Heure de pointe au coeur de Sydney… Comme tous les jours, ils sont des milliers à émerger de la gare, prêts à affronter une nouvelle journee de travail. Mais pour Jacinto Manansala, c’est une autre histoire. Victime de la crise, il a perdu son emploi. A la difference des travailleurs locaux, Jacinto Manansala n’a plus que quelques jours pour retrouver un travail. Sinon, il devra retourner dans son pays d’origine : les Philippines.
Jacinto Manansala est un ouvrier expérimenté et specialisé dans le bâtiment. A son arrivee en Australie, en 2007, cette industrie etait en plein essor. Aujourd’hui, le secteur se contracte et les travailleurs immigrés ne sont plus demandés sur les chantiers. Jacinto Manansala est déçu. “Ils nous ont dit que l’Australie est un pays multiculturel et démocratique, mais on sent la discrimination partout”, se plaint-il.
Jacinto Manansala sait ce qu'est la discrimination. Sur le chantier, son maitre d’oeuvre menaçait les ouvriers philippins. “Il nous disait : 'si vous ne faites pas ça, je vous renvoie chez vous... Je connais le pays d’où vous venez.' Pour nous, c’est du harcellement et de la discrimination.”
Les syndicats, quant à eux, se méfient des employeurs peu scrupuleux qui utiliseraient la main-d’oeuvre étrangère pour maintenir les salaires au plus bas. John Sutton est le secrétaire national du Syndicat du batiment. “Pourquoi est-ce qu’ils insisteraient pour garder des travailleurs immigrés ?" s’insurge-t-il. "Ils savent tres bien qu’il y a des travailleurs locaux sans emploi… Il n’y a qu’une seule raison : ils veulent tirer les salaires et les conditions [de travail] vers le bas…”
Le gouvernement a fini par entendre les syndicats. Pour proteger l’emploi local, le ministre de l’Immigration a récemment annoncé une réduction de 14 % du quota annuel de travailleurs immigrés.
Le temps passe et Jacinto Manansala est toujours sans emploi.
Migrante, association indépendante destinée à aider les travailleurs philippins à l’etranger, lui apporte le soutien qu’elle peut.
Jane Brock est volontaire à MIgrante. Elle s’inquiète des effets de la crise sur les travailleurs étrangers. Elle confie : “Ce qui nous inquiete aussi, c’est le racisme... Les immigrés pourraient tres facilement être la cible de ceux qui pensent qu’ils leur ont pris leur emploi.”
Il est encore trop tôt pour dire si la decision du gouvernement australien aura un effet quelconque sur les chiffres du chômage. Mais pour Jacinto Manansala, l’impact est bien réèl. Son rêve d’un avenir meilleur au “Pays de la chance” tire peut-être à sa fin.














