Dernière modification : 15/05/2009 

- Afghanistan - Armée américaine - Taliban


Polémique autour de l’utilisation du phosphore blanc
Plus de 140 personnes auraient péri dans les raids américains menés, début mai, sur la province d'Hérat. Les lésions que présentent certains enfants rescapés laissent penser que l'armée US aurait eu recours à des armes chimiques.
Par FRANCE 24 (texte)

Dans la province d’Hérat, voisine de Farah, les bombardements américains du début de mai ont fait plus de 140 morts, d’après les autorités afghanes.

 

Au service des grands brûlés de l’hôpital de la province d’Hérat, dans l’Ouest afghan, Nazdidi est l’un des quelques civils rescapés. "Quand la nuit est tombée, nous avons fui notre maison parce que nous avions peur qu’elle soit bombardée et nous sommes tous partis dans une autre maison. Et ils ont bombardé celle-là", se souvient-il.

Une semaine après les combats, ces enfants font la une de la presse internationale. La Commission afghane des droits de l’Homme soupçonne qu’ils ont été blessés par du phosphore blanc, un composant chimique qui s’enflamme au contact de l’air. Le docteur Jalali, chef du service hospitalier de la province d’Hérat, affirme que les brûlures des enfants sont inhabituelles. Rien ne permet toutefois de prouver qu’elles ont été causées par ce produit. "S’ils étaient arrivés tout de suite après, on aurait pu trouver des traces de phosphore blanc, affirme le médecin. Mais ils sont arrivés à l’hôpital trois ou quatre jours après les événements. Certains médias qui ont appelé ont posé des questions sur le phosphore blanc. Mais ils ont grossi l’histoire, et ont donné l’information à d’autres journaux, d’autres médias."

 

Des symptômes inconnus

 

 

La polémique monte. Pourtant, personne n’est sûr de rien. D’autant que les médecins du centre n’ont jamais vu de brûlures au phosphore blanc et que les enfants ne présentent aucun des symptômes décrits dans les ouvrages médicaux. Pour le docteur Jamal Afshar, en charge des patients brûlés, "les brûlures chimiques causent des problèmes aux organes, comme aux reins ou à la poitrine, des difficultés à respirer ou des déséquilibres électrolytiques, ce genre de problèmes. Mais jusqu’à maintenant, aucun des patients n’a connu ces symptômes."

 

Les enquêtes lancées n’ont pas encore apporté de résultats sur la possible utilisation du phosphore blanc. Les Taliban démentent en avoir utilisé pendant la bataille de Farah, tout comme l’armée américaine, qui parle de propagande. Pour le lieutenant-commandant Christine Sidenstricker, chef des opérations presse des forces américaines en Afghanistan, il s’agit d’une manipulation : "Les Taliban sont largement responsables des morts à Farah. Ils ont délibérément mis les civils en danger, en sachant qu’en retournant le feu quand ils tiraient sur nous, des civils allaient être tués. C’était leur intention et nous pensons que les plaintes au sujet du phosphore blanc ont été médiatisées pour distraire l’attention."

 

Une accusation rejetée par les Taliban mais aussi par les ONG et les autorités afghanes. Phosphore blanc ou pas, les bombardements de Farah sont, à ce jour, la plus grave bavure de l’armée américaine en Afghanistan.

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