28 mai 2009 - 08H40

Birmanie: la junte affirme que le procès d'Aung San Suu Kyi n'a aucun caractère politique

Le régime militaire birman a affirmé jeudi que le procès de Mme Aung San Suu Kyi n'aurait "aucun impact politique" et qu'il se tenait "conformément à la loi", alors que les avocats de l'opposante dénoncent un processus "partial" et s'attendent bientôt à un verdict.

Le quotidien officiel de la junte, New Light of Myanmar, a reproduit une déclaration du ministère birman des Affaires étrangères répondant à un appel du Conseil de sécurité de l'ONU lancé le 22 mai en vue de la libération de tous les détenus politiques en Birmanie et d'un dialogue véritable avec Mme Suu Kyi.

La lauréate du prix Nobel de la paix risque de trois à cinq ans de prison si elle est condamnée pour avoir, selon les autorités, violé les termes de son assignation à résidence en accueillant l'Américain John Yettaw, mormon et ex-militaire qui s'est invité chez elle début mai après avoir traversé un lac à la nage.

"Une action judiciaire a été entreprise de manière inévitable, conformément à la loi", a déclaré le ministère birman des Affaires étrangères pour justifier le procès de Mme Suu Kyi qui s'est ouvert le 18 mai dans une prison au nord de Rangoun.

"Une telle action n'aura aucun impact politique", a assuré le ministère, en affirmant que le procès se déroulait sous "l'autorité de la loi".

La déclaration officielle birmane a réaffirmé la "détermination" de la junte à mettre en oeuvre sa propre "feuille de route" politique et à organiser des élections nationales en 2010, "conformément aux aspirations du peuple".

Ce processus électoral est déjà qualifié de "supercherie" par l'opposition birmane et par les pays occidentaux qui redoutent que Mme Suu Kyi en soit exclue avec une condamnation à une peine de prison.

Le président américain Barack Obama a dénoncé le "procès-spectacle" de Rangoun et a exigé la libération "immédiate et sans conditions" d'Aung San Suu Kyi.

Dans une déposition mardi à son procès, Mme Suu Kyi, qui plaide non coupable, a expliqué qu'elle ne pouvait être tenue pour responsable de l'intrusion chez elle de John Yettaw qui affirme avoir agi à la suite d'une inspiration divine et d'une "vision selon laquelle elle serait assassinée".

"La cause principale de cette affaire est la défaillance de la sécurité (autour de ma demeure). Aucune action n'a été entreprise pour la sécurité, mais c'est moi qui ai été inculpée, ce qui est partial", a déclaré Mme Suu Kyi.

Depuis le début du procès, quatorze témoins de l'accusation, principalement des policiers, ont été interrogés par les juges qui ont rejeté trois des quatre témoins présentés par la défense, a indiqué Nyan Win, avocat et porte-parole de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de Mme Suu Kyi.

"Vous pouvez voir, par conséquent, si (ce procès) est équilibré ou non", a dit Nyan Win mercredi soir. Il a estimé qu'un verdict pourrait être prononcé vendredi.

Aung San Suu Kyi, qui aura 64 ans le 19 juin, a été privée de liberté pendant plus de 13 des 19 dernières années. Sa formation avait remporté une victoire écrasante à des élections législatives le 27 mai 1990, mais les militaires avaient refusé d'honorer les résultats et l'opposante a été assignée à résidence.

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