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Asie - pacifique

L'éducation des filles dans le viseur des Taliban

Texte par Marc LELLIÈVRE , , correspondant au Pakistan

Dernière modification : 03/04/2009

Les Taliban ont détruit ou fermé toutes les écoles de filles dans la vallée de Swat, jugeant qu'elles ne doivent pas aller à l'école après l'âge de 8 ans.Une situation face à laquelle le gouvernement pakistanais reste impuissant.

En face de la présidence, à Islamabad, 300 hommes protestent contre la destruction des écoles dans la vallée de Swat et s'en prennent au gouvernement. "Asif Ali Zardari (le président pakistanais, ndlr), où étais-tu quand nous avions besoin de toi ? Qu'as-tu fait pour nous ?", clament-ils.

 

En un peu moins d'un an, plus d'une centaine d'établissements scolaires ont été détruits par les insurgés taliban dans cette région. Des écoles de filles surtout, mais aussi des écoles de garçons. Et si quelques-unes restent encore debout, elles n'accueillent plus grand-monde car les parents ont désormais bien trop peur d'y envoyer leurs enfants.


Une situation face à laquelle le gouvernement pakistanais est impuissant. De quoi scandaliser bon nombre de Pakistanais. "Islamabad dit être conscient de la situation. Ce qui n'explique pas pourquoi il tolère qu'elle perdure", s'agace Kamila Hyat, un éditorialiste du quotidien pakistanais "The News". Et d'ajouter : "On peut se demander si le Parti du peuple pakistanais (dont le président Zardari est issu, ndlr) considère le refus d'éducation fait à 80 000 jeunes filles comme un problème mineur."





Menaces et exécutions

 

Cette passivité de l'État profite aux insurgés dont la tactique est simple : détruire les structures étatiques pour les remplacer par d'autres, jugées plus conformes à la loi islamique. "Nous détruisons les écoles parce que l'enseignement ne correspond pas à la façon dont les enfants doivent être éduqués", déclarait d'ailleurs à FRANCE 24 Muslim Khan, le porte-parole des Taliban de Swat, il y a quelques semaines. Pour Sufi Mohammad, leader du TNSM (le mouvement pour l'application de la loi de Mahommet) et beau-père de Maulana Fazlullah, le chef des Taliban locaux, les filles ne doivent pas aller à l'école après l'âge de 8 ans.


D'après "The News", des parents ont reçu la visite d'islamistes qui les incitaient à garder leur fille à la maison, tandis que des jeunes femmes parlent de menaces visant à les dissuader de travailler et de faire des études. Enfin, le 27 décembre 2008, les Taliban avaient menacé de détruire les écoles de filles si elles n'étaient pas fermées d'ici le 15 janvier 2009. De quoi ôter tout espoir aux fillettes d'exercer un métier plus tard.

 

Mais ces fermetures privent aussi de revenus toutes les femmes qui y travaillent. Le journaliste pakistanais Hamid Mir a raconté l'histoire de l'une de ces institutrices. Une veuve, qui enseignait dans une école pour gagner sa vie et élever ses trois enfants, a reçu des menaces des Taliban qui lui ont interdit de travailler. Elle s'est alors tournée vers un religieux pour qu'il plaide en sa faveur. Peine perdue : le religieux a été forcé de quitter son village et l'institutrice exécutée.

Première publication : 02/04/2009

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