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DEBATS

Didier Lombard, PDG de France Télécom

Dernière modification : 01/10/2009

Invité de Stéphanie Antoine, le PDG de France Télécom, Didier Lombard, évoque les enjeux actuels du secteur des télécommunications en France et les défis auxquels son groupe doit faire face.

 


Stéphanie ANTOINE.-
Bonjour à tous, bienvenue dans "L'Invité de l'économie". J'ai le plaisir de recevoir Didier Lombard, PDG de France Télécom, premier opérateur français de télécommunication et troisième opérateur européen. Le groupe est présent en Espagne, en Pologne ou encore au Royaume-Uni mais aussi dans les pays émergents.

Bonjour et merci beaucoup d'être avec nous.

Didier LOMBARD.-
Bonjour.

Stéphanie ANTOINE.- Vous avez publié vos résultats du 4ème trimestre très récemment, vous tenez vos objectifs financiers en 2008. Comment se comportent les télécoms face à la crise ?

Didier LOMBARD.-
On ne peut pas dire que l'on est exempts de la crise parce que ce serait arrogant. On ne supporte pas trop la crise car, en fait, les besoins de télécoms sont les besoins primaires des familles. Quelle que soit la situation, vous avez besoin d'être connecté au monde. Cela représente en fait une partie faible des dépenses des ménages; c'est 2,5 % des dépenses des ménages. On est donc plus résistants que d'autres secteurs industriels à la crise. Cela ne veut pas dire qu'on n'est pas impactés et qu'il ne faut pas que l'on travaille. Cela étant, la crise nous touche moins que d'autres secteurs.

Stéphanie ANTOINE.- Vous avez lancé le plan "NExT" en 2005 pour devenir un opérateur fixe mobile et Internet pleinement intégré avec la "Livebox". Vous lancez maintenant Orange 2012. Quel en est l'objectif ?

Didier LOMBARD.-
C'est très simple. Dans un horizon de trois ans, il nous faut faire un pas de plus dans la transformation, ce qui n’est pas forcément le plus simple. Il faut que l'on arrive à ce que l"Orange de 2012" soit aussi véloce que si on l'avait créé à partir d'une start up. On oublie pratiquement l'opérateur historique que nous sommes en France mais en Pologne et dans d'autres pays. Il faut que l'on s'allège de toutes les choses que nous avons, qui sont de la commutation historique et des réseaux qui datent de pas mal d'années.  

Stéphanie ANTOINE.-
Des lourdeurs ?

Didier LOMBARD.- Des lourdeurs, voilà. Il faut que l'on devienne aussi réactifs qu'une start up parce que nos concurrents, qui sont principalement les sociétés de service américaines, vont avoir ce profil. Au point de vue concurrentiel, il faut que l'on soit aussi réactifs qu'eux.

Stéphanie ANTOINE.- Qu'est-ce que le modèle économique ?

Didier LOMBARD.-
Le modèle économique à la fin, c'est ce que j'ai décrit dans le village numérique mondial, c'est-à-dire la connectivité intégrale de nos clients avec tout le reste du monde et avec des moyens qui sont fixes, mobiles, de l'Internet, de la télévision, des services, etc., tout cela complètement fluide et réactif.

Stéphanie ANTOINE.- La marque "Orange" ?

Didier LOMBARD.- Sous la marque "Orange", bien sûr. Cette réactivité doit être obtenue avec certaines valeurs nouvelles que je suis en train d'introduire, la principale étant la simplicité. On s'aperçoit qu'il y a 1,6 milliard d'internautes autour de la Planète, et la population, c'est 6,5 milliards. Le gap entre les deux, si on suppose que c'est vraiment un facteur de progrès que d'être connecté - ce que je crois profondément – il faut qu'on élargisse la base adressable. Ca n'est pas faisable avec les matériels mis sur le marché à l'heure actuelle qui sont l'héritage du monde informatique. Il faut aller vers des choses ultra simples, "customers finally", c'est-à-dire "plug and play", qui se branchent et qui marchent. C'est dans l'intérêt du consommateur puisque n'importe quel consommateur va pouvoir utiliser aussi simplement que le bon vieux téléphone de nos grands-mères, c'est-à-dire sans se préoccuper de savoir ce qu'il y a derrière.

Stéphanie ANTOINE.-
C'est possible à l'horizon 2012, malgré la crise ?

Didier LOMBARD.- Ca va se faire. Justement, la crise est une bonne période pour focaliser toute l'innovation du groupe là-dessus. Vous voyez bien que vous élargissez la base adressable et vous permettez de faire entrer dans le village numérique mondial une population plus large, ce que je pense être notre obligation sociale. Il ne faut pas avoir un bout de la population qui est branchée et l'autre qui ne l'est pas.

Stéphanie ANTOINE.-
Cela vous demande d'investissements importants ?

Didier LOMBARD.- Il faut que l'on investisse toujours au même niveau pendant cette période-là. C'est d'ailleurs ce qui est prévu dans l'évolution que j'ai annoncée au marché. C'est qu'en restant avec un même niveau d'investissement qui est 12 ou 13 % de notre chiffre d'affaires, on doit arriver à faire cette transformation.

Stéphanie ANTOINE.- Vous êtes très présent dans les pays émergents, seriez-vous prêts à saisir des opportunités comme par exemple acheter l'Egyptien Rascom ou encore le Sud-africain MTN ?

Didier LOMBARD.- Nous sommes plus sélectifs dans notre politique d'acquisition. On essaie d'acheter des actifs où la valeur est créée par nous. Les exemples que vous donnez sont des actifs à forte valeur, mais la valeur est déjà dans le prix de ces sociétés-là. Alors que quand nous achetons des licences, comme nous l'avons fait récemment, par exemple au Niger, on ne part de rien. On crée un réseau, on crée une société. Prenez l'Egypte, nous avons acheté une licence il y a une quinzaine d'années, maintenant il y a 20 millions d'abonnés. La valeur de cette société a été faite par les travailleurs de notre maison. On a créé un réseau commercial et on ramassé des abonnés.

Stéphanie ANTOINE.- Donc licences plutôt qu'opérateurs ?

Didier LOMBARD.- Licences ou des actifs ayant besoin d'être réformés profondément comme on l'a fait au Kenya où on a acheté l'opérateur historique plus une licence mobile. On est en train de créer un opérateur intégré au Kenya d'une façon très active. La valeur à la sortie va être beaucoup plus élevée que la valeur d'entrée. La différence, c'est notre action qui la crée. C'est notre vrai métier, c'est-à-dire celle d'une société de télécoms. On n'est pas banquier. On ne fait pas des transactions pour le plaisir de faire de la plus-value instantanée. On fait des transactions pour créer de la valeur.

Stéphanie ANTOINE.- Avez-vous des regrets sur l'achat opérateur finno-suédois "TeliaSonera" que vous n'avez pas réussi à vous offrir il y a neuf mois ?

Didier LOMBARD.- La gouvernance des pays nordiques, que je respecte, n'a pas permis de faire cette opération car, en fait, ça illustre le même principe que je viens de rappeler. C'est que pour pouvoir faire de la valeur sur une acquisition quelconque, il faut être capable de monter un projet précis avec le management pour faire sortir les synergies que l'on peut avoir entre les deux groupes. Pendant toute la discussion que j'ai eue avec le Conseil d'Administration, il n'a pas été possible de monter ces projets. Au bout de deux mois, j'ai jeté l'éponge en considérant qu'on n'arriverait pas à avoir ce format d'acquisition, qui est celui qui j'ai défini.

Stéphanie ANTOINE.- Vous le regrettez ?

Didier LOMBARD.- Non pas du tout puisque je ne cherche que des acquisitions à création de valeur, donc ça va.

Stéphanie ANTOINE.- Il est probable qu'il y ait un nouvel entrant en France dans la téléphonie mobile assez rapidement. Il y a de fortes chances que ce soit Iliad, donc Free. Cela vous inquiète-t-il ?

Didier LOMBARD.- Cela ne nous inquiète pas car, d'une part, je pense que les conditions actuelles ne peuvent pas persister à travers les procédures juridiques en cours. On ne peut pas acheter à un prix aussi bas des licences que les trois autres ont payées à des prix beaucoup plus élevés. Par ailleurs, évidemment que l'on va se battre. Cela ne me fait pas peur. La concurrence, c'est la base sur laquelle la maison fonctionne à l'heure actuelle.

Stéphanie ANTOINE.- Il en faut plus ?

Didier LOMBARD.- Il y en a énormément en France, il y a plus de quinze opérateurs. En fait, quand vous dites que ce sera le 4ème opérateur, ce sera le 5ème, car il y a MVNO, Virgin Model qui se développe à toute vitesse. Le niveau de concurrence est extrême. Le jeu extrêmement violent qui aura lieu se passera plutôt entre les autres.

Stéphanie ANTOINE.- Depuis votre offensive, dans les contenus, plus spécialement dans le sport, le cinéma, vos concurrents "Canal +", "Free", "SFR" donc "Vivendi", vous accusent régulièrement d'abus de position dominante. Le tribunal de commerce de Paris a condamné en fait vos accords d'exclusivité de diffusion de votre chaîne "Orange Sports" sur votre réseau. Il a condamné le fait, pour expliquer, que vous réserviez la diffusion d'"Orange Sports" à vos abonnés haut débit. Vous avez fait appel. La décision du premier président de la cour d'appel sera prononcée le 31 mars.

Que comptez-vous faire. Envisagez-vous, par exemple, de suspendre la commercialisation d'"Orange Sports" ?

Didier LOMBARD.- Le sujet n'est pas celui de l'exclusivité. Le jugement porte sur le "triple-play". En fait, ce qui est dans le jugement me paraît assez ahurissant parce que, si on interdit le "triple-play", alors là, on interdit aussi tous les autres "triple-play", y compris ceux de ceux qui ont envoyé la plainte en face du tribunal de commerce. Le "triple play", c'est (pour être clair), sur Internet, la capacité d'avoir à la fois le téléphone, le vidéo, l'Internet, et tout un tas d'autres services possibles. Cela me semble difficile de rester avec ce schéma dans une France qui serait un peu isolée du reste du monde.

Si aux échéances, on perdure avec le jugement qui date effectivement de trois semaines à peu près, on interrompra la commercialisation en attendant d'aller au vrai appel qui est prévu vers le mois de mai.

Stéphanie ANTOINE.- Vous pourriez suspendre la commercialisation plutôt que de proposer la chaîne à vos concurrents ?

Didier LOMBARD.- Ce n'est pas ce qui nous est demandé. Il nous est dit que l'on ne peut pas commercialiser du "triple play". Nous ne commercialiserons donc pas du "triple play".

Stéphanie ANTOINE.- Vous suspendriez…

Didier LOMBARD.- On arrêtera pendant la durée du jugement, c'est tout.

Stéphanie ANTOINE.- On attend aussi l'avis de l'autorité de la concurrence, toujours sur le même sujet, qui a été saisie par le Gouvernement pour savoir si un opérateur ADSL pourrait vendre ou pas du contenu exclusif. Qu'attendez-vous de cet avis ?

Didier LOMBARD.- Ce sujet est encore plus fondamental. C'est le sujet de l'exclusivité, de la gratuité, par rapport à l'innovation. Nous sommes dans un pays où, tous les matins, on se lamente parce que le niveau de l'innovation privée n'est pas suffisant. Pour rémunérer une innovation, il faut trouver un canal pour la rémunérer. La seule façon de la rémunérer est d'avoir en face une source de revenus qui ne vient que de l'exclusivité pendant des durées qui peuvent être modulées suivant le niveau de l'innovation qui est dans le tuyau mais c'est le même problème dans l'industrie des télécoms, dans l'industrie du médicament, dans l'industrie automobile. On est en face d'un sujet plus large que celui des télécoms. J'attends serein l'analyse du Conseil de la concurrence qui va faire une analyse au fond, certainement très fouillée.

Stéphanie ANTOINE.- C'est ce que contestent vos concurrents, le patron de Free disant que, lui, n'a jamais bénéficié d'exclusivité en ce qui concerne "Free".

Didier LOMBARD.- Tout ce qui dérange, c'est qu'en fait, on est en train d'innover énormément sur les usages, et ça dérange. Il y a des réflexes normaux dans des sociétés comme les nôtres, c'est-à-dire que certaines forces ne sont pas tellement innovantes. On va donc continuer comme ça, on verra bien.

Stéphanie ANTOINE.- Quand ils disent qu'il est impossible de casser le monopole de France Télécom, par exemple.

Didier LOMBARD.- Le monopole, c'est une plaisanterie ! On a moins de 50 % de parts de marchés. Ils sont tout à fait florissants. Ils ont des marges supérieures à nous, etc. Tous les chiffres qu'ils publient dans les articles sont faux. C'est une campagne mais ce n'est pas sérieux.

Stéphanie ANTOINE.- Vous avez quand même du cash par rapport à eux ?

Didier LOMBARD.- Eux aussi ont du cash. Ne vous inquiétez pas pour leurs actionnaires.

Stéphanie ANTOINE.- Dans quelle mesure d'ailleurs ces incertitudes vous portent-elles préjudice ?

Didier LOMBARD.- Pour le moment, pas vraiment. Je continue à avancer. De toute façon, cela porte sur un pourcentage très faible de notre chiffre d'affaires. Ce qui me rend un peu nerveux, c'est simplement que j'essaie d'apporter une innovation correspondant à l'évolution du monde de l'Internet sur la suite, innovation reconnue partout autour du monde, en particulier la façon dont on consomme les vidéos, c'est quelque chose d'extrêmement intéressant avec l'interactivité que l'on met en place sur la télé. Ce n'est pas de la télé linéaire mais de la télé dans laquelle vous choisissez votre instant, votre écran. C'est beaucoup plus riche que ce que vous avez avec un canal normal.

Stéphanie ANTOINE.- Vous gardez donc le cap de l'innovation.

Didier LOMBARD.- Sur les abonnés que l'on vient d'avoir récemment, 300 000 depuis le 15 novembre, la moitié utilise un mode différé, un mode souple, etc. Ils sont en train de s'y mettre. Il est évident que, dans quelques années, cette bataille aura l'air d'être un peu rocambolesque. C'est comme les diligences. Quand on est passé au train, on  a dit que les gens ne supporteraient pas le passage des tunnels. Voilà, on est à peu près dans ce genre de débat.

Stéphanie ANTOINE.- Dernière question. Vous avez perdu l'exclusivité de la vente de l'iPhone et les offres des autres opérateurs devraient démarrer le mois prochain. Cela pourrait-il avoir un impact sur votre business ?

Didier LOMBARD.- L'iPhone, on va entrer en concurrence exacerbée avec eux. On est en train de mettre de nouveaux services sur l'iPhone. C'est toujours la même chose. Il faut toujours courir en tête. D'ici peu, on va annoncer que l'on fait entrer dans la "pool store" un serveur permettant de recevoir des canaux de télévision, ce qui n'existe pas à l'heure actuelle. Cela fera un plus, et ainsi de suite.

Stéphanie ANTOINE.- L'impact, finalement, ça vous stimule !

Didier LOMBARD.- Oui, bien sûr mais le problème étant d'amortir les frais que l'on a engagés sur les plates-formes. D'ailleurs, nos concurrents sont en train de découvrir qu'il faut payer un peu les plates-formes.

Stéphanie ANTOINE.- Ca, c'est un problème ! (Rires)

Merci beaucoup Didier Lombard.

Première publication : 18/03/2009

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