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Afrique

La justice abandonne les poursuites contre Jacob Zuma

Dernière modification : 21/04/2009

Le Parquet général sud-africain a mis un terme à huit ans d'enquête en abandonnant les poursuites pour corruption contre le dirigeant du Congrès national africain (ANC), Jacob Zuma. L'ANC est le favori des législatives du 22 avril.

AFP - Le Parquet général sud-africain a annoncé lundi l'abandon des poursuites pour corruption contre le favori à la présidence Jacob Zuma, mettant un terme à huit ans d'enquête à moins de trois semaines des élections générales.

"Il n'est ni possible ni désirable pour le NPA (services du procureur général) de continuer les poursuites contre M. Zuma", a déclaré le procureur général Mokotedi Mpshe lors d'une conférence de presse à Pretoria.

Les chefs d'accusation doivent désormais être formellement retirés par un tribunal, ce qui mettra un point final à des années de rebondissements judiciaires sans lever toutefois tous les soupçons.

Le procureur, qui ne s'est pas prononcé sur le fond du dossier, a expliqué avoir pris la "décision (la) plus difficile de sa carrière" après avoir reçu de nouveaux éléments communiqués par la défense du chef du Congrès national africain (ANC).

Ces documents, des enregistrements de conversations téléphoniques, ont prouvé que l'ancien chef des services d'enquête du NPA, Leonard McCarthy, s'était conduit de manière "inappropriée" au moment de l'inculpation de Jacob Zuma.

M. Mpshe a estimé que M. McCarthy avait "abusé de ses pouvoirs" pour servir des motifs extérieurs à l'intérêt de la justice, au moment où il a décidé de la date de l'inculpation du dirigeant politique.

"Cet abus de pouvoir (...) offense le sens de la justice et, dans ces conditions, il serait injuste de continuer les poursuites contre M. Zuma", a déclaré M. Mpshe.

Le tribun zoulou avait été inculpé pour corruption, racket et fraude fiscale, en décembre 2007, quelques jours après avoir pris la tête de l'ANC au président Thabo Mbeki.

M. Mpshe a refusé de se prononcer sur une intervention de Thabo Mbeki dans le dossier. "Je n'ai pas trouvé de preuves suffisantes à ce sujet", a-t-il seulement dit.

Jacob Zuma était soupçonné d'avoir sollicité - alors qu'il était vice-président du pays (1999-2005) - des pots-de-vin auprès de la filiale sud-africaine du groupe d'armement français Thales pour la protéger d'une enquête judiciaire.

Cet homme politique très populaire, qui a toujours assuré être victime d'un complot, devrait devenir président de la République après les élections générales du 22 avril. Selon un sondage récent, l'ANC dispose en effet de 64,7% des intentions de vote aux élections.

Lundi, la décision du NPA a été acclamée dans plusieurs villes du pays par des centaines de ses partisans.

Dans le centre de Johannesburg, où 500 militants ont dansé et chanté en son honneur, un bus à deux étages arborait la mention: "Après huit ans, le harcèlement du NPA est finalement terminé. Zuma est notre président".

Mais, dans les rangs de l'opposition, l'humeur était tout autre.

Le principal parti d'opposition, l'Alliance démocratique (DA), a qualifié la décision de "révoltante" et a indiqué étudier les recours judiciaires possibles pour éviter que le dossier ne soit complètement enterré.

"La confiance dans notre justice est érodée", a ajouté Mvume Dandala, le candidat à la présidence du Congrès du Peuple (Cope), un nouveau parti formé en décembre par des dissidents de l'ANC.

L'abandon des poursuites évitera à l'Afrique du Sud d'avoir un président susceptible d'être condamné en cours de mandat, rien dans la Constitution n'interdisant les poursuites contre un président en exercice.

Mais les analystes relevaient que les soupçons contre le tribun zoulou resteraient vivaces. "Nous ne saurons jamais si Zuma est vraiment innocent", a ainsi souligné le chercheur Steven Friedman, interrogé par la télévision nationale SABC.

Première publication : 06/04/2009