Dernière modification : 24/04/2009 

- Italie - Séisme


Les défis de la reconstruction de L’Aquila
Trois semaines après le séisme dévastateur qui a fait près de 300 morts, le 6 avril, dans la région italienne des Abruzzes, L'Aquila est une ville sinistrée, vidée de ses habitants. Sa reconstruction ne peut donner lieu à aucune erreur.
Par Alexis MASCIARELLI (texte)

Trois semaines après le séisme dévastateur du 6 avril dans la ville italienne de l'Aquila, il ne reste plus que les pompiers dans les décombres. Après s’être concentrés sur la recherche de survivants, ils continuent de tutoyer le danger.

 

Avant de reconstruire il faut, en effet, finir le travail de destruction : des toits et des pans de murs menacent toujours de s’écrouler. Il faut donc les abattre pour éviter de nouvelles victimes. Personne ne peut plus vivre dans cette cité médiévale devenue une ville fantôme...

Pour les pompiers qui travaillent dans le centre-ville, le danger est grand de voir s’effondrer à la prochaine secousse sismique ces bâtiments où beaucoup d’eau de pluie s’est infiltrée ces derniers jours.

Il faudra des mois, voire des années, pour redonner vie à L’Aquila. Les règles anti-sismiques n’existaient évidemment pas quand la partie médiévale de la ville fut bâtie. Mais des dizaines de bâtiments récents se sont aussi écroulés, ce qui laisse penser que les normes de sécurité n’ont pas été respectées non plus jusque dans un passé proche. Des enquêtes judiciaires ont d'ailleurs été ouvertes.

"Il faudra être attentif aux matériaux employés et à la façon dont ils seront utilisés, estime Andrina Pellegrini, experte des Beaux-Arts, qui espère que les mêmes négligences ne seront pas répétées. Chaque étape devra être analysée. Il faudra réaliser des tests. Ce ne sera plus possible de construire dans cette ville avec du béton trop mouillé ou avec du sable marin."

 

Des magistrats anti-mafia mobilisés

 

Le gouvernement italien estime le coût de la reconstruction pour L’Aquila et sa région à huit milliards d’euros au moins. Une mine d’or pour l’industrie du bâtiment... À tel point d'ailleurs que des magistrats anti-mafia ont été mobilisés pour éviter que le crime organisé ne profite de l’aubaine pour recycler son argent sale.

"Le risque existe, cela c’est déjà vu ailleurs, reconnait Stefania Pezzopane, présidente de la province de L’Aquila. Mais ce serait absurde qu’à l’horreur du tremblement de terre, s’ajoute le fléau de l’illégalité et des pouvoirs obscurs."

Le Premier ministre Silvio Berlusconi a dit qu’il fallait reloger les 60 000 déplacés au plus tôt. Sous la pression du temps, les ingénieurs font du porte-à-porte pour vérifier les structures des bâtiments endommagés. Des inspections techniques où il faut aussi rassurer des habitants encore sous le choc...

À Pettino, une banlieue moderne de L’Aquila, presque tous les bâtiments modernes ont été endommagés, sans pour autant s’écrouler.

"J'ai peur, je me suis enfuie avec mes deux enfants de là-haut, raconte Sabrina Ursini, une résidente, aux pompiers qui visitent sa maison. Et pendant que je m’enfuyais, le mur de l’escalier s’est fendu."

En donnant un coup de pied dans le mur de sa cuisine, Domenico Montecosso, ingénieur des pompiers, tente de la calmer. "Vous êtes terrorisée parce que vous avez vécu ici des heures dramatiques, dit-il. Je le comprends. Mais maintenant, c’est fini. Vous pouvez être rassurée."

Une énorme responsabilité pèse sur les épaules de ces techniciens. La reconstruction de L’Aquila ne peut se permettre aucune erreur, ni aucune victime au prochain tremblement de terre.

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