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FRANCE

Le déni de grossesse en question au procès des "bébés congelés"

Texte par Dépêche

Dernière modification : 15/06/2009

Psychologues et psychiatres sont auditionnés à partir de ce lundi par la cour d'assises d'Indre-et-Loire, qui instruit le procès de Véronique Courjault, jugée pour trois infanticides. La question du "déni de grossesse" sera notamment abordée.

AFP - Après quatre jours consacrés aux faits et aux témoignages, le procès de Véronique Courjault, jugée pour trois infanticides aux assises d'Indre-et-Loire, entre lundi dans une phase cruciale avec l'audition de psychologues et psychiatres et l'ouverture du débat sur la notion de "déni de grossesse".
  

L'expression n'a pas encore été employée depuis le début du procès. Pourtant, Véronique Courjault, 41 ans, petite femme brune, très amaigrie, symbolise aujourd'hui le mystère du déni de grossesse, largement évoqué au début de l'affaire.
  
"Dans un procès, il y a deux lectures. On vient de juger les faits basiques, criminels, maintenant on va parler du problème de fond, de l'aspect psychologique et psychiatrique", explique Me Marc Morin, avocat des parties civiles.
  
Les débats s'annoncent serrés entre l'accusation et la défense, et les déclarations à la barre des experts-psychologues et experts-psychiatres qui ont rencontré l'accusée durant l'instruction pourraient être déterminantes.
  
"Un accusé n'a pas toutes les clefs. Les prochaines journées seront importantes. On aura peut-être des clefs", souligne Me Morin.
  
"Le cas de Mme Courjault ne se résume pas à cette notion" de déni de grossesse, tempère toutefois Me Hélène Delhommais, un des conseils de l'accusée. "Il faut juger cette femme en fonction de sa personnalité, de ce qu'elle a fait", ajoute l'avocate.
  
Les faits justement ont été largement abordés lors de la première semaine du procès. Le président de la cour Georges Domergue s'est attaché longuement au côté criminel et judiciaire de l'affaire, confrontant à plusieurs reprises l'accusée à ses déclarations durant l'instruction et au procès.
  
Mme Courjault a reconnu que les faits étaient "monstrueux et inexplicables", mais elle a affirmé "n'avoir pas prévu de donner la mort aux enfants" contrairement à ce qu'elle avait dit pendant l'instruction, lui a fait remarquer le président.
  
"Ma réflexion a évolué. Je me sens acculée. C'est pas l'instruction, c'est un jugement", a réagi l'accusée, dont l'un des avocat, Me Leclerc, a évoqué "deux Véronique". "Elle essaie comme nous de comprendre et c'est dur de comprendre", a expliqué à la cour Me Leclerc, qui a eu de vifs échanges avec le président.
  
"J'ai eu conscience à un moment d'être enceinte. Cet état m'a échappé", a aussi affirmé l'accusée, qui a connu des journées éprouvantes mais a toujours fait des efforts pour tenter de répondre aux questions, parfois en larmes, sur le point de craquer, parfois avec une certaine colère.
  
Les quatre premiers jours du procès ont par ailleurs montré une famille et des amis solidaires derrière l'accusée: "une bonne maman, une bonne épouse et une bonne amie", une femme "discrète, réservée" avec laquelle ils échangeront de nombreux sourires durant leurs dépositions. Tous ont dit ne pas s'être aperçus que "Véro" était enceinte.
  
Le mari, Jean-Louis Courjault, a lui aussi plaidé en faveur de sa femme, qu'il a constamment soutenue par des regards et des sourires. "Je veux confirmer le soutien à ma femme, tout l'amour que je lui porte. Pendant la reconstruction, je serai là", a-t-il déclaré, demandant à la cour "d'aller au-delà de la réflexion logique, cartésienne".
  
Le procès doit s'achever le 17 juin. Jugée pour "assassinats", Véronique Courjault encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
  

Première publication : 15/06/2009

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