- Maroc - Mohammed VI
Dix ans après son avènement, Mohamed VI reste un mystère. Roi d’une monarchie particulière, où se mêlent tradition et modernisme, il entretient une distance protocolaire et n’accorde presque jamais d’interviews. Pourtant, le roi est partout : à la une des journaux, bien sûr, mais aussi derrière tous les grands projets du royaume.
Notamment les grands chantiers économiques : mille kilomètres d’autoroutes, des dizaines de centres d’affaires, des hectares de zones franches, et d’imposants projets touristiques. « Le Maroc de Mohamed VI, c’est un grand chantier, explique Dominique Brunin, directeur général de la Chambre Française de Commerce et d’industrie du Maroc. C’est un grand chantier au sens propre du terme. Il suffit de circuler dans les principales villes pour voir effectivement les chantiers à Rabat, à Casablanca, à Tanger… Mais le Maroc est aussi en chantier de façon tout aussi perceptible, mais peut-être moins visible dans les mentalités. »
La réforme du code de la famille, par exemple, a permis de poser les bases d’une égalité entre les hommes et les femmes. Mais si la société bouge, la structure du pouvoir, elle, n’a pas sensiblement évolué, comme le précise Khadija Ryadi, Présidente de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) : « Il y a des choses qui ont été faites. Par exemple, le code de la famille a permis des petites avancées. Bien sûr, ce n’est pas encore l’égalité totale. Et l’application de ce qui existe reste toujours problématique. En plus, les pouvoirs restent concentrés entre les mains du roi et de la monarchie. Le gouvernement lui-même n’a pas de vrai pouvoir exécutif. D’ailleurs, la presse a demandé au Premier Ministre – après sa nomination par le roi – quel était son programme… Il a répondu qu’il allait faire ce que le roi lui avait demandé. »
En effet, au Maroc, la plupart des grandes réformes émanent d’abord et avant tout du Palais. Le gouvernement, quant à lui, est surtout là pour appliquer les orientations royales. « Aujourd’hui on arrive à une hyper monarchie qui a complètement effeuillé les institutions - le gouvernement, le parlement…, analyse Ali Amar, journaliste et auteur de « Mohamed VI, le grand malentendu ». Ce système continue sur une forme de gouvernance qui passe par la cooptation des élites plus que par un fonctionnement démocratique des institutions. »
Résultat, en 2007, les élections législatives ont enregistré un taux record d’abstention. Les Marocains ont boudé les urnes, comme s’ils avaient compris que le pouvoir est avant tout entre les mains de la monarchie. « Je suis pour que le roi règne, mais ne gouverne pas, poursuit le publicitaire Noureddine Ayouch, un proche du Palais. Mais d’un autre côté, il est devant l’incompétence et l’incapacité des partis politiques à prendre les choses en main. Je crois que ce qu’il fait, c’est pour combler les lacunes. » Mais reste une question. Si le pouvoir du roi est réellement là pour combler un vide, ne freine-t-il pas également le renouveau de la classe politique ?

























