Dernière modification : 10/04/2009 

- ONU - Piraterie - Somalie


Itinéraire d'un bateau bien gardé
Itinéraire d'un bateau bien gardé
Affrété par le Programme alimentaire mondial (PAM), le Victoria quitte Mombasa pour Mogadiscio. Malgré la présence du Floréal dans le sillage du navire, l'équipage garde en mémoire les neuf jours qu'il a passés entre les mains des pirates.
Par Marie Sophie JOUBERT (texte)

Anwar Ahmed, capitaine pakistanais du Victoria, maintient le cap, confiant. A la barre d’un navire battant pavillon jordanien, il a quitté Mombasa au Kenya la veille et se dirige tout droit sur Mogadiscio, où il doit livrer dans trois jours 4 000 tonnes de vivres envoyées par le Programme alimentaire mondial (PAM), qui relève de l’ONU.

A peine plus épais qu’un des bouts de son navire, l’homme, cheveux gras, barbe inégale et polo élimé, dit ne pas craindre les pirates. Il doit savoir de quoi il parle. Il y a quelques mois, il a croisé leur route et s'est retrouvé captif.

 

Anwar Ahmed, le commandant du Victoria

Accoudé au poste de pilotage vieillot et graisseux, une canette de soda à la main, il explique : "La zone que nous traversons actuellement - le long de la côte Kenyane - n’est pas trop dangereuse. Les choses se corsent en général à l’approche de Mogadiscio."

"A ce moment, je prends des précautions", assure-t-il dans un anglais correct, mais difficilement audible : il ne lui reste que quelques chicots dans la bouche.
 

La protection en question n'est autre qu'un simple tuyau d’arrosage. "Recevoir des trombes d’eau en pleine figure a un effet psychologique fort, ça fait peur", assure-t-il. Il n’a pas d’autres choix que d’être optimisme, légalement il ne peut pas être davantage armé.

 

Pour cette traversée, son navire est escorté par le Floréal, une frégate militaire francaise sous commandement européen, dans le cadre de la mission anti-piraterie Atalante. Les deux bâtiments se sont rejoints à Mombasa au Kenya.  Si les deux commandants ne se sont  jamais rencontrés, ils sont en contact permanent par radio, par mail et par téléphone. "Une précense rassurante" reconnaît Anwar Ahmed.

 

"On en peut rien faire avec une arme pointée sur soi"

En mai dernier, le jet d'eau a en effet montré les limites de sa capacité de dissuasion. Parti d'Inde, Anwar Ahmed devait livrer du sucre à un commerçant soudanais installé à Mogadiscio. Son équipage et lui ont été kidnappés. Ils ont passé plus de neuf jours entre les mains des pirates. Des souvenirs plutôt effrayants et encore bien vifs. "On ne peut rien faire avec une arme pointée sur soi", explique son second, Utman, un Indien de 24 ans.

Alors qu’ils étaient encore à six miles de Mogadiscio, quinze pirates, embarqués sur des skiffs et armés d’AK47, ont pris le navire d’assaut. Tout est allé très vite. En moins de dix minutes, les flibustiers ont escaladé la coque du navire à l'aide d'une échelle.

Les attaques contre le PAM

 

  • En 2005, le PAM suspend pendant plusieurs semaines ses livraisons d’aide par voie maritime à la Somalie à cause des actes de piraterie.
  • En octobre 2007, un navire du PAM est attaqué par des pirates à 60 miles du port somalien de Brava, situé à 160 km au sud de Mogadiscio, après avoir débarqué 7 000 tonnes de nourriture.
  • Fin 2007, la France amorce le processus d’accompagnement des bateaux affrétés par le PAM.
  • Le 8 décembre 2008, la mission Atalante est lancée. Elle escortera le PAM pendant un an.
  • Depuis le début des escortes, les bateaux du PAM n'ont jamais été la cible de pirates

"L’un d'eux, le seul qui parlait anglais, m’a demandé de rassembler tout l’équipage sur le pont. C’était pour nous dépouiller de nos montres et de nos téléphones", raconte Anwar.
 
Utman précise : "Ils ont dit qu’ils nous tueraient tous si nous mentions ou s’ils trouvaient des objets de valeurs en fouillant nos cabines."

Les pirates ont ensuite passé le navire au peigne fin, récupérant tout, jusqu’aux vêtements de leurs captifs, exception faite de ceux qu'ils portaient.

Une fois le butin en poche, le navire a été détourné jusqu’au nord de la Somalie. Il ne restait plus à l’équipage - enfermé dans la salle à vivre, une pièce rudimentaire et mal éclairée - qu’à compter les heures. Puis les jours.

"J’ai continué d’espérer pendant toute notre captivité", affirme Utman. Après neuf jours, ils ont finalement été relâchés, sans vraiment savoir pourquoi. Ils soupconnent le propriétaire de leur cargaison, un Somalien, d'avoir négocié directement avec les pirates.

Malgré cette expérience, Utman poursuit sa route avec le Victoria. Sa motivation ? Le salaire. Quelques centaines d’euros pour la traversée.
 

Commentaires (1)

Si j'étais capitaine

Ce récit précis ne donne pas envie de voguer dans le Golf d'Aden. Non, M. Ahmed n'a pas l'air si choqué. À moins que comme le rappelle si bien l'article, sa motivation dépasse sa peur. Ça me fait froid ici.
Merci

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