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Les politiques basques sur le banc des accusés

Texte par Adeline PERCEPT , correspondante à Madrid

Dernière modification : 08/01/2009

Des responsables du Pays basque espagnol, dont le président de région Juan José Ibarretxe, seront sur le banc des accusés à compter de jeudi, dans le cadre d'un procès exceptionnel, pour avoir maintenu des contacts avec Batasuna, en 2006.

Les parties civiles, des associations de victimes de l'ETA, n'hésitent pas à parler de "photo de famille". Lors de ce procès qui se déroulera à Bilbao jusqu'à la fin du mois, le président de la région Pays-Basque Juan José Ibarretxe, nationaliste modéré (PNV), et le leader socialiste Patxi Lopez se retrouveront sur le banc des accusés avec cinq membres de Batasuna, branche politique présumée de l'ETA. Ibarretxe et Lopez sont accusés d'avoir tenu des réunions avec les membres de cette organisation, pourtant interdite par la Cour suprême en 2003. Les membres de Batasuna sont accusés d'avoir continué à agir comme les représentants d'un parti illégal.
 

À quelques semaines des élections régionales au Pays basque, ce procès est doublement exceptionnel. D'abord, c'est la première fois qu'un lehendakari - président de région - est mis en cause au plan pénal. C'est aussi la première fois que des dirigeants de partis institutionnels se retrouvent accusés dans la cadre d'une même procédure que des tenants de l'indépendantisme basque radical.
 

Valeur symbolique

 

Si Ibarretxe et Lopez ne semblent pas risquer grand chose du point de vue judiciaire, la portée symbolique de ce procès pourrait les atteindre au niveau politique. Le procureur demande la relaxe : ces réunions entre le PNV (parti nationaliste modéré), le Parti socialiste et Batasuna se sont tenues en 2006, au moment de la trêve de l'ETA, lorsque le gouvernement Zapatero menait lui-même des négociations avec l'organisation terroriste basque. Reste qu'Ibarretxe et Lopez joueront une partie de leur avenir politique à la barre. Les élections régionales au Pays basque auront lieu le 1er mars. Tous deux sont candidats à la présidence de la région.
 

Cet épisode judiciaire alimente déjà les prémices de la campagne. Les parties civiles, deux associations de victimes du terrorisme de tendance conservatrice, demandent plusieurs années de prison pour l'actuel lehendakari et Patxi Lopez, accusés d’avoir "voulu légitimer" Batasuna. Pour Inma Castilla de Cortazar, vice-présidente de l'association des victimes du terrorisme Foro Ermua, "la tenue de ce procès montre que les politiciens ne sont pas au-dessus des tribunaux et que le Pays basque ne doit pas être une cité sans foi ni loi".
 

La partie risque d'être délicate pour Juan José Ibarretxe, affaibli auprès de son électorat après avoir échoué à organiser un référendum sur l'autonomie du Pays basque, en 2008. Le Parti populaire (conservateur), seule grande force politique à ne pas être représentée sur le banc des accusés, essaie de tirer son épingle du jeu en se présentant comme le parti du “changement”. Quant au leader socialiste Patxi Lopez, il promet désormais à ses électeurs (sur son blog) de construire un "gouvernement basque qui ferait beaucoup plus pour en finir avec le terrorisme de l'ETA (…) et qui travaillerait pour délégitimer le terrorisme d'un point de vue éthique et social".

Première publication : 07/01/2009

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