Dernière modification : 31/05/2009 

- Thaïlande - Thaksin Shinawatra


Dans le bastion des "Thaksinophiles" endurcis
Reportage à Chiang Raï, dans le nord de la Thaïlande, où les partisans de l'ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra se reconnaissent aux chemises rouges qu'ils arborent fièrement pour se démarquer du jaune, couleur de la royauté.
Par Cyril PAYEN (texte)

Dans la campagne thaïlandaise,à Chiang Raï, les anti-gouvernementaux sont reconnaissables à leurs chemises rouges, comme ailleurs dans le pays. Dans un célèbre restaurant du centre ville, on propose les meilleures nouilles de la ville. Mais c’est aussi et surtout le repaire de madame Mate, une inconditionnelle de l’ancien Premier ministre exilé Thaksin Shinawatra, comme une vaste majorité des habitants de la ville.

Mate Sae-Aung nous emmène pour une visite guidée des lieux. "Regardez cette photo, dit-t-elle, c'est quand il est venu ici en personne. C’était juste après le tsunami, il a fait la cuisine et le service. C’était pour récolter de fonds pour les victimes." Ici, Thaksin est sur tous les murs et dans tous les esprits. "Je veux qu’il revienne, dit-t-elle, retenant difficilement ses larmes. Nous voulons tous ici qu’il revienne en Thaïlande. Vous vous rappelez la dernière fois qu’il est venu ? Les milliers de sympathisants en rouge qui étaient là à l’aéroport pour l’accueillir en héros..." Elle insiste : "Nous avons besoin de lui. Vous avez vu ce qu’il a fait pour le pays ? Il a donné tout ce qu’il avait, toute sa fortune…Moi, je n’en serais pas là aujourd’hui, je ne serais là devant vous s’il ne m’avait pas aidée."

Chez Madame Mate se retrouvent tous les mécontents du gouvernement actuel. Nostalgiques du populisme de l’ancien Premier ministre ou activistes inquiets des dérives de la démocratie thaïlandaise. Mais il y a aussi d’anciens guérilleros communistes comme Aod, surnommé l’oncle. Il veut nous emmener découvrir son nouveau projet.

 

Diatribes contre le nouveau Premier ministre

"On se bat pour se faire entendre, explique-t-il, Il y a des millions de gens silencieux qui sont derrière nous. Pour moi, la clandestinité, c’est du passé. Aujourd’hui, on se bat avec les moyens modernes, on s’ouvre au monde."

S’ouvrir au monde, sortir de la clandestinité. Le voilà, le nouveau projet de l’ancien maquisard qui a passé plusieurs années dans la jungle : une radio, mais pas une radio comme les autres. Un média communautaire anti-gouvernemental où des activistes se relaient au micro toute la journée. Sur les ondes ne passent que des diatribes contre le nouveau Premier ministre et des appels à la lutte pour le retour d’exil de Thaksin Shinawatra. L’invité du jour, Kritsanee, dite "sœur noire", s’est elle-même exilée dans un pays voisin le mois dernier pour échapper à une arrestation.

Kritsanee n’y va pas par quatre chemins : "Oui, nous savons bien qu’il y a des gens très puissants dans le pays, qui sont bien au-dessus des lois et de la démocratie. Mais, moi, je me battrai jusqu’au bout pour ma liberté. Je lutterai jusqu’à ce qu’on m’allonge dans un cercueil s’il le faut."

 

Divisions

Et pour le nouveau chef du gouvernement, ces régions hostiles sont encore inaccessibles. "Je ne veux pas me risquer à aller dans les endroits où certains individus manipulent les gens pour donner l’impression qu’il y a de la violence dans ce pays," explique Abhisit Vejjajiva à FRANCE 24 dans le Palais du gouvernement, en état de siège de longs mois durant.

"Je ne pense pas que ce soit très démocratique de la part de certains d’essayer d’intimider ou de faire pression sur nous pour éviter que nous nous allions parler politique dans certaines régions," conclue-t-il.

La Thaïlande n’a jamais été aussi divisée qu’aujourd’hui. Au-delà de la profonde discorde entre les campagnes et la ville, le pays est peut-être en train de changer. Pour le meilleur ou pour le pire.

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