Louisa Inozemtseva est harcelée par ses créditeurs. Elle a perdu son travail et ne peut plus rembourser ses dettes.
Elle se souvient en tremblant des menaces proférées lors du dernier entretien qu’elle a eu avec un jeune homme envoyé par sa banque. "Je vais sonner chez vous en pleine nuit me disait l’homme envoyé par la banque, je vais crier dans la cage d’escalier que vous êtes un escroc pour que tous vos voisins soient au courant, j’irai voir vos enfants sur leur lieu de travail, j’appellerai tout le monde et vous n’aurez pas le choix… Mon Dieu… Je leur ai dit de faire ce qu’ils voulaient."
Aujourd’hu Louisa a peur qu’on vienne chez elle réclamer les 14 000 euros qu’elle a empruntés. Elle peur des "kollektors" (collecteurs), les sociétés privées chargées de récupérer les impayés. Ce sont souvent de jeunes gens et, en province, il se déplacent armés.
Visites d'intimidation à domicile
A Moscou, les "kollektors" expliquent employer d’autres méthodes. "On nous présente comme des types au crâne rasé armés de battes de baseball, de fer à repasser et autres fer à souder… Mais tout ça, c’était dans la Russie des années 90", assure Alexei Bogatov, le directeur de Rus Debt.
Dans cette entreprise, on parle de pression psychologique sur les mauvais payeurs et leur entourage. "Vous savez que votre frère a des dettes ?" dit ainsi une employée au téléphone. Pour augmenter la pression, l’entreprise peut aussi publier dans la presse les dettes non remboursées. Cela dit, "il n’y a ici aucune menace", explique-t-on. Il s’agit juste de mises en garde...
Et si rien n’y fait, des collecteurs spécialisés font des visites à domicile mais sans la présence des caméras. Une pratique dénoncée par certains avocats. "Ils viennent chez vous pour faire peur, explique Irina Katchura, une avocate du cabinet Only Way. Ils disent venir pour faire l’inventaire de ce que vous possédez, mais en réalité ils n’ont aucun droit, ils pourraient même être condamnés pour venir chez les gens."
Harcèlement illégal
Dans ce cabinet, les avocats disent être des "anti-collecteurs". Irina Katchura parle de harcèlement illégal en dehors de toute décision de justice. Pour elle, les courriers des collecteurs ne sont qu’un tissu d’intimidations.
Pour avoir fait appel à ses services, Louisa Inozemtseva est maintenant menacée de représailles. "Vous auriez dû réfléchir avant de vous attaquer à la banque, lui dit on au téléphone. Vous allez maintenant en mesurer les conséquences."
Louisa Inozemtseva n’a aucun moyen de rembourser ses dettes, les factures s’entassent et, avec la crise, elle ne trouve pas de travail.













