- Chine - Commémoration - Communisme
Reportage 1: "Han Dongfang, la mémoire de Tianamen", un reportage de Michael Sztanke, Gael Caron et Chan Oi Lin.
Un homme qui brave seul une colonne de char de l’armée chinoise. L’image a fait le tour du monde. C’était en 1989.
Dans la nuit du 3 au 4 juin, les manifestants de la place Tiananmen etaient réprimés dans le sang sur ordre du gouvernement chinois. Les chiffres de ce massacre n’ont jamais été rendu publics. On parle de plusieurs centaines voir plusieurs milliers de morts.
A cette époque, Han Dongfang était électricien et porte-parole des ouvriers. Il faisait parti de ces milliers de personnes descendues dans les rues de Pekin pour défier le pouvoir communiste.
Contraint à l'exil
Vingt ans plus tard, il dirige à Hong Kong un syndicat indépendant, le Bulletin des travailleurs de Chine. Le souvenir du 4 juin 1989 est encore bien présent dans sa mémoire : “Comment oublier ? Suite à la répression, j’ai passé 2 ans en prison à Pekin pour avoir participer activement aux manifestations sur la place Tiananmen. Puis, en 1992, j’ai été aux Etats-Unis pour me faire soigner, j’y suis resté moins d’un an et je suis retourné en Chine, à Canton. A peine arrivé, après seulement une journée, j'ai été à nouveau arrêté puis envoyé à Hong Kong.”
Han Dongfeng a payé de sa personne pour avoir participer aux manifestations de Tiananmen. Aujourd’hui, il ne regrette rien bien sûr et son combat est loin d’etre terminé : “Ce qu’il y a de plus important pour moi aujourd’hui, c’est de trouver un moyen de promouvoir la cause des ouvriers chinois. Mon objectif est qu’il y ait un jour des syndicats indépendants dans les usines qui permettent aux ouvriers de négocier leurs droits.”
Le massacre de la place Tiananmen a changé la vie de Han Dongfeng. Interdit de territoire en Chine continentale et contraint à l’exil dans l’ancienne colonie britannique, il reste neanmoins l’un des dissidents chinois les plus actifs de sa génération.
Reportage 2 : "Les jeunes Chinois face au tabou de Tiananmen", un reportage de Joris Zylberman et Clément Descriaud.
Parler ouvertement de Tiananmen à un journaliste, c’est encore impensable pour l’immense majorité des jeunes Chinois. Surtout à quelques semaines des examens, les étudiants ne veulent rien risquer. Mais paradoxalement, ce n’est pas pour se cacher d’un militantisme pro-démocratie. Deux décades après le massacre du 4 juin, la majorité des jeunes est peu sensible à la question.
Un étudiant en sciences d’une grande université de Pékin a accepté de regarder avec nous, pour la première fois de sa vie, les images des manifestations de 1989. Pour lui, c’est la surprise : "Où est-ce que ça se passe ?, demande-t-il. Et c’est les étudiants qu’on voit là ?" Mais contre toute attente, le jeune homme ne réagit pas aux images qui ont marqué l’Occident comme cet inconnu bloquant le passage de la colonne de char. Le fossé reste énorme entre la génération Tiananmen et les étudiants de 2009 : "Comment est-ce que les étudiants pouvaient demander plus de liberté ? s’étonne-t-il. Ils avaient la chance d’être à l’université, d’étudier ce qu’ils voulaient et d’espérer trouver du travail après… C’est fou quand même !" De même, la vue du massacre du 4 juin ne changent rien à ses idées marquées par la propagande. "Evidemment, après avoir regardé ce film, je trouve ça tragique… Mais c’est quand même du passé. Aujourd’hui le pays va mieux, c’était peut-être un passage obligé…"
La réussite professionnelle plus importante que la politique
Hors de Pékin, le sentiment est souvent le même. A Shanghaï par exemple, où les étudiants ont aussi manifesté en 1989, la contestation démocratique n’est plus d’actualité. "Je ne suis pas très concernée par le mouvement de Tiananmen, assure Ma hongmei, 27 ans, employée de banque. Certains disent qu’il n’y a pas de démocratie en Chine, ni de droits de l’Homme. Mais moi, je n’ai pas l’impression, je n’ai pas de problèmes. Si on m’empêche de parler publiquement, je le fais sur les forums Internet."
Avec la hausse du niveau de vie et une plus grande liberté privée, les Chinois nés à la fin des années 1980 n’ont pas connu les contraintes de la Révolution culturelle. Pour eux, la politique passe désormais après la réussite professionnelle. "Les jeunes de la génération actuelle ont un comportement politique beaucoup plus rationnel, plus pragmatique, analyse Shi Guoliang, professeur au très officiel Institut chinois de recherche sur la jeunesse et la politique à Pékin. Ils sont d’abord préoccupés par les contraintes de la vie réelle, en particulier le chômage. L’angoisse de la crise est plus importante?"
"Une génération stupide et sous contrôle"
Angoissés par le chômage plus que par le manque de démocratie, les jeunes Chinois sont jugés très sévèrement par leurs aînés, surtout par les internautes libres penseurs comme Zhang Shihe, 56 ans, blogueur et militant pékinois. "Ils n’ont aucune connaissance historique réelle sur les trente dernières années, affirme-t-il sans détour. Ensuite, ils ne cherchent pas forcément à s’informer et à comprendre. Ou alors ils s’intéressent mais on les empêche de savoir. C’est donc une génération à la fois stupide et sous contrôle du pouvoir."
Stupides, sous contrôle ou apolitiques… Certains jeunes refusent pourtant de se laisser cataloguer. "On devrait tous s’intéresser aux revendications, aux idées et aux droits défendus par la génération Tiananmen, explique Shulian, une étudiante de l’université des langues étrangères à Shanghaï. Il faut que les choses importantes pour eux deviennent des choses importantes pour nous. Pour moi, c’est l’essentiel. "
Vingt ans après Tiananmen, la jeunesse chinoise a perdu son envie de révolte. Mais le Parti communiste sait qu’en cas de chômage de masse, la génération stupide pourrait bien se retourner contre lui.






















