?

Malek BOUTIH.- Je pense que la société française, comme beaucoup de sociétés, est traversée par des choses un peu contradictoires. Une partie de la population peut être très rétive, peut avoir peur de cela, a des a priori. Il y en a d’autres qui sont beaucoup plus en avance même que sur le métissage. Je crois qu’en ouvrant le débat, en le postant sur la table, en faisant avancer les choses, petit à petit, on va, réussir à amener la société française. Je rappelle que, puisque c’est souvent un exemple et une comparaison dans l’actualité, si vous aviez demandé, il y a encore un an, si aux Etats-Unis un noir pouvait être élu, on vous aurait dit : « Non, on est un pays très ouvert, on est un pays où il y a beaucoup de mélanges, mais de là à avoir un Président… non ». Et regardez comment les choses ont considérablement avancé, finalement, en quelque mois.

Je crois que la société française va évoluer. Je suis assez confiant, parce que c’est un pays où, quand même, le niveau culturel, le niveau de compréhension… On voit, aussi, peut-être une sorte de lassitude sur les tensions communautaires, sur le discours qui oppose les uns et les autres. Les gens ont besoin de positif en ce moment.

Roselyne FEBVRE.- Etes-vous devenu Sarkozyste, Malek Boutih ?

Malek BOUTIH.- Non, absolument pas. Si j’étais Sarkozyste, je serais engagé auprès de lui, j’aurais fait campagne pour lui et non. Je suis dans l’opposition, mais je crois, pour ma génération, qu’une opposition intelligente n’est pas une opposition qui dit non à tout, sans écouter même ce que l’on dit. Quand des choses intelligentes sont dites, il faut savoir le reconnaître. Parce que si vous ne le faites pas, alors, vous-mêmes, ne faites pas l’effort intellectuel de produire. C’est d’ailleurs tout le problème qu’a la gauche en France. Elle se met dans une posture où elle pense que, un jour, elle va gagner les élections parce que les autres seront nuls. Cela ne suffit pas. On ne gagne pas parce que les autres sont nuls. On gagne parce qu’on est capable de se transcender et d’avoir des idées.

Par ailleurs, les citoyens, aujourd'hui, veulent une démocratie où on ait cette capacité, parfois, à dire : « Ah, ça, c'est une bonne idée !». Parce qu’une bonne idée, c’est une bonne idée ce n'est pas la bouche qui l’émet, qui doit être jugée, mais l’idée en tant que telle.

Roselyne FEBVRE.- Nicolas Sarkozy vous avait fait des appels du pied, en 2007. Vous avez refusé. On sentait un petit peu de regret dans le fait que vous ayez dit non. Il est revenu à la charge. Pourquoi avez-vous visiblement dit non, puisque Yazid Sabeg a été nommé Commissaire à l’égalité des chances. N’était-ce pas réservé pour vous ?

Malek BOUTIH.- Non, rien n’est réservé pour moi. Yazid Sabeg est un entrepreneur de grande qualité, quelqu’un qui a fait ses preuves par sa vie, par ce qu’il a construit. C’est quelqu’un qui a créé des milliers d’emplois en France, qui enrichit ce pays, qui a beaucoup travaillé sur le sujet. Donc, je crois qu’il mérite d’être nommé à cette responsabilité, et en tout cas, je lui souhaite bonne chance et je crois qu’il va pouvoir aider.

Roselyne FEBVRE.- Nicolas Sarkozy vous l’a-t-il proposé cette deuxième fois ? Dites-nous la vérité ?

Malek BOUTIH.- Comme on dit, j’ai eu des « appels du pied ». C’est la bonne formule. Je pense, quant à moi, que je dois rester finalement dans la ligne dans laquelle je me suis engagée. Je me suis engagé dans l’opposition, avec la gauche, au moment où elle allait le plus mal. On peut être utile à son pays, sans obligation se dire : « On passe à un camp, à un autre ». Ce n’est pas qu’il y ait de honte, mais il faut assumer son destin et puis, par ailleurs, d’un certain point de vue, je prends au mot Nicolas Sarkozy. Il veut que notre génération, cette nouvelle génération de Français, ce "métissage" comme il l’évoque, prenne sa place en France. Je dois aussi me comporter de manière à dire : « Moi aussi, j’ai des ambitions et je peux devenir un grand responsable politique, sans que quelqu’un me tende la main, en tout cas dans notre camp ».

Roselyne FEBVRE.- Considérez-vous que le PS a raté le coche avec vous ? Vous avez été une figure de SOS Racisme importante. Ils vous ont un peu envoyé au « casse pipe » lors d’élections législatives, et vous en aviez gros sur le cœur à cette époque. Est-ce que vous vous sentez bien dans vos baskets aujourd’hui au parti socialiste ? Quand vous voyez que Nicolas Sarkozy fait ce que la gauche aurait dû faire, est-ce que vous n’êtes pas un peu amer ?

Malek BOUTIH.- Excusez-moi l’expression, mais comme on dit : « on a un peu les boules… », parce que, quand on entend le Président de la République parler d’égalité des chances, de volonté de métisser la France, etc. alors que la gauche, ce n'est pas qu'elle n’a pas ce discours, mais elle n’y accorde aucune importance. C’est dommage.

Mon problème, ce n’est pas moi-même. Ce n’est pas le problème d’avoir été gâché par le parti socialiste. C’est d’un certain point de vue, je suis à l’image de beaucoup d’autres gens, même qu’on ne connaît pas, dans les villes, dans les régions françaises. De gens qui viennent des milieux associatifs ou de gens qui ont décidé de s’engager très jeunes, qui se battent pour la gauche, de qui on aime bien les coups de main, à qui on demande de distribuer les tracts, de coller des affiches, mais quand vient le jour où il faut distribuer des responsabilités, il y a une sorte de gêne et on les met de côté. Et cela n’est pas normal. Ce n’est quand même pas normal que la gauche ne soit pas fière de cette génération et qu’elle ne lui ait pas donné toutes ses responsabilités. Et d’ailleurs…

Roselyne FEBVRE.- Pourquoi c’est quoi, c’est une logique de caste ? C’est une logique, c’est une résistance, c’est ne pas faire (inaudible) ?

Malek BOUTIH.- Je crois qu’il y a deux éléments. Il y a évidemment la logique propre à tous les appareils politiques où tout le monde est pour les grandes idées, mais personne ne veut laisser sa place. On a connu cela avec les femmes.

Roselyne FEBVRE.- La parité, oui.

Malik BOUTIH.- Tout le monde est pour la parité, pour que les femmes aient une place mais pas ma place, celle de mon voisin. Il y a donc cette logique et puis, on ne peut pas le cacher, il y a quand même une sorte d’a priori. Il y a un discours qui n’est pas assumé. Peut-être que l’on pense que les gens comme moi ou d’autres, on nous aime bien, mais on ne peut pas gagner des élections. Et nous nous cachons finalement derrière les électeurs. Mais, les électeurs sont-ils prêts à voter pour vous ? Et je retrouve dans la politique…

Roselyne FEBVRE.- Pensez-vous que c’est ce que pensent socialistes ?

Malek BOUTIH.- Pas tous, mais un certain nombre peuvent penser que les électeurs ne sont pas prêts. Je retrouve d’ailleurs des choses que j’ai connues quand j’étais Président de SOS Racisme, autour des enjeux de discrimination, où souvent des gens disent : « Ce n’est pas que je suis pour la discrimination, mais ma clientèle n’est pas prête, les consommateurs ne seraient pas d’accord et les a priori sous-jacents continuent à peser.

Roselyne FEBVRE.- Et vous pensez que Nicolas Sarkozy n’a pas ces a priori-là ?

Malek BOUTIH.- Il les a peut-être eus, mais il a peut-être le courage d’essayer de débloquer cela. Quand il nomme trois ministres, trois jeunes femmes issues de la diversité au sein de son gouvernement, dont une à un poste quand même relativement important, il essaie de jouer son rôle. Le rôle des politiques ce n’est pas de dire si cela existe ou pas ? C’est à un moment de dire : avons-nous un rôle à jouer pour débloquer ces choses-là. Le parti socialiste est dans une situation attentiste et pas dans une situation offensive.

Roselyne FEBVRE.- Justement, vous parliez de ces icônes de la diversité. Il y en a deux qui ont un petit peu du « plomb dans l’aile » en ce moment, on l’a vu, dans l’actualité. C’est Rama Yade, Secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme, qui s’est pris un « vent », selon l’expression de Bernard Kouchner, et puis, Rachida Dati, qui s’est mis tous les magistrats à dos et dont il est dit que le Président de la République ne lui ferait plus vraiment confiance. Avez-vous le sentiment que les étoiles palissent parce que, dans le fond, elles ont toujours été un alibi et qu’elles ne sont pas des femmes politiques.

Malek BOUTIH.- Non je ne le crois pas. Je veux dire, quand on me dit qu’elles ne seraient pas des femmes politiques, je ne sais pas Nadine Morano, par exemple, qui est Ministre, Secrétaire d’Etat à la famille, ne brille pas par l’intelligence…

Roselyne FEBVRE.- Oui, mais elle est dans le G7 politique de Nicolas Sarkozy, c’est-à-dire qu’elle est là aux réunions politiques à l’Elysée.

Malek BOUTIH.- Ce sont des histoires qui concernent l’UMP, pas la France, pas en tant que Ministre. Et puis, je ne vais pas le faire le casting de tout le gouvernement, il y en a des bons, il y en a des moins bons. Je pense surtout qu’il faut assumer ce que l’on fait. Quand on laisse sa chance…, par exemple, Rama Yade est une jeune femme de très grande qualité, mais qui débute. Si vous mettez en situation et demandez aux débutants de se comporter comme des vieux mammouths avec le cuir tanné, et que vous n’acceptez pas leur droit à l’erreur, leur droit à la faute…, alors cela s’appelle un piège.

Roselyne FEBVRE.- Il faut des blessures en politique.

Malek BOUTIH.- Oui, il faut apprendre. Cela fait partie du métier. Rachida Dati a commis des erreurs. J’ai des désaccords avec sa politique, mais je trouve que parfois le consensus contre elle est un peu exagéré.

Roselyne FEBVRE.- Vous pensez qu’elles sont plus attaquées dans leur camp qu’ailleurs ?

Malek BOUTIH.- Je pense que, paradoxalement, elles sont très attaquées, on le voit bien, par la jalousie de ce qui n’ont pas été Ministre et qui se disent que de "nouvelles venues ont pris notre place à nous qui, depuis des années, avons notre petit ticket, attendons notre place".

Roselyne FEBVRE.- Cela n’a rien à voir avec le fait qu’elles soient beur ou noire et, eux, bien Français ?

Malek BOUTIH.- Non, je ne crois pas. Je crois simplement qu’une jalousie s’est construite autour d’elles et, pour l’instant, quand on dit : « est-ce que le Président leur fait confiance, pas confiance ? », pour moi, les choses se jugent aux actes. Tant qu’elles sont dans le gouvernement visiblement, c’est que le Président leur fait confiance.

Roselyne FEBVRE.- Vous, cela ne vous démangeait pas, parce que vous êtes un agitateur d’idées, vous parlez beaucoup dans les médias ? Pourquoi avez-vous dit non à Nicolas Sarkozy ? D’abord, lui avez-vous dit non ? Vous ne m’avez pas répondu franchement, clairement.

Malek BOUTIH.- La preuve que j’ai dit non, c’est que je ne suis pas membre du gouvernement, ni attaché à aucune institution liée à ce gouvernement.

Roselyne FEBVRE.- Cela veut dire que vous croyez encore au PS ?

Malek BOUTIH.- Je crois à la gauche. Ce n’est pas la boutique qui m’intéresse. Je crois aux idées de gauche. Je crois à ce qui m’a transporté toute ma vie en tant que militant, qui vient des milieux ouvriers, qui vient des milieux pauvres, qui est militant en banlieue. Le parti socialiste, c’est le grand parti d’opposition. Mais, ce n’est pas à lui que je crois en tant que tel. Je crois à mes idées. Je veux continuer dans mes idées et je pense que je dois aussi démontrer, parce que d’autres générations viendront après nous, que, pour réussir en politique, malheureusement il n’y a pas de raccourci. Que parfois nous traversons des moments difficiles.

Regardez Nicolas Sarkozy : Nicolas Sarkozy qui est aujourd’hui sûrement un homme politique reconnu comme brillant, qui est devenu Président de la République. Il a eu ses traversées de désert ; il a eu ses échecs ; il a eu ses difficultés. Et s’il avait changé de camp ? Si Nicolas Sarkozy avait, un jour, rejoint le PS, où en serait-il en serait aujourd’hui ?

Non. Il n’y a pas de raccourci en politique. Il faut savoir s’accrocher et surtout, tout ce qu’il se passe en ce moment dans le monde, de l’élection de Barack Obama à ce qu’il se passe autour de la diversité en France, me donne une certaine confiance et une certaine force. Je n’ai pas, d’un certain point de vue, à baisser la tête et, au contraire, je vais être beaucoup plus combatif aujourd’hui.

Roselyne FEBVRE.- Oui. Cela dit vous êtes très critique sur le parti socialiste, sur ce que vous venez de me dire… Vous étiez supporter de Ségolène Royal. Elle a perdu à la tête de la direction du parti socialiste. Dans le fond, c’est quoi votre avenir ? Allez-vous rester ? Y a-t-il deux PS au sein du PS ? L’un avec Ségolène Royal, l’autre avec Martine Aubry ? Est-il possible d’imaginer une scission, c’est-à-dire que Ségolène Royal claque la porte un jour du PS pour monter sa « boutique » ?

Malek BOUTIH.- Je sais que beaucoup, aujourd’hui, à la direction du parti socialiste rêveraient de cela. Mais je crois que ce n’est pas cela. Il n’y a pas deux partis socialistes mais, que les choses soient claires. Il y a deux manières de voir les choses qui sont parfois très contradictoires. Il y aujourd’hui des gens qui, autour de Ségolène Royal, dans le Congrès du parti socialiste ‑ qui ne sont pas des gens qui pensent la même chose sur tout ‑ veulent une modernité politique, ouvrir les portes, les fenêtres, veulent changer, faire des expériences, même accepter le droit à l’erreur pour, justement, retrouver une gauche moderne. Un ancien parti s’est coalisé. N’oubliez pas que Ségolène Royal a perdu seule contre tous les autres réunis, tous les autres rassemblés. Alors, il est facile de battre Ségolène Royal dans un vote. Mais, toute cette équipe rassemblée, quand il va falloir proposer eux-mêmes, on voit bien les difficultés qu’ils vont avoir. Le rendez-vous est un rendez-vous pour l’avenir. La génération qui veut un changement à gauche en France ne va pas baisser les bras, ne va pas dire : « On a perdu », partir comme cela en cachette. Je crois qu’il y a un état d’esprit très combatif et ceux qui disent que les choses sont jouées auraient tort parce que, fondamentalement, je crois que nous venons de vivre les derniers soubresauts du vieux parti et l’avenir appartient à ceux qui veulent le changement.

Roselyne FEBVRE.- Est-ce que d’après vous Martine Aubry veut le changement ? Va-t-elle réussir à réformer ce parti ? Elle a parlé de diversité aussi, mais a-t-elle des idées ?

Malek BOUTIH.- Je pense qu’elle a réagi à l’actualité, parce que je n’ai pas vu pour l’instant au sein du parti socialiste des éléments nets de changement sur cette question-là comme sur d’autres. Je ne sais pas ce que Martine Aubry a en tête.

Roselyne FEBVRE.- Parce qu’il n’y en a qu’un de vieux parti ?

Malek BOUTIH.- Mais, je pense qu’elle est prisonnière du vieux parti. Je pense qu’elle n’a pas les mains libres. Je pense que malgré tout, Martine Aubry va devoir payer la dette de son élection à ceux qui l’ont fait élire. Et cela va coûter très cher.

Roselyne FEBVRE.- Oui. C’est-à-dire qu’elle est coincée. Elle est piégée. Mais, est-ce que Ségolène Royal n’aurait pas été dans le même piège ?

Malek BOUTIH.- Peut-être que Ségolène Royal aurait eu des difficultés mais, elle, n’a pas passé d’accord avec les autres. C’est sur sa ligne politique, sur sa dynamique politique. Ségolène Royal a récolté 50 % des voix, quasiment, du parti socialiste, toute seule, c’est-à-dire dans une cohérence de comportement. Alors que le reste, c’est parfois une accumulation de très grands contraires ; parce que, entre la position de ceux qui sont pour le libéralisme économique au parti socialiste et ceux qui étaient pour une vision quasiment de fermeture des frontières, d’un retour en arrière, il y a un monde. Mais, eux, se sont coalisés autour d’un enjeu : prendre l’appareil. Donc, eux, sont en difficulté alors que je pense que Ségolène Royal, même si tout n’aurait pas été facile pour elle, elle a au moins cette cohérence.

Roselyne FEBVRE.- Oui, n’est-ce que ce n’est pas la lourdeur de l’appareil ? N’est-ce pas la fonction qui fait l’homme ? Et la fonction elle est tirée, elle est émergée par l’appareil. Est-ce qu’elle n’aurait pas eu les mêmes lourdeurs ?

Malek BOUTIH.- Ecoutez, pour une fois, la gauche pourrait regarder ce qu’il s’est passé dans le camp d’en face ces dernières années. La droite était en très mauvais état, avec un appareil extrêmement lourd. L’UMP n’était quand même pas le top de la modernité, il y a encore quelques années. Un homme a décidé de changer, de prendre une dynamique : Nicolas Sarkozy, ce qui l’a amené aux résultats que l’on connaît aujourd’hui. Cela est valable pour le parti socialiste. Ce n’est pas vrai cette idée d’une sorte de fatalisme. Nous voyons aujourd’hui, disons les choses assez franchement. Il y a une…

Roselyne FEBVRE.- En fait vous rêveriez que Nicolas Sarkozy soit de gauche non ?

Malek BOUTIH.- Non, je rêverais qu’il y ait une sorte de même dynamique, de même volontarisme au sein du parti socialiste. Mais, une chose est claire je crois, il faut l’assumer parfois, une génération est en haut de l’affiche depuis trente ans, qui pourrait peut-être quitter l’estrade. Je ne dis pas qu’ils sont inutiles, mais qu’ils pourraient peut-être un peu lâcher l’affaire et comprendre qu’ils ont fait leur temps. Voilà.

Roselyne FEBVRE.- Les vieux éléphants ?
Malek BOUTIH.- Les vieux éléphants.

Roselyne FEBVRE.- Et peut-être même ceux qui sont dans l’ombre parfois et qu’on ne voit pas toujours sur l’estrade. Je parlais éventuellement de Lionel Jospin.

Malek BOUTIH.- Lionel Jospin. Laurent Fabius. Mais c’est quand même… Rien n’a changé. Ce sont toujours les mêmes. C’est peut-être, alors nous avons trouvé des nouveaux acteurs. Sur le fond, ce sont toujours les mêmes qui tirent un peu les ficelles et ce sont quand même cinquante ans de vie politique continue. Tant que cette page ne sera pas tournée, on aura du mal à évoluer.

Roselyne FEBVRE.- Mais, vous avez encore de l’espoir puisque vous êtes resté au parti socialiste. Vous n’avez pas cédé aux sirènes de Nicolas Sarkozy. C’est que vous croyez encore en votre parti et en une sorte de résurrection de la gauche.

Malek BOUTIH.- Oui. Je crois en tout cas que, dans le contexte que nous connaissons, avec la crise mondiale, d’un certain point de vue, l’élection de Barack Obama ce n’est pas que l’élection d’un noir. C’est quand même le parti démocrate qui a gagné, qui avait perdu pendant très longtemps, que nous pensions même marginalisé. Je crois que c’est le signal d’une nouvelle période. Alors, pour surfer sur cette période, il va falloir changer. J’y crois, parce que je crois à nos capacités d’un certain point de vue, pour reprendre le début de l’émission : si aujourd’hui on vente la force de la diversité en France c’est qu’il faut comprendre que les gens qui viennent de la diversité sont très combatifs et sont porteurs d’espoir.

Roselyne FEBVRE.- Merci. Merci beaucoup Malek Boutih d’être passé sur le plateau de France 24. Nous nous quittons et tout de suite les informations sur la chaîne internationale. Merci à vous.

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