Dernière modification : 10/04/2009 

- Allemagne - Russie - Seconde Guerre mondiale


Des victimes de viol lors de la Deuxième Guerre mondiale parlent
Au moment de l'invasion de l'Allemagne par les forces soviétiques, Ruth Schumacher, âgée alors de 19 ans, est violée par quatre soldats de l’Armée rouge. Aujourd'hui, elle parle pour la première fois.
Par Anne MAILLIET / Brice BOUSSOUAR (texte)

"Les Américains se sont retirés de Halle et les Russes sont arrivés. Mes amies ont pris la fuite, mais moi je ne pouvais pas courir à cause d’une blessure aux jambes. C’est là que les Russes m’ont rattrapée et qu’ils m’ont violée“. En cette fin juillet 1945, Ruth Schumacher est âgée de 19 ans. Elle est violée par quatre soldats de l’Armée rouge à Halle, dans l’est de l’Allemagne.

Deux millions de femmes qui se trouvent sur le front soviétique à la fin de la Seconde Guerre mondiale subissent le même sort. Des femmes qui se sont tues pendant des décennies. Dans l’Allemagne d’après-guerre, à cause des crimes du régime nazi, personne n’ose parler des victimes allemandes.

En Allemagne de l’Ouest, c’était un tabou politique, car on considérait que les Allemands ne pouvaient pas avoir été victimes. Dans la zone d’occupation soviétique, en RDA, il était interdit de parler des exactions et des sévices commis par les soldats russes. Mais depuis quelques années, la parole se libère. Ces femmes qui ont refoulé toute leur vie le souvenir de ces viols racontent.

Phillipp Kuwert, psychiatre de l’université de Greifswald, dans le Nord-Est de l’Allemagne, recueille leur témoignage. Il conduit actuellement la première étude scientifique sur le traumatisme qu’elles ont subi.

Évolution des mentalités

 

"Les choses sont en train d’évoluer. Plus de 60 ans après la Seconde Guerre mondiale, il est enfin possible de parler de ce qui s’est passé de manière différenciée. Un processus de mémoire collective est en train de s’engager.“

Ce projet doit déboucher sur l’élaboration d’une thérapie ciblée, adaptée aux personnes âgées. Car si les faits sont anciens, la traumatisme est bien présent. Comme Ruth Schumacher qui n’a pas pu avoir d’enfants à cause de ce viol et qui a récemment perdu son mari, nombre d’entre elles sont aujourd’hui seules face à leurs souvenirs.

"La peur vous tient et vous n’arrivez pas à vous en débarrasser. Elle est moins forte qu’au début, mais la peur est toujours là."

Donner la parole à ces femmes et reconnaître leur souffrance est déjà une avancée significative. D’autant que le viol comme arme de guerre est toujours d’actualité. Depuis juin 2008, les violences sexuelles dans les conflits internationaux sont considérées par l’Onu comme un crime contre l’humanité.

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