- Birmanie - Rébellion - Réfugiés - Thaïlande
La région de l’est birman s'est transformé en front depuis quelques jours, où l’on tire à vue.
À un jet de pierres de la Birmanie, un jeune réfugié emmène l'équipe de FRANCE 24 sur le chemin qu’il a dû prendre avec sa famille pour échapper à une vaste offensive gouvernementale et passer en Thaïlande.
À moins de cent mètres apparaît une colonne de soldats birmans. Ils sont des centaines, comme eux, déployés ici. Ils ont lancé une attaque surprise contre les rebelles de l’ethnie karène. Il faut partir.
Du côté thaïlandais, les villages sont déserts. C’est l’antichambre de la guerre.
En première ligne, des volontaires sont là pour secourir les réfugiés.
Alors qu'ils répondent aux questions de FRANCE 24, un tir de mortier se fait entendre. Les combats reprennent.
"Ils veulent exterminer les Karens, dit une volontaire occidentale qui doit garder l’anonymat pour des raisons de sécurité. Le monde doit comprendre que ce qui se passe devant nous est aussi terrible que la situation au Darfour. La différence, c’est que l’on ne voit pas ce qu’il s’y passe. Mais ces bruits de la guerre, on les entend."
À un kilomètre de là se situe le premier refuge pour des centaines de familles qui viennent d’arriver. Des femmes et des enfants épuisés, qui ont souvent dû marcher une semaine à travers la jungle, sous des pluies torrentielles. Il y a aussi de nombreux blessés. L’armée birmane attaque systématiquement les villages accusés de soutenir les rebelles. Les premières victimes du conflit sont les civils.
"Moi, j’ai perdu une jambe en sautant sur une mine", dit un homme allongé sous une tente et entouré de ses jeunes enfants. "Il en arrive de plus en plus. Ils fuient les combats bien sûr, mais ils ont surtout peur d’être fait prisonniers par l’armée et d’être utilisés comme porteurs," explique Maung Maung, le responsable du refuge. "Il faut vraiment que le monde nous vienne en aide pour arrêter la guerre. Que ces gens puissent rentrer dans leurs villages et vivre en paix."
Toute cette vaste zone frontière a été placée en état d’alerte maximum.
D’ailleurs, un peu plus loin, une patrouille de reconnaissance thaïlandaise s'est positionnée, jumelles rivées sur les bunkers birmans.
Il faut dire que les combats débordent de plus en plus en Thaïlande depuis quelques jours.
"Ils tirent des obus qui explosent ici. C’est sans arrêt", affirme l’un d’entre eux.
"Moi, franchement je les déteste, ces soldats birmans", confie-t-il ensuite.
Une fois encore, un drame humanitaire se profile dans cette région martyre du Sud-Est de l’Asie.
La rébellion karène de Birmanie est la plus ancienne guérilla du monde. Elle se bat depuis 1949. Déjà plus de 120 000 réfugiés s’entassent dans des camps créés pour certains il y a plus de vingt ans. Cette nouvelle offensive gouvernementale ressemble à un coup de grâce pour neutraliser toute forme d’opposition ou de résistance dans le pays. Ces prochains jours, on estime que des milliers de nouveaux civils karens vont être contraints de franchir la frontière thaïlandaise.














