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Amériques

Les ex-détenus ouïghours, un casse-tête chinois pour Washington

Texte par FRANCE 24 avec dépêches

Dernière modification : 16/06/2009

Quatre Chinois ouïghours détenus à tort à Guantanamo ont été accueillis aux Bermudes. Contrairement à ce qu’avait annoncé l’administration Obama, la perspective d’accueillir des ex-détenus sur le sol américain semble s’éloigner.

A moins de sept mois de la fermeture du camp de prisonniers de Guantanamo, quatre ex-détenus sont arrivés jeudi aux Bermudes, un archipel d’environ 50 km2 situé à 1 700 km des côtes américaines. Avec ces transferts, et le départ le même jour de deux autres ex-détenus renvoyés au Tchad et en Irak, le nombre de prisonniers encore présents dans le camp se réduit comme une peau de chagrin.

 

Abdul Nasser, Huzaifat Parhat, Abdul Semet et Jalal Jalaladin – tous les quatre détenus à tort – sont des Chinois ouïghours, une minorité musulmane du nord-ouest du pays. Arrêtés fin 2001 en Afghanistan où ils s’étaient réfugiés pour fuir les persécutions chinoises, ils étaient emprisonnés à Guantanamo depuis 2002. Dès 2004, ils avaient été innocentés de tout lien avec le terrorisme. Leur cas posait toutefois problème, car ils ne souhaitaient pas être renvoyés dans leur pays d’origine, de peur d’être persécutés.

 

"Ayant grandi sous le communisme, nous avions toujours rêvé de vivre en paix et de travailler dans une société de liberté comme celle-ci", a déclaré jeudi Abdul Nasser à son arrivée aux Bermudes. Selon leurs avocats, ils devraient participer à un programme pour "travailleurs étrangers" en situation régulière.

 

"Il reste à Guantanamo entre 20 et 30 détenus qui sont libérables et que les Etats-Unis ne veulent pas les renvoyer dans leur pays d’origine de crainte qu’ils ne soient maltraités", explique à FRANCE 24 Nathalie Berger, responsable de la coordination aux Etats-Unis pour Amnesty International France. Treize des Ouïgours chinois figurent encore parmi eux. Les Etats-Unis ne savent que faire de ces hommes qui ne veulent pas rentrer chez eux et représentent un obstacle de taille à la fermeture de Guantanamo, voulue par l’administration Obama.

 

Bras de fer avec le Congrès

 

A plusieurs reprises, l’administration Obama a annoncé qu’elle envisageait d’accueillir ces derniers sur le sol américain. Mais, selon Nathalie Berger, la perspective de voir les Etats-Unis accueillir ces détenus s’éloigne.

 

"Barack Obama est, je pense, convaincu qu’il faut le faire, mais il est engagé dans un bras de fer avec le Congrès. De nombreux élus, convaincus que l’opinion publique a peur du terrorisme, craignent de perdre leur siège", explique la responsable d’Amnesty International France. Des élus républicains, rejoints dans leur contestation par plusieurs Démocrates, ont carrément affirmé qu'ils ne voulaient pas "de terroristes dans la rue", occultant le fait que ces hommes avaient été innocentés.

 

Le président Barack Obama, qui avait fait de la fermeture de Guantanamo (avant le début de l'année 2010) une promesse de campagne et le symbole de son opposition à l’administration Bush, a multiplié ces derniers jours ses demandes d’accueil à des pays tiers - comme l’Australie et le Canada. Jeudi, l’Allemagne, qui n'avait déjà pas répondu favorablement à la demande d'accueillir neuf des treize Ouïghours, a rejeté une nouvelle demande américaine pour accueillir deux autres détenus de Guantanamo, vraisemblablement d’origine tunisienne et syrienne.

 

"Plusieurs pays ont offert de donner refuge à des détenus libérés de Guantanamo, mais à la seule condition que les Etats-Unis en accueillent certains", a expliqué à l’AFP Geneve Mantri, d’Amnesty International.

 

La Chine veut juger ses ressortissants ouïghours pour terrorisme

  

D’autant qu’en acceptant la requête des Etats-Unis d’accueillir des Ouïghours, ces pays prennent aussi le risque de s’attirer les foudres de Pékin.

 

 "Si l’Allemagne n’accepte pas de recevoir les Ouïghours, ce n’est pas dit mais c’est certainement suite à des pressions chinoises", rapporte Nathalie Berger.

 

Depuis jeudi, le gouvernement chinois intime aux Etats-Unis l’ordre de "cesser de remettre des suspects terroristes à des pays tiers" et exige le rapatriement des 17 Chinois dont les quatre Ouïghours arrivés dans l’archipel de Palau.

 

"La Chine exige que la partie américaine applique les résolutions du Conseil de sécurité en la matière et se conforme à ses obligations internationales sur l'antiterrorisme", avait ainsi déclaré jeudi le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Qin Gang, lors d'une conférence de presse.

 

Pékin souhaite en effet pouvoir les juger pour leur appartenance au Mouvement islamique du Turkestan oriental - considéré par les Nations unies et les Etats-Uniscomme une organisation terroriste.

Première publication : 12/06/2009

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