Les parents de Mohit Verma rêvaient de voir leur fils de 18 ans devenir un brillant ingénieur en informatique. Ce couple qui habite à New Delhi était loin de se douter que la pression constante qu'ils ont exercé sur Mohit allait le pousser à bout.
En juin, celui-ci s’est effondré. Deux jours après avoir reçu les résultats de ses examens d’admission à l’université, Mohit s'est pendu. Dans une lettre laissée à ses parents, il s’excuse de ne pas avoir été à la hauteur de leurs espoirs.
“Mohit n’avait pas obtenu de notes suffisamment élevées pour intégrer une bonne école d’ingénieur, raconte Indu Mehta, l'une des professeurs du jeune homme, à FRANCE 24. Il a probablement dû imaginer que ces mauvais résultats allaient contrarier ses parents", analyse-t-elle.
Durant ce même mois de juin, 16 autres étudiants se sont suicidés en Uttar Pradesh, un État du nord de l’Inde, apparemment en raison de leurs mauvais résultats scolaires.
Aujourd’hui, la pression sociale sur les étudiants indiens est une réalité : ils doivent faire un parcours scolaire excellent et une carrière professionnelle brillante. Comme dans d’autres pays d’Asie, tel le Japon ou la Corée du Sud, échouer aux examens est devenu inenvisageable.
Depuis 2006, au moins 16 000 étudiants indiens se sont suicidés, selon un rapport publié par le ministère de la Santé, en mai 2008. Les autorités ont, certes, promis de réformer le système éducatif pour alléger cette pression, mais le système n’est pas seul en cause.
La compétition tue
À tous les niveaux, la concurrence est épuisante. Alors que l’émulation est déjà grande entre les étudiants, parents et professeurs mettent la barre encore plus haut en faisant des comparaisons.
Pour Bittu Sandhu, assistante sociale à Chandigarh, une ville du nord du pays, ils ont une large part de responsabilité dans la détresse des étudiants.
"Indirectement, les professeurs sont aussi responsables, admet Indu Mehta, enseignante. La réputation d’une école dépend des résultats lors des examens d’entrée à l’université. Les professeurs sont donc obligés de pousser les étudiants à avoir de bonnes notes", explique-t-elle.
Il en est de même pour les parents. “L’enfant est soumis à une immense pression dès le plus jeune âge, explique Bittu Sandhu. De nombreux parents veulent que leur fils ou leur fille soit parfait. Ils doivent donc avoir les meilleurs notes possibles… Il en va de la fierté de la famille", ajoute-t-elle.
"La pression est telle que, pour inciter son enfant à finir son assiette, une mère lui dit qu’il deviendra le premier de la classe", explique Sandhu.
Les parents de Mohit disent, eux, "que tout ce qu’ils voulaient, c’était que leur fils réussisse dans la vie". "Je n’ai jamais été très loin professionnellement, mais je voulais voir mon fils faire une belle carrière", confie son père, dévasté.
Bittu Sandhu constate que les suicides et les cas de dépression sont particulièrement nombreux dans les familles dont les parents n'ont pas fait beaucoup d'études. "Les couples diplômés se concentrent sur l’épanouissement global de l’enfant", explique-t-elle.
Les études et rien d’autre
La mère de Kartik Sood avait la réputation de pousser son fils à travailler dur pour pouvoir faire médecine. Un voisin raconte qu’”elle était capable de l'enfermer dans une chambre pendant des heures pour le forcer à étudier, alors qu'il n'avait que 16 ans. Son seul rêve était de le voir devenir médecin”, ajoute-t-il.
"Puis un jour, pétrifiée, elle a dit qu'elle avait trouvé une lame de rasoir sous le matelas de son fils, se souvient-il. Elle avait peur qu’il ait une tendance suicidaire." Cette menace ne l'a cependant pas fait changer d’attitude envers Kartik. Elle a continué à le pousser à réussir les examens d’entrée pour la faculté de médecine, en vain.
Si le jeune homme a tenu le coup, l’ambition de sa mère "a ruiné la famille, qui a dépensé sans compter pour embaucher des professeurs particuliers, et a brisé l’enfant émotionnellement", raconte le voisin.
Nombre d’étudiants indiens sont placés dans des situations difficiles pour réaliser les rêves ambitieux que leurs parents ont pour eux.
Anamika Sinla a 23 ans. Elle fait des études de management à New Delhi. Passionnée de tennis, elle aurait aimé devenir joueuse professionnelle. "Mais, pour mes parents, le tennis ne devait être considéré que comme une activité extrascolaire, raconte-t-elle avant de confier : Je vais m’engager dans une profession que je ne vais pas réellement apprécier..."



















Commentaires
nous ne sommes pas épargnés! Pression, compétition, stress...
PARENTS : ne se rendent pas comptent de la pression qu’ils demandent : être toujours plus performant...et comme si leurs JOURNEES n’étaient pas suffisamment LONGUES on rajoute des COURS PARTICULIERS !
CORPS ENSEIGNANT : les jeunes doivent assumer le TAUX DE REUSSITE des établissements! Ils n'apprennent plus par PLAISIR D’APPRENDRE mais pour des NOTES! Donc réflexions « TU ES NUL » et STRESS
SPORT, compétition remplace le mot plaisir !
NOS JEUNES NE SONT PAS HEUREUX et certains se SUICIDENT pour être le meilleur…de quoi ? D’ une société malade, bonjour l’épanouissement de nos jeunes !
Et ceux qui ne rentrent pas dans notre moule du système scolaire vont galérer car aujourd'hui même pour être caissier, il faut le BAC!!!Vivement qu'un homme politique ait le cran de bouger le mammouth envers et contre toutes les grèves!
En attendant, laissons nos enfants RESPIRER, VIVRE et faisons leur CONFIANCE!
Sommés de réussir ....
Cette dépêche n'est surprenante que parce qu'en France les parents ont depuis longtemps renoncé à exercer de telles pressions, et que - pour l'instant du moins - le système social empêche que l'échec scolaire soit trop dramatique.
Quant à imputer ces suicides au système universitaire, c'est idiot. L'Inde peut-elle se payer le luxe de maintenir dans le système scolaire des étudiants qui ont fait la preuve de leur insuffisance, et de leur octroyer des diplômes indus ? Cela n'aurait pour effet que de démonétiser lesdits diplômes, c'est à dire de desservir ceux qui les ont justement gagnés.
Et qui entrerait sans frémir dans le cabinet d'un médecin qui aurait obtenu ses diplômes sous la pression d'un chantage moral (échec = suicide) ?
Certes, en Inde ou ailleurs, un suicide est un malheur. Mais avant de juger ce que les Indiens devraient faire, demandons-nous quelles leçons ils pourraient nous donner en retour.
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