- Chômage - Espagne
La famille Sanchez-Ramirez vit à Pinto, une banlieue tranquille de Madrid. Paco, Vanessa, et Fabiola, la grand-mère, sont au chômage. Ils n’ont plus aucune ressource depuis trois mois. En regardant le journal télévisé, Paco soupire, croise et décroise les mains. Tous les matins, il attend un hypothétique coup de fil, celui d’un employeur potentiel, après avoir contacté des dizaines d’entreprises et fait jouer son réseau. Mais pour l’instant, toujours rien...
Il y a un an et demi, Paco Sanchez, 50 ans, travaillait à son compte, dans le bâtiment. Il avait une vingtaine d’employés et était propriétaire de son appartement. Puis la crise de l'immobilier est passée par là. Au début de l'année 2008, les clients ont disparu, souvent sans pouvoir honorer leurs dettes. En novembre dernier, il a fini par mettre la clé sous la porte.
"J’ai dû licencier tout le monde et fermer l’entreprise, raconte-t-il. Nous avons dû vendre l’appartement dont nous étions propriétaires pour éponger nos dettes. Et désormais, nous sommes locataires. Nous allons certainement être expulsés, parce que nous n'avons pas pu payer le loyer depuis deux mois."
"Au fond du trou"
Travailleur indépendant, Paco n’a pas droit aux allocations chômage. Vanessa Silva-Ramirez - son épouse - non plus. Ses différents employeurs n’ont jamais cotisé pour sa sécurité sociale - une pratique courante en Espagne. Elle a pourtant travaillé pendant quinze ans dans l’hôtellerie et les services à domicile.
Tous les jours, elle fait du porte-à-porte pour déposer son CV et relancer les patrons. Dans un café du centre de Pinto, une affichette indique qu’on recherche du personnel. Vanessa entre avec assurance, un grand sourire aux lèvres. Elle rappelle qu’elle a laissé son CV, qu’elle a appelé plusieurs fois. Mais la patronne lui répond toujours la même chose : "Je n’ai pas eu le temps de regarder..."
Vanessa est revenue à la charge à plusieurs reprises dans ce bar. Elle ne croit plus en ses chances d'être embauchée et craque en sortant du café. "Ce genre de comportement me décourage complètement. Je viens et reviens les voir, parce qu’ils laissent la petite annonce à l’entrée...", explique-t-elle, avant de confier, dans un sanglot, être "au fond du trou".
À 65 ans, elle voudrait retrouver un emploi
Plus tard, Vanessa et sa mère Fabiola vont chercher à l'école les jumeaux du couple, Francisco et Gabriel (neuf ans). Fabiola, qui vit chez eux, s’occupait des enfants quand les deux parents travaillaient. Mais aujourd’hui, elle voudrait retrouver un emploi d’aide à domicile pour les personnes âgées, par exemple. Malheureusement, même dans ce secteur, elle ne trouve rien. À 65 ans, elle se sent impuissante.
De retour de l’école, Vanessa évoque pudiquement le cercle vicieux de la précarité. Elle a peur pour la scolarité de ses enfants, dont les notes baissent : "Ils comprennent ce qui se passe. Je ne peux pas me permettre de les faire sortir. Les excursions organisées par l’école, c’est fini. Les anniversaires des petits copains également, car je ne peux pas leur acheter de cadeau."
En Espagne, il y a aujourd’hui plus d’un million de familles comme celle-ci, dont tous les membres sont au chômage. Une réalité alarmante dans un pays où, traditionnellement, la solidarité familiale permet de faire face aux crises.

























