La taxe carbone, qui vise à réduire la dépendance de la société au pétrole et autres énergies fossiles, se heurte à une difficulté de taille: comment s'assurer qu'elle soit comprise et acceptée, a fortiori dans un contexte économique difficile.
Si l'idée d'un mécanisme destiné à "bousculer les comportements" face au défi du réchauffement climatique séduit, les débats se sont tendus vendredi au deuxième jour de la "Conférence des experts" sur la question de l'acceptabilité d'une mesure synonyme, concrètement, de hausse du prix de l'essence à la pompe.
"Jusqu'ici, toutes les tentatives en ce sens ont été coulées par peur qu'elles soient impopulaires", souligne Philippe Quirion, chargé de recherche au CNRS et membre du Réseau action climat France (RAC). "Est-ce qu'on va réussir à franchir l'obstacle cette fois-ci ? Ce n'est pas garanti".
Sensible politiquement, cette question renvoie à celle de l'utilisation des recettes que générera cette "contribution climat énergie" : environ 8 milliards d'euros par an, supportés schématiquement pour moitié par les ménages et pour moitié par les entreprises.
La Fondation Nicolas Hulot propose que cette manne soit redistribuée sous la forme d'une allocation universelle ou "chèque vert", de 130 euros par ménage, qui récompenserait par conséquent ceux qui ont les comportements les plus "verts".
La question centrale est d'être "pédagogique, clair et transparent", et d'éviter un "tour de passe passe fiscal", explique Benoît Faraco, de la Fondation, qui met en avant un dispositif similaire mis en place avec succès dans la province canadienne de la Colombie britannique.
Si elle est simple et parlante, cette proposition se heurte cependant à un constat: tous les Français ne partent pas sur un pied d'égalité, en particulier ceux qui habitent en milieu rural, pour lesquels l'utilisation de la voiture n'est pas une option.
"Il faut que la taxe carbone soit perçue comme équitable", a mis en garde Jean-Pierre Bompard de la CFDT. "Ce n'est pas un problème de marketing, de communication ou de pédagogie, il s'agit de savoir vraiment qui la portera".
Selon des chiffres présentés par Vincent Marcus, de l'Insee, le niveau de vie ne peut être le seul facteur retenu pour mesurer son impact. Et de donner l'exemple d'une famille avec deux parents actifs et un enfant vivant en milieu rural, pour qui elle représenterait environ 30O EUR par an, contre 80 EUR pour une famille monoparentale vivant dans un appartement en ville.
"Les taxes sur l'énergie sont les taxes qui sont les plus impopulaires qui soient", a mis en garde de son côté François Carlier, de l'association de consommateurs UFC-Que Choisir, l'un des rares intervenants à faire part de son scepticisme quant à l'efficacité environnementale de cet outil.
Pour Jean-Charles Hourcade, du Centre international de recherche sur l?environnement et le développement (CIRED), la taxe carbone est une "idée d'avenir incontournable" mais la clé est de ne pas rater la négociation sociale pour la gérer. "Sinon, elle sera rejetée dès qu'on va lui faire passer un certain seuil".
Une table ronde, prévue le 9 juillet, permettra de faire la synthèse de ces travaux avant les arbitrages gouvernementaux sur cette "contribution" d'un genre nouveau.
"Elle est faite pour changer la société et ne se fera pas contre les personnes (...) On ne passera pas en force", a assuré cette semaine la secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie Chantal Jouanno.













