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Culture

À Paris, regards croisés sur Henri Cartier-Bresson

Texte par Ségolène ALLEMANDOU

Dernière modification : 06/07/2009

Deux expositions sont dédiées, cet été à Paris, à "l’œil du siècle", Henri Cartier-Bresson. Le Musée d'art moderne propose des photos grand format tandis que la Maison européenne de la photographie offre un choix plus classique.

On ne le présente plus. Ses initiales HCB se suffisent à elles-mêmes tant ses clichés ont fait le tour du monde. Le photographe Henri Cartier-Bresson (1908-2004) est à l'honneur cet été dans deux musées parisiens. Le Musée d'art moderne (MAM) propose une réplique d’une exposition organisée à Friboug en 1975, tandis que la Maison européenne de la photographie (MEP) présente quelque 120 clichés mythiques de Cartier-Bresson, co-fondateur de l'agence de presse Magnum.

 

Deux couples qui pique-niquent un dimanche sur les bords de la Marne; une fillette qui court dans une ruelle à Sifnos, en Grèce; les funérailles des victimes du métro Charonne; Henri Matisse à son domicile de Vence un crayon dans une main, une hirondelle dans l'autre...  Au total, 70 photographies du maître, datant de 1929 à 1975, sont exposées au Musée d'art moderne. Une sélection restreinte au vu de son œuvre.

 

"Le meilleur de son travail"

 

Etonnante exposition. De fait, le MAM propose des tirages particulièrement grands (70x90cm et 90x120cm), contrecollés sur du carton, uniques au monde. Certains laissent même apparaître le bord du négatif - preuve qu'ils n'étaient jamais recadrés. Ce procédé offre une grande proximité au visiteur, d'autant que les clichés sont présentés sans cadre ni plexiglas - donc sans reflet -, et avec une disposition très aérée.

Ces photographies sont exposées pour la première fois depuis ving-cinq ans. HCB en a fait don au Musée d'art moderne en 1982, après les avoir sélectionnées dans le cadre d'une exposition à Fribourg en 1975. Il dit avoir choisi "le meilleur de [son] travail". Il  s'agit en effet d'un regard particulier à une époque où il décide de se tourner vers le dessin.


L'exposition prend place dans une unique salle, organisée autour de quatre thèmes, afin de découvrir les différentes facettes du travail de l'artiste. Dès ses "Premières œuvres", les tirages laissent apparaître l'importance de la composition pour HCB, alors passionné de peinture et attiré par les surréalistes. "Témoin de son temps" retrace les reportages du photographe, toujours armé de son Leica, à travers ses différents périples au Mexique, États-Unis, Japon, Inde ou encore en Turquie. Dans la "Vie quotidienne", son travail révèle un aspect humaniste, en privilégiant les gens dans leur environnement plutôt que l'évènement en lui-même. La dernière partie rassemble ses portraits, "un exercice très difficile", selon HCB. "C'est le point d'interrogation posé sur quelqu'un", disait-il. 

 

Absence de mise en scène


La Maison européenne de la photographie a, elle, opté pour une sélection de clichés à partir des 320 œuvres que compte sa collection, cela autour de deux grands thèmes : Paris et les Européens. Le premier se base sur l’exposition “Paris à vue d’œil” au Musée Carnavalet, dans le cadre du Mois de la Photo en 1984. Le second reprend une exposition intitulée “Des Européens” présentée à la MEP en 1997.

Des enfants qui jouent derrière un mur éventré en Italie, un cycliste au milieu d'un escalier, le courronnement de George VI à Londres, des enfants qui jouent sur le mur de Berlin... Autant d'images mythiques, disposées néanmoins de façon plus conventionnelle, qui illustrent parfaitement "le tir photographique", si cher à Cartier-Bresson. Elles incarnent l'instant décisif, mais aussi révèlent l'absence de mise en scène. "La photographie est un couperet qui dans l’éternité saisit l’instant qui m’a ébloui", se plaisait-il à dire.

Les deux expositions se disent être avant tout complémentaires. "Ce doublé permet de découvrir deux approches d’un même photographe", estime Jean-Luc Monterosso, directeur de la MEP. "C'est un choix qui mêle le connu au moins connu. Tout le monde y trouve son compte", indique pour sa part Emmanuelle de l'Ecotais, commissaire de l'exposition au Musée d'art moderne.

Si la Maison européenne de la photographie propose un choix d'incournables qui saura satisfaire les néophytes venus découvrir l'artiste, les initiés préféreront sans doute la sélection, plus originale, du Musée d'art moderne.

Première publication : 06/07/2009

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