Dernière modification : 31/10/2008 

Javier Solana, grand patron de la diplomatie européenne
Javier Solana réagit à l'escalade de la violence au Congo, revient sur le rôle de l'Europe face à la Russie dans le Caucase, et sur ce que l'Union européenne peut espérer des élections américaines. (Partie 1/2)
Par FRANCE 24 (texte)

Cliquez ici pour regarder la seconde partie du Talk de Paris avec Javier Solana, grand patron de la diplomatie européenne comme invité. 


Ulysse Gosset – Bienvenue sur France 24 pour cette nouvelle édition du Talk de Paris. Obama ou McCain ? L’Amérique retient son souffle. Les défis qui attendent le futur Président américain sont immenses. Le Monde est au bord d’une grave récession. Les tensions restent fortes avec la Russie après la guerre en Géorgie cet été. Et les fantômes du génocide du Rwanda resurgissent avec cette nouvelle offensive des rebelles du Nord du Congo (à la frontière du Rwanda, justement). Une rébellion qui provoque une nouvelle crise humanitaire pour des dizaines de milliers de réfugiés. L’Europe doit-elle intervenir ? Notre invité est justement le chef de la diplomatie Européenne, Javier Solana, espagnol, âgé de 66 ans, ancien Ministre des Affaires Etrangères du Socialiste Felipe Gonzalez, ancien patron de l’OTAN, infatigable diplomate, chargé d’éteindre les incendies là où ils éclatent. Bonjour, Javier Solana.

 
Javier Solana – Bonjour.
 

Bien entendu, nous allons tout d’abord parler de cette crise au Congo qui rappelle de forts mauvais souvenirs. On se souvient des 800 000 tutsis mots en 1994, un génocide terrible. Et là on voit que la guerre a de nouveau éclaté depuis quelques mois. La rébellion s’apprête à contrôler l’une des villes du nord-est du Congo. D’abord, qu’est-ce que vous avez à nous dire sur cette rébellion et quelle est la position de l’Europe face à ces rebelles qui menacent de déstabiliser à nouveau le pays ?

 

La position de l’Europe est très claire : Il y a eu aussi des résolutions du Conseil de Sécurité qui dénoncent la violence. Et c’est la position que nous maintenons. Nous faisons tous les efforts pour contribuer à la stabilisation de la région. Nous sommes très engagés dans la République Démocratique du Congo. Nous nous y sommes engagés à plusieurs reprises, y compris dans des opérations de nature militaire.

 
 

Est-ce que vous pensez qu’il y a un vrai risque de déstabilisation régionale, et même d’une guerre régionale avec l’implication directe du Rwanda ?

 

J’espère que non. J’espère que le Rwanda continuera à ne pas être engagé directement. Et j’espère que la communauté internationale, les Nations Unies, seront capables de gérer la situation pour éviter l’extension du conflit.

 
 

C’est une zone extrêmement sensible, rappelons-le. Là-bas il y a de très riches minerais. Les Américains sont présents, les Chinois sont présents, et, bien entendu, les Français et les Européens le sont aussi. C’est une menace réelle. Alors comment doit réagir l’Europe ? Que peut faire l’Europe pour éviter que ces combats ne dégénèrent et que à nouveau des centaines de milliers de personnes se retrouvent sur les routes du Congo ?

 

Je crois que nous devons travailler sur des pistes. La question humanitaire est la piste la plus urgente. Il y a eu le cessez-le-feu. Espérons qu’il tienne. En ce moment, la question humanitaire est la question la plus importante. Il y a des déplacés, il y a des réfugiés, et il y a des problèmes humanitaires de grande portée. Donc nous faisons tous les efforts pour faire parvenir l’aide humanitaire. C’est dans cette direction que nous concentrons tous nos efforts.

 

Ensuite, ou plutôt en parallèle, il faut faire tous les efforts de nature politique. Il faut voir comment les 2 dirigeants, Monsieur Kabila, le Président de la République Démocratique du Congo et le Président Kagamé, pourront se réunir et continuer à faire tous les efforts pour mettre en œuvre l’Accord de Nairobi. Il y a un accord. Mais il n’a jamais été mis en œuvre. Le temps est venu de commencer à faire tous les efforts pour le mettre en œuvre.

 
 

Qu’est-ce que vous lancez comme appel aux gouvernements de la région aussi bien au gouvernement du Congo mais aussi du Rwanda ?

 

Je crois qu’il faut faire l’appel à tous les pays de la région. J’ai parlé longuement avec le Président de la République Sud-africaine. La Sud-Afrique est très engagée pour aider la République Démocratique du Congo. Et il faut que tous les pays s’engagent pour éviter l’extension du conflit. Et pour traiter, avec l’Union Africaine (et je viens de parler aussi avec les Présidents de l’Union Africaine) la manière d’arrêter les conflits aujourd’hui (dans leurs dimensions humanitaire et sécuritaire, mais aussi sur le plan politique).

 
 

Selon vos informations, est-ce que le Rwanda est directement impliqué ? Est-ce que le Rwanda soutient les rebelles ?

 

Il y a des relations mais je ne peux pas dire en connaissance de cause que le Rwanda est impliqué. Il y a des sympathies, il y a l’Histoire, mais je ne peux pas le dire de manière précise.

 
 

Vous avez rencontré à Paris, Bernard Kouchner, qui a proposé l’envoi d’un groupe « tactique », des militaires, donc, européens : entre 400 et 1 500 hommes. Est-ce qu’il y a effectivement une réflexion à Bruxelles pour envoyer pour l’Europe, des troupes et essayer de faire cesser les combats, séparer les adversaires et, surtout, protéger les réfugiés ?

 

La réflexion à Bruxelles vient de commencer. Comme je viens de le dire, la priorité est le problème humanitaire. Nous réfléchissons comment faire, en coopération avec les Nations unies. Pourquoi ? Parce que les Nations unies ont le mandat. Elles ont une force sur le terrain. Il y a 17 000 soldats sur le terrain. Il faut laisser les Nations unies s’en occuper avec l’aide des pays qui ne sont pas engagés maintenant sur place. Mais, d’abord l’humanitaire et, ensuite, contrôler la situation politique, aider à la solution politique, et reconsidérer après comment faire les choses pour éviter que la violence continue.

 
 

Mais « humanitaire » avec l’envoi de militaires sur place qui pourront donc faire les choses…

 

Humanitaire veut dire humanitaire : que l’aide arrive pour ceux qui en ont besoin.

 
 
Avec des soldats européens ?
 

On va voir comment. Si les forces de la Monuc déployées sur le terrain peuvent le faire, il faut les laisser le faire. Mais, en tout cas, nous utiliserons probablement des avions européens pour faire arriver l’aide humanitaire et, très probablement, pour garantir la sécurité à l’aéroport de Goma. C’est probablement l’aéroport le plus utile pour déployer l’aide humanitaire.

 
 

Donc on peut imaginer effectivement, des envois d’avions Européens à Goma, si l’aéroport est toujours sécurisé…

 

Si l’aéroport est ouvert, plusieurs pays Européens seront prêts à faire ça. Et ils sont déjà engagés du point de vue humanitaire. Mais il faut sûrement faire un peu plus d’effort pour faire arriver l’aide humanitaire aux citoyens déplacés.

 
 
Donc l’Europe doit agir…
 

L’Europe agit tout le temps. [rires] La République Démocratique du Congo est très proche de nous et nous avons des relations très étroites. Nous avons une mission permanente pour la reforme des services de sécurité (les forces armées, la police). Nous avons eu des opérations (rappelez-vous de l’opération Artemis) dans la partie Iturie.

 
 
En 2003…
 

Et rappelez-vous aussi de l’opération pendant les élections présidentielles. Donc l’action de l’Union Européenne avec ces pays vient de loin.

 
 

D’accord mais est-ce que, justement, aujourd’hui, on peut envisager une sorte d’opération Artemis « bis » ou numéro 2 ?

 

Je ne crois pas. Parce que les forces des Nations Unies se trouvent sur place. Le Secrétaire Général des Nations Unies pourra parler de coopération pour renforcer la Monuc. Mais dites vous bien qu’il y a 17 000 soldats donc le renforcement sera limité. (Passage difficilement audible)

 
 

Justement, on se demande comment les 17 000 soldats de l’ONU n’arrivent pas à empêcher la rébellion de reprendre les combats.

 

Je crois que le mandat pour la force des Nations Unies, c’est le mandat du Conseil de Sécurité. C’est le mandat que nous leur avons donné, puisque plusieurs pays de l’Union font partie du Conseil de Sécurité. Les règles d’engagement sont claires aussi. Donc, ils font ce qu’ils ont à faire pour éviter la tragédie. Et j’espère que les Nations Unies continueront à séparer les combattants autant que possible, avec toute la volonté d’y construire la sécurité.

 
 

En tout cas, politiquement, on a dit que l’Europe était très fortement intervenue en Géorgie au moment de la crise cet été. Est-ce que l’Europe est unie pour faire face à cette nouvelle crise au Congo ?

 

L’Union a toujours été ensemble pour considérer l’aide de nature économique ou politique au Congo. Donc j’espère que nous resterons toujours unis.

 
 

Javier Solana, on voit bien que vous êtes en éveil parce que des conflits peuvent éclater partout à travers la planète. Je vous propose, justement, de voir ce qu’est un diplomate Européen, le chef de la diplomatie Européenne, avec ce portrait qui a été préparé par un journaliste de France 24, Philomé Robert.

 
Diffusion du Portrait.
 

Alors est-ce qu’effectivement, vous avez réussi au cours de ces dix années à rapprocher les points de vue ? Est-ce que l’Europe peut, enfin, parler d’une seule voix ?

 

Je crois que l’Europe parle des grands sujets à l’ordre du jour sur le plan international, elle parle d’une seule voix. Je crois que nous avons des exemples très clairs : la Géorgie, la crise financière. Je crois que la Présidence française a été une période vraiment très constructive et positive de leadership dans le monde. Je travaille tous les jours pour faire ça : pour essayer de voir comment l’Europe peut jouer le rôle qui lui incombe dans le contexte international. Je crois que l’Europe avance. Le Traité de Lisbonne n’est pas encore ratifié mais j’espère qu’il le sera. A ce moment là sans doute, toute l’Europe avancera plus vite, parce que les institutions seront mieux préparées pour faire face aux problèmes d’aujourd’hui et demain.

 
 

Exemple concret, je reviens sur la crise du Congo. Le général déchu Laurent Nkunda a déclaré sur France 24, « Si les soldats étrangers viennent au Congo pour l’aide humanitaire il n’y a pas de problème. Mais, s’ils viennent au front, alors il faut qu’ils s’apprêtent à mourir. » Qu’est-ce que répond l’Europe à une déclaration d’un général rebelle comme celui-la ?

 

Je ne crois pas que nous devons répondre avec des expressions ou des mots. Il faut répondre avec l’action. Nous continuerons à faire tous les efforts nécessaires. Des déclarations de la sorte ne changeront rien.

 
 

J’aimerais que l’on revienne sur l’une des crises qui a marqué le début du siècle : celle de la Géorgie avec l’intervention Russe. Une guerre de quelques jours mais on a vu, effectivement, l’Europe et le Président Sarkozy jouer un rôle extrêmement important. Je vous propose d’écouter une question qui nous est arrivée par webcam de Tbilissi.

 

La reconnaissance unilatérale par la Russie de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud laisse-t-elle, malgré tout, la porte ouverte à un retour au statu quo qui existait avant le 7 août ? Par ailleurs, pensez-vous que l’Union européenne continuera à montrer la même détermination, c'est-à-dire qu’elle obligera la Russie à respecter l’accord du 12 août et à se retirer de tous les territoires de la Géorgie ?

 

Oui. Vous pouvez être sûr que nous allons continuer à faire tous les efforts et créer tout la dynamique pour remplir tous les accords signés le 8 septembre. J’ai été à Moscou avec le Président Sarkozy et je connais bien le contenu des accords. Et je peux vous dire que nous allons faire tous les efforts nécessaires pour remplir tous les termes de ces accords. Vous savez bien que, depuis le 10 octobre, les forces russes se sont retirées de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud. Nous allons continuer à surveiller ces zones-là, comme stipulé dans l’accord entre le Président Sarkozy et le Président Medvedev.

 
 

On voit, par exemple, que le Ministre des affaires étrangères russe Lavrov vient de refuser aux observateurs européens qui sont sur place le droit d’aller en Abkhazie ou en Ossétie pour surveiller, justement, les mouvements éventuels des troupes russes. C’est un échec ça : l’accord n’est pas complètement appliqué.

 

Non. Ce n’est pas le cas. L’accord était très clair : nous devons nous déployer pour permettre le retrait des forces russes des zones adjacentes au sud de l’Ossétie et à l’est de l’Abkhazie. Ça a été fait. Nous sommes aussi sur le terrain que ça reste comme ça. Pour l’instant, nous n’avons pas le droit de nous rendre à l’intérieur de l’Ossétie du Sud ni de l’Abkhazie. Cela n’est pas sur les accords du 8 septembre.

 
 

Est-ce qu’il n’y a pas, alors, un risque d’annexion par la Russie de deux territoires théoriquement indépendants ?

 
Non.

La question, c’est si nous reconnaissons l’existence par exemple pour la Russie ce que nous ne reconnaissons pas [inaudible]

 
 
Il n’y a pas de risque d’annexion ?
 

Vous savez bien la position de la Russie. Mais, pour nous, et pour le reste de la communauté internationale, nous ne reconnaissons pas la fragmentation, la fracture de la Géorgie. Je ne crois pas qu’il y a plus de 2 pays, au-delà de la Russie, qui ont reconnu l’état des causes actuelles défendue par la Russie.

 
 

Donc vous restez assez optimiste, alors que l’on a l’impression, quand même, que les russes s’installent dans l’Abkhazie, l’Ossétie du sud, et qu’ils ne vont pas en partir…

 

Comme vous le savez, les accords du 8 septembre ont appelé l’organisation d’une conférence à Genève sur deux sujets : la sécurité régionale es la question des déplacés (proprement dit). Nous travaillons là-dessus. Il y a eu une réunion au mois d’octobre et il y en aura une le 18 novembre. Nous continuons à travailler là-dessus avec la Géorgie, la Russie et les Nations unies pour faire avancer le processus qui a commencé à Genève.

 
 

Vous pensez que l’on peut faire reculer Vladimir Poutine ?

 

Je crois que nous pouvons arriver à une situation dans laquelle la continuité territoriale de la Géorgie sera préservée, avec la plus grande autonomie possible.

 
 

On verra donc ce que pourra faire l’Europe. Nous arrivons au terme de la première partie de cette émission. Javier Solana, je vous propose de regarder ensemble le journal de France 24 et nous nous retrouvons dans quelques minutes. A tout de suite.

Commentaires (1)

CONGO DEMOCRATIQUE

Le probleme de la RDC est un un probleme d'interet si les Americains les Europeens veulent mettre fin a ce conflit ils le feront les rebelles sont les qui ? ils sont soutenus par qui ? Kagame c'est qui ? il suffit de 2 jours pour les Americains pour deloger et en finir avec ces rebelles. il faut tuer la mal a sa racine arreter ce chef rebelle et le tuer . Kagame doit cesser de soutenir les rebellles. La RDC doit etre un pays souverain Tant de guerre c'est trop...chacun protege ses interets les mines du nord Kuvu.
cesser la politique les Americains n'ont pas hesiter a aller en guerre contre les Taliban quand il a s'agit de liberer l'aghanistan contre les Talibans qui sont meme legitime par rapport à ces rebelles drogués. N'essayer pas de calmer les choses a chaque fois parce qu'ils reviendront ces rebelles le mieux est d'en finir avec eux .

Fermer