Dernière modification : 04/06/2009 

- Beyrouth - Élections législatives libanaises - Liban


Rude bataille pour les voix chrétiennes
Dimanche 7 juin, les Libanais se rendront aux urnes pour élire les députés de la prochaine assemblée législative. Dans le pays, la campagne électorale bat son plein. En première ligne, les circonscriptions chrétiennes.
Par Isabelle DELLERBA (texte)

Un dimanche matin à Kfarabida. Dans ce petit village de la montagne chrétienne, pas question de rater la messe. Mais après l’office, les habitants se séparent. Les partisans du Courant patriotique libre (CPL) vont assister au meeting de Gebrane Bassil, le gendre du général Michel Aoun. Dans la salle paroissiale, le candidat martèle son credo : protéger la communauté chrétienne.

 

"Depuis 1990, avec l’accord de Taëf, et durant toutes ces dernières années, les chrétiens ont été marginalisés dans leur représentation, et leurs droits sont négligés. Le pays doit trouver un meilleur équilibre : c’est ce pour quoi nous nous battons", déclare-t-il.

Défendre au mieux les intérêts des chrétiens, tel est le slogan de tous les partis maronites. Mais comment ? Opposition et majorité se déchirent sur la stratégie à suivre. Elsy Feghaly, partisane du CPL, regrette que sa communauté religieuse soit plus divisée que jamais. "Ce n’est pas beau ce qui se passe, ils sèment la zizanie dans les maisons. Au lieu de s’unir, les chrétiens sont en train de se diviser jusqu’au sein des familles."

À Batroun, la principale ville de la circonscription, chacun affiche ses préférences. Dans la famille Béchara, le fils vote Forces libanaises (FL), parti allié aux sunnites de Saad Hariri. La mère, elle, soutient Aoun, le général chrétien partenaire du Hezbollah chiite. Entre les deux, le débat est vif. "Oui, nous sommes avec les chiites, mais nous ne les aimons pas", lance la sexagénaire à son fils. "Pourquoi tu es avec Aoun alors ? Tu n’aimes ni les armes du Hezbollah ni les chiites !", lui rétorque-t-il. Réponse : "Tous les députés doivent former des alliances. Vous êtes alliés aux sunnites ! S’il ne s’allie pas aux chiites, il ne peut rien faire !" Des alliances locales aux alliances régionales, la discussion se poursuit sans qu’aucun ne parvienne à convaincre l’autre. Les positions sont figées...

Aux racines de la division : la guerre interchrétienne de 1989. Le général Aoun avait alors donné l’ordre à l’armée de bombarder les positions des FL, principale milice chrétienne de l’époque. Mais aujourd’hui, c’est l’arsenal d’une autre milice qui est au cœur des débats. Celui du Hezbollah, seul parti libanais qui n’a pas rendu les armes après la guerre civile. Pour Antoine Zahra, candidat des FL à Batroun, la division est essentiellement politique. "Nous, nous voulons travailler pour le projet de construction de l’État, le pari historique des chrétiens pendant des siècles. Nous ne pouvons garder le silence face au projet de détruire l’État, puisque le Hezbollah conserve encore ses armes."

Symbole de l’unité chrétienne : le patriarche maronite Nasrallah Sfeir. Et pourtant, dans le contexte libanais, lui aussi prend position à demi-mots. Il s’inquiète des liens forgés entre le général Aoun et le Hezbollah, allié de l’Iran et de la Syrie. "Un parti qui a des liens très étroits avec des États étrangers. On craint que s’il gagne, il ne puisse pas gouverner seul", explique le patriarche dans sa résidence de Bkerké. "On craint qu’il soit influencé par les États qui le soutiennent et l’ont aidé à accéder au pouvoir." Lors des dernières élections législatives, en 2005, le général Aoun avait remporté 70 % des suffrages dans les régions chrétiennes. Si la communauté lui renouvelle son soutien, l’opposition remportera le prochain scrutin.
 

 

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