Dernière modification : 27/01/2009 

- Crise économique - Portugal


La céramique portugaise boit la tasse
Minées par la baisse des commandes en provenance des États-Unis et par la crise financière, les usines portugaises de céramique, y compris les plus anciennes, ferment tour à tour - comme à Caldas da Rainha, berceau de la faïence.
Par Adeline PERCEPT (texte)

Il n'y a que quelques ouvriers dans la manufacture Bordalo Pinheiro, tête de proue du savoir-faire portugais dans la céramique et la faïence. L'entreprise centenaire, qui compte une grande usine, se trouve au bord de la fermeture. Elle n'a pas résisté à la crise : c'est un coup dur pour l'ensemble du secteur et le patrimoine portugais.
 

C'est ici que l'on fabrique " Zé Povinho " (traduisez : José petit peuple), un personnage de faïence très populaire devenu l'un des emblèmes du pays. Créé au début du XXe siècle, il fait un bras d'honneur... " Zé Povinho' n'a plus de quoi se vêtir et vit dans un tonneau parce qu'il n'a plus de vêtement. Cela représente la partie la plus faible du peuple, les pauvres", explique, très pince-sans-rire, Vitor Pires, directeur commercial de la fabrique Bordalo Pinheiro.
 

La production industrielle de vaisselle et "d'azulejos" (les carreaux de faïence) ne suffit plus à maintenir l'activité. "60 à 70 % de notre production était destinée aux Etats-Unis, reprend Vitor Pires. Les commandes sont descendues en flèche. Les clients qui avaient l'habitude d'acheter pour 100 000 euros sont passés à 20 000 euros de commandes…"
 

17 heures à l'usine, à quelques kilomètres de la manufacture. C'est la sortie des ouvriers. Les 162 personnes qui travaillent ici ont toutes reçu leur notification de licenciement. José Fernando, porte-parole de l'Union des syndicats de Leiria, s'insurge : " En ce moment, ces travailleurs, qui ont déjà un bon mois et demi de salaire en retard, n'ont reçu aucun signe de la part du patronat de "viabilisation" de l'entreprise, pour qu'elle puisse continuer."
 

Un secteur qui emploie 23 000 salariés au plan national

 

Au Portugal, le secteur de la céramique et de la faïence emploie au total 23 000 personnes. Ceux qui travaillent dans le secteur décoratif, ou la faïence destinée à la construction, sont tous menacés de perdre leur emploi.

 

"Il s'agit en général de personnes peu qualifiées, d'un âge déjà avancé et n'ayant fait que ça de toute leur vie : la finition ou la peinture des objets. La reconversion dans d'autres secteurs devient donc extrêmement difficile", ajoute Célia Roque, directrice de l'Institut de l'emploi de Caldas da Rainha.
 

Chez Faria e Bento, une autre usine, Maria, ouvrière, nous raconte que des familles entières se retrouvent brutalement sans ressources. " J'ai une sœur et une belle-sœur qui travaillaient dans la céramique. Elles sont désormais au chômage et n'arrivent pas à retrouver de travail. Alors bien sûr, nous avons toutes peur. "

 

" Grâce à certaines niches, cette entreprise résiste pour l'instant ", nous explique Carlos Faria, directeur de l'usine et porte-parole d'une association d'entrepreneurs (Apicer) : " Le pari que font certaines entreprises, et la nôtre en fait partie, est de miser sur des produits destinés aux consommateurs des classes moyennes supérieures qui disposent encore d'un certain pouvoir d'achat, avec des lignes de produits de qualité et de design. "
 

Ces carreaux de faïence ne sont-ils désormais que le souvenir d'une tradition architecturale ? Avec les usines emblématiques qui ferment leurs portes, c'est toute une richesse économique, mais aussi culturelle, est en train de disparaître.

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