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Une jeunesse à deux visages

Texte par Élodie QUILLE , , Téhéran.

Dernière modification : 08/02/2009

Trente ans après la révolution, une partie de la jeunesse iranienne reste attachée à l'héritage du régime des mollahs tandis qu'une autre, lassée d'attendre un changement politique, ne rêve que de partir à l'étranger.

Le cimetière des martyrs de Téhéran aligne à perte de vue des milliers de tombes sur lesquelles se recueillent des femmes entièrement voilées de noir. Elles vénèrent les héros du pays, les combattants de la Révolution islamique.

 

Dans ce haut-lieu de l'islam chiite iranien, il ne nous faut pas longtemps pour être interpellés par des groupes de jeunes religieux toujours prompts à réciter aux rares medias étrangers les diatribes que martèle le régime : "A bas les Etats-Unis, à bas Israël !" 

 

Ali, 26 ans, crâne chauve et barbe de rigueur, est l'un de ces jeunes "basidji", les défenseurs des idéaux de la Révolution islamique. Agenouillé devant une tombe, il dit n'avoir aucune crainte de mourir pour son pays. "Ce serait même un honneur, mais être un martyr, ça se mérite, je ne sais pas si j'en suis digne."

 

Ali passe la plupart de son temps au Centre d'études islamiques, près de la faculté de Téhéran, une association étudiante ultra-conservatrice, où il partage son temps entre ses cours de communication et la prière. "La Révolution de 1979 a ramené l'islam au pouvoir. Avant, les gens n'étaient pas de bons musulmans. Toute ma vie est organisée en fonction des commandements de Dieu."

 

Les murs de l'association sont couverts de voiles noirs, en souvenir de l'imam Hussein, figure majeure des chiites, sur lesquels sont punaisés des tracts en faveur de l'ayatollah Khomeiny et des affiches qui appellent au boycott des grandes firmes internationales : "En achetant ces marques, les consommateurs financent indirectement les bombes lâchées sur la Palestine."

Lorsqu'on lui demande s'il ne souffre pas du manque de liberté en Iran, Ali répond qu'au contraire, "la Révolution islamique a apporté la liberté à son pays : celle de peser dans le concert des grandes nations grâce au développement du nucléaire".

 
D’un côté les "basidji", de l’autre des jeunes assoiffés de culture occidentale


Les "basidji" et leur morale austère sont la hantise de toute une autre partie de la jeunesse iranienne, une jeunesse avide de mode occidentale, de consommation, de loisirs. Une jeunesse qu'on n'entend pas. Dans un pays où l'expression est étroitement contrôlée, critiquer les règles imposées par les mollahs peut valoir un séjour en prison.

 

"C'est dur d'être jeune ici, on ne peut rien faire", racontent Hossein et Shirin, un couple de jeunes mariés qui acceptent de parler, du bout des lèvres, de leur quotidien en Iran. "Je ne peux pas aller à la piscine avec ma femme ; il n'y a pas de discothèque; si l'on se fait prendre avec de l'alcool, c'est 80 coups de bâton, et hormis les chants religieux ou militaires iraniens, on n'est pas censé écouter de musique! "


Malgré leur peur de la police des mœurs, Hossein et Shirin font partie de cette jeunesse qui, timidement, flirte avec les interdits du régime. Les mèches qui s'échappent négligemment du foulard islamique de Moshdé sont une coquetterie subversive au pays des mollahs. Son mari, lui, a installé une antenne satellite sur le toit : distraction illégale devenue pour lui aussi indispensable que douloureuse. "On voit qu'une autre jeunesse existe, et nous en sommes privés."


Aujourd'hui, ces jeunes ont renoncé à espérer de profonds changements politiques. Leur seul rêve est de partir à l'étranger. Ils seraient 180 000 à quitter le pays chaque année. Une fuite des cerveaux dramatique, qui prive l'Iran de l'élite capable d'assurer son avenir.
 

Première publication : 08/02/2009

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