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FRANCE

Toujours prêts à en découdre, les "Conti" calment toutefois le jeu

Texte par Clea CAULCUTT

Dernière modification : 03/04/2009

Si la tension est descendue d’un cran sur le site Continental de Clairoix dans l’Oise, les ouvriers se préparent toutefois à une mobilisation sur la durée. Cette usine du fabricant allemand de pneus est promise à la fermeture en 2010.

La veste Continental, on la porte toujours avec autant de fierté à l’usine de Clairoix dans l’Oise. Même si certains ont choisi de "customiser" la leur avec des "Merci patron" et "Conti te nique" imprimés en gros caractères jaunes. Clope au bec ou marmot dans les bras, les employés de "Conti" sont venus écouter Xavier Mathieu, un représentant de la CGT au look un brin baroudeur, faire un point sur les négociations à propos de la fermeture du site de Clairoix prévue pour 2010.

 

Les visages sont fatigués mais la détermination est de mise. Une petite victoire mardi a redonné le sourire à quelques-uns. Le ministère public a demandé à Continental de suspendre la fermeture du site et estime que la société allemande aurait dû saisir le Comité d’entreprise européen au préalable.

 

"Ça remet du baume au cœur. A Paris, on s’était pris un coup sur la tête. L’Etat nous disait qu’il ne pouvait rien faire", confie Loic Vestiel, confectionneur à Clairoix. Le 25 mars, les salariés de Continental étaient montés à Paris sans obtenir de garanties de l’Etat. Les syndicats incitent les ouvriers à la prudence. Des syndicats qui se sentent "trahis" par la direction. En 2007, ils avaient négocié un accord pour sauver le site, abandonnant les 35 heures, pour pérenniser le site jusqu’en 2012.

 

Au lendemain de la libération de quatre cadres séquestrés pendant 24 heures à Caterpillar, les employés n’excluent pas la radicalisation de leurs actions en fonction de la suite des négociations. "On calme le jeu pour le moment, mais tout dépend de ce qui se passe après, confie Pierre Sommé, découpeur (FO). Je suis modéré et calme mais le jour où il faut y aller, je suis prêt à tout."

 

Le 12 mars, des salariés sous le coup de la colère avaient lancé des œufs sur le directeur de l’usine, Louis Forzy, au lendemain de l’annonce de la fermeture du site.

 

Une délocalisation déguisée, selon les ouvriers

 

"La crise a bon dos, l’usine fait un bon chiffre d’affaires. Il parait que le secteur de l’automobile repart grâce aux petites voitures. Mais comment on va les chausser ces automobiles (mettre des pneus, ndlr) ? C’est grâce aux pays de l’Est !" s’exclame Christelle Lacoste, en distribuant des tracts en prévision d’une manifestation à Compiègne samedi. Cariste depuis 5 ans chez Continental, Christelle dénonce la fermeture de Clairoix alors que le site a dégagé 17 millions d’euros de bénéfices en 2008.

 

Selon les ouvriers français, la fermeture de l’usine était prévue de longue date et les conditions de travail s’y étaient déjà dégradées. "Le jour où Wippf (l’ancien directeur, ndlr) est parti, c’était déjà fini. Il y a eu un laisser-aller, aucune autorité. Tout ça pour nous couler", affirme Pierre Sommé.

 

Mais à la direction, on voit les choses différemment. "Il n’y a pas de délocalisation à cause des coûts de transport. Dans le pneumatique, on est obligé de produire à proximité des marchés. Or le marché de l’Est et de la Russie est en développement, et pas le marché de l’Ouest", affirme le service de communication de Continental.

 

Alors que 30 postes sont à pourvoir en Roumanie sur le site de Continental, la société affirme y connaître un problème de surproduction et a dû arrêter la production pendant 9 jours en 2009 à cause d’une baisse des commandes.

 

Bras de fer avec une direction "délocalisée"

 

Mardi, la direction a choisi de "déménager" le comité d’entreprise à Nice, refusant "pour des raisons de sécurité" d’organiser des réunions dans l’usine.

 

Lors du dernier CE organisé à Reims, des centaines de salariés avaient lynché symboliquement un mannequin représentant le directeur de leur usine et jeté oeufs et chaussures sur deux autres mannequins.

 

Pour les employés, la décision de la direction de tenir le CE à Nice est "inadmissible". "On est parti au bout de dix minutes. On n'a pas voulu rester une minute de plus à Nice, c'est pas notre monde. Notre mobilisation continue", a indiqué à l'AFP un responsable syndical CFTC, Antonio Da Costa.

 

Aujourd’hui, les salariés négocient le versement de leurs salaires du mois prochain. En aparté, un membre de la direction confie que la production a baissé de 10 %. Une chute qui reflète bien le moral des troupes.

Première publication : 03/04/2009

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