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Moyen-Orient

Tsahal mise en cause par des soldats ayant opéré à Gaza

Vidéo par Marc DE CHALVRON

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 15/07/2009

"Dans le doute, tuez." Telle aurait été, selon les témoignages anonymes recueillis par une ONG israélienne auprès de militaires, l'une des consignes données aux soldats de Tsahal lors de l'offensive menée à la fin 2008 à Gaza.

Six mois après l’opération militaire israélienne "Plomb durci" menée dans la bande de Gaza, les langues se délient au sein de Tsahal. L’association israélienne Breaking the silence, qui enquête sur les agissements des soldats israéliens dans les territoires palestiniens, a publié un rapport critique basé sur une série de témoignages récoltés auprès de militaires. "Parfois, on forçait un civil à avancer devant le soldat", raconte un sergent de réserve. "Mieux vaut atteindre un innocent qu'hésiter à viser un ennemi", rapporte un autre gradé en évoquant les consignes, dont le mot d’ordre était "Dans le doute, tuez".

 

Les autorités israéliennes rejettent ces accusations et parle de "coup médiatique".

 

L’association Breaking the silence a été créée en 2004 par des vétérans de l’armée qui avaient été choqués par le comportement abusif de certains gradés israéliens. Leur objectif : scruter le comportement des soldats de Tsahal dans les territoires palestiniens.

 

 

 

Le rapport de 112 pages rendu public par l’ONG repose sur des témoignages vidéo, pour la plupart anonymes, recueillis auprès de 25 soldats israéliens engagés, entre le 22 décembre 2008 et le 18 janvier 2009, dans l’opération "Plomb durci". En partie financée par des associations israéliennes de défense des droits de l'Homme, l'Union européenne, ainsi que par les gouvernements britannique, néerlandais et espagnol, Breaking the silence a déjà publié, en 2005 et 2007, des rapports sur l’occupation à Hébron. "Elle joue le rôle de trouble-fête vis-à-vis du gouvernement, mais a surtout un impact médiatique", précise Marc de Chalvron, correspondant de FRANCE 24 à Jérusalem.

 

Ces quelque 25 témoignages décrivent une atmosphère de destruction massive. "On tirait tout le temps, de jour comme de nuit, raconte un sergent de réserve dans les brigades d’infanterie. "Est-ce que nous avons vu des combattants ennemis ? Non, j’insiste là-dessus. Nous n’avons vu personne, absolument personne. Nous n’avons identifié aucun suspect ou combattant du Hamas."

 

Les militaires dénoncent en outre l’impunité dont bénéficiaient les hommes en uniforme. "La question du sort des innocents n’a jamais été évoquée. Et quand ça l’était, c’était pour dire qu’il n’y avait pas d’innocents là-bas, qu’ils étaient nos ennemis. Voilà la phrase que notre commandant répétait sans cesse", indique Amir, le seul sergent qui a choisi de témoigner à visage découvert.

 

Israël fustige l’anonymat des sources

 

Certains récits vont jusqu’à évoquer des crimes de guerre, les civils étant souvent utilisés en première ligne comme des boucliers humains. "Pour rentrer dans les maisons en évitant de se faire piéger par des charges explosives, nous forcions des civils à casser les murs pour faire un trou par lequel nous pourrions rentrer, se rappelle l’un d’entre eux. Et parfois, on forçait un civil à avancer devant le soldat. Le soldat posait son fusil sur l’épaule du civil. Il avançait comme ça en bouclier."

 

L'Etat d'Israël, accusé par Amnesty International, Human Rights Watch et l'ONU d'avoir causé des pertes civiles et des destructions injustifiables dans la bande de Gaza, a toujours rejeté ces mises en cause.

 

Interrogé par FRANCE 24, Ygal Palmor, porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, parle d’un "coup médiatique" orchestré par l’ONG, et pointe du doigt son manque de professionnalisme. "Tous les témoignages sont anonymes, on ne sait pas où ont lieu les incidents, à quelle date, commente-t-il. On ne peut pas enquêter, on ne peut rien vérifier." Et d’ajouter : "Si effectivement, il s’est passé des choses graves, ce qui n’est pas à exclure a priori, donnez-nous la possibilité d’enquêter mais ne vous cachez pas derrière l’anonymat." L'armée israélienne interdit formellement à ses soldats de parler aux médias.

 

 

Amnesty International dément l’affirmation des autorités israéliennes selon laquelle les 25 témoignages recueillis ne seraient pas représentatifs des milliers de soldats déployés durant l’opération.

 

 

Selon l’ONG, le rapport de son homologue israélienne, avec qui elle a déjà eu l’occasion de travailler, est crédible et bien documenté. "Ce ne sont pas des témoignages anonymes. Nous connaissons les soldats qui ont parlé, nous connaissons leur visage et leur nom, nous avons aussi recueilli leur témoignage", indique Donattela Rovera, à la tête de la délégation qui a publié, au début de juillet, le rapport intitulé "Opération ‘Plomb durci’ : 22 jours de morts et de destruction à Gaza".


Donatella Rovera souligne le fait que, six mois après l’opération, le gouvernement israélien et l’armée n’ont jamais demandé à entendre aucune victime ni aucun témoin. "Nous avons également demandé des réunions aux autorités à ce sujet, sans jamais avoir de réponse", déplore-t-elle.

 

Durant l’opération "Plomb durci", les autorités n’avaient pas autorisé les journalistes à entrer dans la bande de Gaza pour faire leur travail. Selon une ONG palestinienne, le bilan des raids menés par Tsahal à Gaza s’élève à 1 417 tués, dont 926 civils, côté palestinien. L'armée israélienne parle de 1 166 morts, dont 295 civils. Côté israélien, dix soldats et trois civils ont trouvé la mort dans les combats.

 

Première publication : 15/07/2009

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