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Amériques

Décès de Raoul Alfonsin, premier président de l'après-dictature

Vidéo par Karina CHABOUR

Dernière modification : 01/04/2009

L'ancien président argentin Raul Alfonsin, artisan du rétablissement de la démocratie en Argentine dans les années 1980 après sept années de dictature militaire, est mort mardi à l'âge de 82 ans.

AFP - Raul Alfonsin, mort mardi d'un cancer à 82 ans, a été le premier président argentin élu démocratiquement après la sanglante dictature militaire des années 1976-1983, dont il a fait juger les responsables lors d'un procès historique.

Le "Nuremberg argentin" de 1985, comme on appelle le procès des juntes militaires en référence au procès de nazis à l'issue de la Seconde guerre mondiale, marque l'apogée de son mandat.

Il souhaitait lui-même que les militaires soient jugés par leurs pairs. Mais devant leur refus, un tribunal fédéral de Buenos Aires avait décidé de se saisir du jugement des responsables des juntes militaires.

Le monde avait alors appris, stupéfait, la cruauté des crimes de la junte militaire argentine : quelque 30.000 personnes auront, selon les organisations de défense des droits de l'Homme, été torturées puis exécutées clandestinement.

Le général Jorge Videla et l'ancien amiral Emilio Massera, principaux responsables de la répression, sont condamnés à la prison à vie.

L'ancien président radical, devenu en 1983 le premier homme politique à vaincre le péronisme grâce à un large soutien des classes moyennes et populaires, avait soutenu l'enquête sur les tortures et les disparitions dirigée par l'écrivain Ernesto Sabato, qui a parlé de "descente aux enfers".

Ce travail exhaustif a été réuni dans un livre sans précédent en Amérique latine sous le nom de "Jamais Plus" ("Nunca mas").

Mais l'euphorie des débuts de la démocratie ne durera que deux ans. Dès 1987, Raul Alfonsin, plutôt sanguin et impulsif de tempérament, cède à un soulèvement militaire et choisit, malgré les manifestations de soutien de millions d'Argentins dans tout le pays, de négocier avec les mutins.

"Joyeuses Pâques, la maison est en ordre", lance Raul Alfonsin depuis le balcon de la Casa Rosada, le siège de la présidence, à la foule venue soutenir la démocratie.

Cette phrase tristement célèbre marque la victoire des "carapintadas" (visages peints, en référence au camouflage de guerre), les mutins qui revendiquent la répression et refusent que leurs pairs soient jugés.

Le Congrès, conformément à l'accord passé par le président Alfonsin avec les mutins, vote ensuite la "loi de l'obéissance due", qui permettra pendant des années aux militaires qui avaient torturé, y compris des femmes enceinte, ou tué en jetant des personnes vivantes à la mer, d'échapper à la justice.

Cette loi d'amnistie, annulée sous la présidence de Nestor Kirchner (2003-2007) afin que les procès soient rouverts, assène un coup mortel au gouvernement Alfonsin qui, discrédité, s'enlise dans la crise et l'hyperinflation.

En 1989, n'arrivant plus à contrôler une inflation de 5.000% par an et faisant face à des grèves générales en série, il annonce à la télévision qu'il écourte son mandat de six mois et remet le pouvoir au vainqueur des élections, Carlos Menem (1989-1999).

Né en pleine pampa, à Chascomus, dans la province de Buenos Aires, M. Alfonsin était resté néanmoins très influent au sein du vieux parti radical et continue à faire de la politique dans l'ombre.

Cet homme d'aspect austère a le goût prononcé pour la négociation propre aux politiciens à l'ancienne.

Il est très critiqué en 1994 pour avoir permis la réélection de Carlos Menem à la faveur d'une réformé constitutionnelle accordée en secret lors du "Pacte d'Olivos" -du nom de la résidence du président.

Raul Alfonsin est aussi l'homme de la paix avec le Chili, qui a mis fin au différend sur le canal de Beagle, à l'extrême sud du pays, à l'issue d'un référendum l'autorisant à faire les concessions nécessaires.

Il aura enfin donné au Mercosur, le marché commun de l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay, son coup d'envoi et son impulsion en signant avec son homologue brésilien José Sarney un accord sur l'industrie automobile.
 

Première publication : 01/04/2009

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