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Culture

Le Grand Palais sous le signe du tag

©

Vidéo par Karina CHABOUR

Dernière modification : 07/04/2009

De New York à Londres en passant par Tokyo ou Berlin, le "street art" s'affiche partout. Paris n'échappe pas à cette vague, avec une exposition consacrée au tag, actuellement au Grand Palais.

AFP - Le "street art", connu aussi sous le nom de tag, graffiti, urban art, etc, était à sa naissance, il y a 40 ans à New York, un art rebelle. Les taggeurs ont depuis investi galeries et salles de ventes, et s'offrent jusqu'à 26 avril, les cimaises du Grand Palais à Paris.
  
Le graff est un "art éphémère", dit Alain-Dominique Gallizia, "j'ai voulu faire un recueil d'oeuvres et les mettre à l'abri du temps", dit à l'AFP cet architecte, alors que s'ouvre vendredi "le TAG au Grand Palais", une exposition de sa collection réunie depuis trois ans.
  
Quelque 150 oeuvres signées de 150 artistes, pour la plupart des Etats-Unis et de France, sont exposées dans une galerie du Grand Palais dont les murs, en attente de rénovation, collent parfaitement au thème.
  
Les graffeurs s'appellent de leurs drôles de noms, Ghost, Fist, Reso, Lek, Quik, Blade, Nasty, Take 5, Delta 2, Psyckoze, Popay, Jaye, du temps où les pseudonymes étaient rendus nécessaires par le travail clandestin du taggeur sur sa rame de métro.
  
Quelques uns sont des figures quasi mythiques du monde du graff, souvent américains, et aujourd'hui âgés de 50 ou 60 ans: Rammellzee, qui se promène en tenue de camouflage et masqué, Toxic, un ami de Jean-Michel Basquiat mort en 1988, Seen, pionnier du mouvement dont le corps est couvert de tatouages.
  
Ils ont tous commencé à onze, douze ou treize ans, à signer leurs noms sur les murs ou les parapets des métros, pour sortir de l'anonymat, de leur condition de jeune défavorisé, de la tristesse de leurs quartiers.
  
"Dans le graf, c'est toi qui fais ton histoire", dit Toxic, 44 ans, qui a choisi ce pseudonyme parce que "mon style était mortel", dit-il en riant. "J'étais un noir, pauvre, habitant le Bronx. J'ai trouvé mon nom, mon style et j'ai commencé à écrire mon histoire", ajoute-t-il.
  
Shuck, 38 ans, a découvert le graffiti en arrivant à Paris de Pointe-à-Pitre, où il avait été saisi par "le côté subversif" des slogans sur les murs.
  
Depuis, il a réalisé une installation pour le Palais Royal, exposé dans des musées, vendu une oeuvre pour les collections nationales. Les "musées ont besoin d'un coup de frais", dit-il.
  
Il est "acquis que le mouvement graffiti est un mouvement artistique", dit à l'AFP Nailia Nourkhaeva, directrice de la galerie Onega à Paris, spécialisée dans le street art. Depuis longtemps à New York, à Londres ou au Brésil. "En France, le mouvement prend de l'ampleur depuis deux ans", dit-elle.
  
C'est "un art qui évolue", renchérit M. Gallizia qui, pour en garder la mémoire, a demandé aux artistes de réaliser une oeuvre sur l'amour. "Comme dans l'art classique, il y a des courants, des maîtres, des écoles", dit-il, comme Taki, qui a inventé le tag, les maîtres du "wild style", aux lettres entrelacées, ou du "bubble", l'écriture un peu ronde.
  
Dans "l'esprit des gens, on pense encore vandalisme", dit Arnaud Oliveux, expert chez Artcurial qui a déjà organisé deux ventes sur ce thème, mais "il y a une vraie demande de la part des collectionneurs, notamment des jeunes qui ont grandi avec les graffitis sur les murs".
  
Le prix d'une oeuvre ancienne d'un artiste coté peut atteindre les 50.000 euros, une pièce plus récente dans les 15.000 ou 20.000.
  
La plupart des artistes font toujours le va et vient entre la rue et l'atelier. "Ils ont besoin de l'adrénaline du travail dans la rue", dit Mme Nourkhaeva, "mais ils le font cette fois ouvertement", dit-elle.

Première publication : 06/04/2009

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