Le climat politique en Belgique s'envenime nettement, à coups de règlements de compte, à l'approche des élections européennes et surtout régionales du 7 juin, cruciales pour l'avenir du pays, déstabilisant le gouvernement avec une menace de démission ministérielle lundi.
La campagne électorale s'est enflammée depuis l'annonce il y a huit jours d'une nouvelle affaire touchant le Parti socialiste (PS) en Wallonie, la région francophone du sud du pays.
Eclaboussés depuis depuis 2005 par des fraudes touchant de grandes villes wallonnes comme Charleroi, les socialistes sont de nouveau fragilisés par la démission du ministre wallon de la Santé et de l'Action sociale, Didier Donfut.
Le ministre socialiste a dû jeter l'éponge après des révélations montrant qu'il cumulait cette fonction avec un salaire de consultant de 13.000 euros mensuels.
Sa chute intervient alors qu'une autre personnalité socialiste, Anne-Marie Lizin, a défrayé la chronique en raison notamment de dépenses douteuses effectuées avec une carte de crédit d'un hôpital public contrôlé par son parti. Et qu'une délégation de parlementaires menée par un socialiste, José Happart, a dû rembourser les frais d'une coûteuse "mission de travail" en Californie à la suite d'un tollé sur l'intérêt du voyage.
Ces affaires ont relancé le conflit toujours latent entre le PS et le Mouvement Réformateur (MR), le parti libéral rival du ministre des Finances Didier Reynders.
Le vice-président du parti, Philippe Moureaux, a estimé que le PS n'était "pas le seul concerné" par les conflits d'intérêt. "Les partis de droite le sont aussi: mais chez eux, ce genre de pratiques est naturel, puisqu'elles font partie de leur idéologie", a-t-il taclé.
Allié des socialistes au sein du gouvernement fédéral mais à couteaux tirés avec eux en Wallonie, où il rêve de les supplanter, Didier Reynders a répliqué en décrétant l'appareil socialiste "infréquentable".
Le gouvernement du Premier ministre Herman Van Rompuy, entré en fonction au début de l'année après une longue crise entre Flamands et francophones, commence à pâtir de cette escalade verbale.
Lundi, la vice-Premier ministre socialiste, Laurette Onkelinx, a réclamé "d'urgence" une "clarification" de son collègue des Finances. "Si notre combat, nos idées, nos valeurs dérangent, si, avec nous, elles deviennent infréquentables pour un partenaire de la majorité, alors je ne resterai pas une seconde de plus au gouvernement fédéral", a-t-elle averti.
Une manière de menacer le pays d'une nouvelle crise de gouvernement dont l'issue serait imprévisible, la plupart des désaccords entre communautés sur l'automie renforcée réclamée par les Flamands risquant de ressurgir.
"Dans une telle atmosphère, tout devient possible, y compris le grand coup de balai dont rêve le Vlaams Belang", le parti d'extrême droite flamand qui prône une Flandre indépendante, estime le grand journal flamand Het Laatste Nieuws.
D'autant que la Flandre, elle non plus, n'échappe pas aux "affaires". Le président du parti libéral (Open VLD) Bart Somers vient d'être épinglé pour avoir tenté de débaucher un adversaire politique en lui promettant une place de député ou un emploi grassement rémunéré.
Le leader populiste flamand Jean-Marie De Decker a de son côté vu son image écornée par la révélation qu'il avait fait espionner le ministre des Affaires étrangères, Karel De Gucht.
Dans les sondages, ce sont les partis écologistes, qui ont su rester à l'écart de tous ces "coups fourrés", qui tirent les marrons du feu, avec des intentions de vote de près de 10% en Flandre et près de 20% côté francophone.













