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Culture

À Paris, l'interdiction de l'exposition "Our Body" confirmée en appel

Dernière modification : 30/04/2009

La cour d'appel de Paris a confirmé la fermeture de l'exposition "Our Body", interdite par la justice le 21 avril. L'exposition, qui présente une série de vrais corps humains, était présentée à Paris depuis février.

AFP - La cour d'appel de Paris a sonné jeudi la fermeture de l'exposition anatomique "Our Body, à corps ouvert", estimant qu'on pouvait certes exposer de vrais cadavres humains mais à condition de fournir la preuve de leur origine.

Déjà présentée à l'étranger, ainsi qu'à Lyon et à Marseille, l'exposition ouverte le 12 février à Paris, à l'Espace 12 Madeleine, doit donc baisser le rideau. Pas question que les 17 cadavres de Chinois, entiers ou disséqués, n'investissent le Parc Floral à partir de la fin mai, comme initialement prévu.

"A ma connaissance, c'est la première fois qu'une exposition est interdite" en France, a réagi Me Hervé Temime, qui défendait l'organisateur, Encore Events.

Déçu, il saluait toutefois le contenu de l'arrêt rendu par le Premier président de la cour d'appel, Jean-Claude Magendie, "une décision infiniment plus intéressante que celle du premier juge qui était indéfendable" et constituait, selon lui, "un risque extrême" pour la laïcité.

Le 21 avril, le juge des référés Louis-Marie Raingeard avait ordonné la fermeture de l'exposition et placé les corps litigieux sous séquestre, considérant d'une part que les cadavres avaient leur place au cimetière et d'autre part que leur mise en scène était contraire à la décence.

Les organisateurs avaient alors dénoncé une décision "ecclésiastique", nourrie des "convictions personnelles" du magistrat.

Lors de l'audience d'appel, mardi, le ministère public avait implicitement demandé la confirmation de l'interdiction.

"Dans notre société, il y a des tabous, des domaines dans lesquels on n'a pas le droit de pénétrer, des transgressions qu'il n'est pas possible d'autoriser. (...) Le corps humain a le droit au repos", avait ainsi tranché l'avocate générale Isabelle Terrier-Mareuil.

Jeudi, la cour d'appel s'est montrée beaucoup plus nuancée. Certes, écrit-elle, le Code civil dispose que "le respect du corps humain ne cesse pas avec la mort", mais "cette protection n'exclut pas l'utilisation des cadavres à des fins scientifiques ou pédagogiques".

En résumé, les expositions de cadavres humains restent possibles en France.

Seulement, soulève la cour, "la protection du cadavre et le respect dû à celui-ci commandent de rechercher si les corps ainsi exposés ont une origine licite et s'il existe un consentement donné par les personnes de leur vivant sur l'utilisation de leur cadavre".

Or à ses yeux, les organisateurs n'ont su répondre à cette question, se reposant uniquement sur les déclarations de la fondation chinoise qui leur a fourni les corps et dont le "sérieux" et la "crédibilité" restent sujets à caution.

A l'audience, les associations demanderesses, Ensemble contre la peine de mort et Solidarité Chine, avaient mis en cause la moralité de cette fondation, suggérant que les corps étaient ceux de condamnés à mort chinois.

Mardi, leur conseil, Me Richard Sedillot, avait dénoncé l'objet "purement mercantile" de "Our Body", une expo de "pur voyeurisme", sans "aucun intérêt scientifique".

A l'inverse, Me Temime s'était étonné de la censure française alors que 30 millions de personnes ont visité des expositions anatomiques en Occident "sans qu'à aucun moment, aucune justice du monde n'ait songé à en interdire l'accès à quiconque". "Liberticide", une interdiction mettrait en péril de nombreuses expositions, y compris "des salles entières du Musée de l'Homme".

Les organisateurs ont d'ores et déjà annoncé qu'ils allaient saisir les juges du fond qui pourraient se pencher sur la question d'ici six mois à un an.

Première publication : 30/04/2009

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