ÉNERGIE - ANALYSE
L’Europe n’est plus seulement témoin, mais victime de la guerre du gaz, l’obligeant à jouer les médiateurs entre la Russie et l’Ukraine. Analyse de Caroline de Camaret.
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Le Vieux Continent est touché en son cœur : la Slovaquie s’apprête à déclarer l’état d’urgence en raison d’une chute de 70% de ces importations de gaz russe alors qu’elle dépend à plus de 98% des importations du pétrole et du gaz russes. La République tchèque, qui préside l’Union européenne (UE) depuis le 1er janvier, prévoit une réduction de 75% de ses livraisons de gaz russe. La totalité des livraisons de gaz russe transitant par l'Ukraine et destinées à la Bulgarie, la Grèce, la Macédoine, la Croatie et la Turquie ont été interrompues, a annoncé, le ministère de l'Économie bulgare.
 

  

Hier encore, l’Europe se disait confiante : les stocks sont pleins, affirmait-elle, et les Vingt-Sept ne veulent pas se mêler de ce conflit considéré comme un "problème bilatéral". Moscou insistait pourtant pour que l’UE surveille les livraisons de gaz russe à l’Europe via l’Ukraine. Mais aujourd’hui, changement de ton. Les coupures de gaz à certains pays membres de l'UE sont jugées "inacceptables" et les livraisons doivent reprendre "immédiatement", a estimé, mardi, la présidence tchèque de l'UE. Lors d'une conférence de presse tenue, ce mardi à Prague, le Premier ministre tchèque Mirek Topolanek n’a plus exclu l’organisation d’un sommet tripartite au plus haut niveau avec la Russie et l'Ukraine, si la crise du gaz n'est pas résolue.
 

  

Pour désigner le coupable, Ukrainiens et Russes se rejettent la responsabilité. Mardi matin, un responsable de la société ukrainienne Naftogaz a accusé le géant gazier russe Gazprom d'avoir "baissé, sans aucune explication, les livraisons jusqu'à 92 millions de m3 par jour, contre les 221 millions promis". Peu après, le vice-président du groupe russe, Alexandre Medvedev, accusait l'Ukraine d'avoir fermé trois des quatre gazoducs d'exportation traversant son territoire. Kiev est régulièrement accusé par les Russes de siphonner du gaz européen à son profit.
 

  

De l’eau dans le gaz
 

  

Entre la Russie et son ancienne république soviétique, les rapports sont tendus depuis longtemps et une crise du gaz majeure a déjà eu lieu en 2006. Aujourd’hui, le problème porte sur le prix du gaz que la Russie souhaite augmenter, ce que l’Ukraine refuse. C'est la non-signature, début janvier, d'un contrat entre les deux pays qui a mis de l’eau dans le gaz. Selon de nombreux observateurs, il s'agit également pour Moscou de faire pression sur l’Ukraine afin qu’elle renonce à ses ambitions de rejoindre l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (Otan)... et que les Européens s’abstiennent de soutenir sa candidature.
  

 

Dans l’immédiat, l'UE va chercher à soutenir le processus de contractualisation des relations commerciales afin d'accroître la transparence de ces échanges entre ces deux pays, très opaques.

 

 

L’UE n’est pas récompensée de sa volonté de dialogue : elle vient de relancer des discussions sur un partenariat stratégique avec la Russie sur l’énergie - sous la présidence française de l’UE, et malgré les critiques à l’encontre de la Russie, partenaire jugé non-fiable par beaucoup d’Européens de l’Est, surtout depuis la crise géorgienne.
 

  

L’UE espérait, par ce moyen, éviter les coupures de gaz en plein hiver, alors qu’on parle d’une vague de froid. Les Européens pariaient aussi que les Russes hésiteraient, en pleine crise économique, à créer une crise de confiance avec Gazprom. Il n’en est rien. L’Europe se retrouve au milieu du jeu, prise en tenaille, prise en otage, et tenue de jouer les médiateurs.

Commentaires

reaction

Completement d'accodr avec Emi

Russie

L'Union Européenne subie en plein hiver 2009 la conséquence d'une certaine faiblesse en matière de politique énergetique et politique externe éuropéenne.
En 2005, l'Allemegne et la Russie ont conclu un accord sur l'ouverture du Gazoduc du Nord. Cet arrangement, passé à l'époque par dessus la tete des lituaniens et polonais, est un avantage pour la Russie, dont l'interet évident de "diviser pour mieux reigner",mais une entrave pour la "solidarité" éuropéenne. UE doit non seulement clarifier sa politique énergétique mais aussi la nature de rélations qu'elle souhaite entretenir avec la Russie.

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