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Amériques

Pourquoi la fermeture de Guantanamo est si compliquée

Texte par Clea CAULCUTT

Dernière modification : 25/05/2009

Pendant la campagne pour la présidentielle, Barack Obama avait promis de fermer le camp devenu symbole des excès de la "guerre contre le terrorisme". Il se heurte aujourd'hui à de nombreux problèmes pour tenir sa promesse. Décryptage.

Trouver les moyens matériels de démanteler le camp de Guantanamo et faire comparaître devant la justice - ou libérer - les détenus qui y sont encore emprisonnés : la fermeture du pénitencier ouvert par George W. Bush pour accueillir les islamistes arrêtés dans le cadre de la "guerre [américaine] contre le terrorisme" menée au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 donne du fil à retordre à son successeur, Barack Obama. Sur la base cubaine, 240 détenus attendent encore leur jugement ou leur libération...


Comment les détenus de Guantanamo peuvent-ils être jugés ?

 

En janvier, juste après son investiture, le nouveau président américain, Barack Obama, avait ordonné la suspension des tribunaux militaires d’exception de Guantanamo mis en place par son prédécesseur, qui en faisaient des prisonniers non soumis aux règles du système judiciaire fédéral américain.

 

Mais quelques semaines plus tard, Obama a changé d'avis et décidé de les maintenir. Pour son administration, il était en effet hors de question de laisser des juridictions civiles juger certains détenus de Guantanamo : les preuves qui les accablent sont parfois beaucoup trop sensibles pour être présentées publiquement.

 

En dépit de cette volte-face, Obama n’en a pas moins modifié le fonctionnement des tribunaux militaires pour davantage préserver les droits des prévenus. Par exemple, tout aveu obtenu au moyen de traitements "cruels, inhumains et dégradants" ne peut désormais plus être présenté comme preuve d'une quelconque culpabilité.

 


Où seront incarcérés les détenus de Guantanamo condamnés pour terrorisme ?

 

Près de huit ans après l’ouverture de la prison, 20 prisonniers seulement sur les 800 détenus - ou ex-détenus - qui y ont séjourné ont été reconnus coupables de crimes. Pour pouvoir fermer le camp, Obama souhaite transférer certains d’entre eux dans des prisons situées sur le sol américain.

 

Les démocrates sont convaincus qu'ils peuvent être envoyés dans des prisons américaines de haute sécurité sans que cela ne pose de problème particulier. Plusieurs terroristes, tel Zacarias Moussaoui, le Français soupçonné d'appartenir à Al-Qaïda, ou Richard Reid, le Britannique qui avait tenté de faire exploser un avion en piégeant ses chaussures, vivent déjà, par exemple, dans l’une des prisons les plus sécurisées du pays, celle de la ville de Florence, dans le Colorado.

 

Mais Robert Mueller, le directeur du FBI, estime que les terroristes enfermés à Guantanamo pourraient être capables de diriger des opérations depuis leurs cellules et pousser d’autres prisonniers à s’attaquer aux autorités. Les détenus "à haut risque" emprisonnés dans des établissements de haute sécurité ne sortent pourtant de l’isolement qu'une heure par jour...

 

Où les prisonniers disculpés peuvent-ils aller ?

 

La Maison Blanche admet que les autorités américaines s’arrachent les cheveux pour trouver où loger 50 détenus blanchis par la justice.

 

Les 17 Ouïghours, des Chinois musulmans incarcérés depuis des années à Guantanamo, en sont l’exemple le plus criant. Washington estime qu’ils pourraient être persécutés s'ils sont renvoyés en Chine.

 

Pour le ministre américain de la Justice, Eric Holder, la solution est simple : il suffit de les libérer aux États-Unis. "Pas question", rétorquent les républicains qui craignent qu'ils soient dangereux.

 

En 2006, l’Albanie avait accepté d’accueillir cinq d'entre eux. Aujourd’hui, seulement une poignée de pays, dont la France - qui a récemment accueilli l'Algérien Lakhdar Boumediene -, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont donné leur accord pour offrir l'asile à d’anciens détenus de Guantanamo.

 


Existe-t-il une solution pour les détenus qui ne peuvent être ni jugés ni libérés ?

 

En mai, le secrétaire à la Défense, Robert Gates, a avoué qu’il ne savait pas quoi faire de quelques dizaines de détenus (ils seraient une centaine, maximum) qui ne peuvent être ni jugés, ni libérés. Considérés comme trop dangereux pour être remis en liberté, ils ne peuvent pas non plus comparaître devant un tribunal, faute de preuves suffisantes à leur encontre.

 

Une seule alternative s'offre alors à Obama : ne rien changer au statut défini pour eux par la législation mise en place par George W. Bush au risque d'essuyer la colère des associations de défense des droits de l’Homme, ou inventer un nouveau cadre juridique pour les prisonniers simplement "suspectés" de terrorisme.

Première publication : 24/05/2009

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