- Bolivie - Evo Morales
Ce reportage débute dans les caves du ministère de l'Intérieur bolivien où de récents travaux de rénovation ont permis de mettre au jour un réseau de cellules et de salles de torture. Marcos Farfan, aujourd'hui vice-ministre de l'Intérieur, a connu ces souterrains à l'âge de 16 ans, sous la dictature du général Hugo Banzer, dans les années 1970.
"Le ministre et l'appareil bureaucratique travaillaient à l'étage supérieur. Ils avaient sous la main, au sous-sol, les prisonniers politiques. Ils nous déshabillaient complètement et mettaient des câbles électriques sur le sol, les murs et nos corps détrempés. C'était la forme de torture qu'ils utilisaient. Nous pensons que les 155 personnes qui ont disparu sont passées par ici. Des hommes, des femmes et des adolescents dont nous n'avons jamais retrouvé la trace", se souvient-il.
À la différence d'autres pays d'Amérique du Sud qui ont connu une dictature, la Bolivie se lance tout juste dans un travail de recherche et de mémoire. Pour Delia Cortez, présidente de l'association des familles de disparus, les historiens ont une part de responsabilité dans ce retard.
"Les livres nous parlent de la révolution de 1952, puis passent directement aux années 1990. Entre les deux, l'histoire s'est-elle arrêtée ? Nous, Boliviens, n'avons-nous pas vécu cette époque ? Cela ne vous paraît-il pas partial ? C'est la raison pour laquelle, nous autres, parlons d'histoire non-officielle."
Les exhumations en cours dans les caves du ministère sont un nouvel espoir pour les victimes, qui entrevoient la possibilité d'engager des poursuites judiciaires contre les auteurs des crimes commis à l'époque, comme le souligne Antonio Peredo, sénateur : "Il me paraît injuste que la mort d'un criminel puisse clore toutes les poursuites judiciaires lancées à son encontre. Que deviennent les victimes ? Pour moi, c'est à la société de juger ces atrocités, et nous allons y travailler. Mais les criminels toujours en vie devront, eux, répondre de leurs actes devant les tribunaux."
Le gouvernement de gauche d'Evo Morales a promis de faire toute la lumière sur cette découverte macabre. La population va devoir affronter, elle, les vérités du passé encore très proche de cette jeune démocratie.

















