- Crise financière - Espagne - Immigration clandestine
Tous les matins, le même rituel se répète sur la Plaza Eliptica, au sud de Madrid. Des dizaines de travailleurs de la construction, tous immigrés, attendent l’arrivée de camionnettes de chantier. À bord, des patrons qui cherchent des ouvriers à payer au noir pour la journée.
Seuls quelques-uns pourront monter dans les véhicules. Les patrons les emmènent directement sur leur lieu de travail. "On travaille une heure par-ci, deux heures par-là. De quoi gagner de temps en temps 15 ou 20 euros. C’est toujours mieux que rien", explique un sans-papiers d’origine malienne qui vit en Espagne depuis un an.
Dans un pays où l’économie souterraine était déjà très développée, la crise fait exploser le travail au noir. Quelque 20 % de l’activité économique espagnole échapperait ainsi à tout contrôle. En comparant différents indices, comme le taux de chômage et le nombre d’affiliations à la Sécurité sociale, les experts estiment à 80 000 le nombre de nouveaux travailleurs sur le marché noir depuis un an.
Concurrence déloyale
Cette situation crée de fortes tensions. Les ouvriers espagnols au chômage sont exaspérés. "Ils travaillent pour moitié moins cher que nous !, s’emporte Emilio, carreleur sans travail depuis plusieurs mois. On leur donne à peine 15 euros et un sandwich pour la journée. Et voilà, eux ils acceptent de bosser. Je ne les rejette pas, je ne suis pas raciste. Mais moi aussi je veux vivre dans mon pays."
Retour à la Plaza Eliptica à 6h30 du matin, l’heure de pointe. Nous avons pu filmer les transactions avec une caméra cachée. Un employeur fait signer des papiers à un travailleur. L’ouvrier se rend compte que le prétendu contrat ne correspond pas à sa mission. Le ton monte, mais il embarquera quand même à bord de la camionnette.
Paco Martinez, responsable de la branche construction du syndicat UGT, dénonce toute une chaîne d’abus de la part de ces employeurs peu scrupuleux. Par exemple, beaucoup de sans-papiers ne sont pas du tout payés à la fin de la journée. "La police de l’immigration le dit elle-même : ce sont de véritables clans, des mafias, qui embauchent comme ça, explique-t-il. Il n’y a pas de vrais contrats, ça, je peux vous l’assurer. Les patrons leur mentent, parce que les immigrés ne connaissent pas les textes de loi. Certains leur disent même qu’ils vont les aider à avoir des papiers en règle ! Mais tout ça ce sont des mensonges."
Selon le responsable syndical, la législation en vigueur en Espagne ne permet pas de lutter contre ces pratiques. L’inspection du travail n’agit que sur dénonciation d’un cas concret et étayé par des témoignages. Difficile quand on a affaire à une population clandestine, qui évite tout rapport avec les autorités.

























