Dernière modification : 19/01/2010 

- Crise économique - France - Journalisme - Photographie


Gamma, de l'âge d'or aux lendemains qui déchantent
Gamma, qui s'apprête à déposer le bilan, incarne l'âge d'or du photojournalisme à la française. Retour sur ses débuts "euphoriques" et regards sur l'avenir encore flou de l'agence, victime d'une crise qui touche toute la profession.
Par Apoorva PRASAD / Sarah LEDUC (texte)
Valérie Labonne (vidéo)
Dernière victime de la crise du photojournalisme et de la presse, Gamma, l’agence mythique cofondée par Raymond Depardon et Gilles Caron en 1966, est en cessation de paiements. Eyedea Presse, le groupe qui la coiffe, devrait déposer le bilan devant le Tribunal de commerce de Paris le 31 juillet. Avec Sygma et Sipa, Gamma a contribué à faire de Paris la capitale mondiale du photojournalisme des années 1970 à 1990. L’agence, qui obtenu des dizaines de prix au World Press photo et révélé des artistes tels que Sebastião Salgado ou William Karel, incarne 40 ans de photographie.

 

 

Fondateur de Gamma en 1966 puis de Sygma en 1973, Hubert Henrotte, journaliste, se souvient avec nostalgie des débuts "euphoriques" de l'agence qui s'est distinguée, selon lui, par son intégrité.

 
 
 
 

"Sans Depardon et Caron, l’agence ne serait pas devenue ce qu’elle a été. Gilles Caron a lancé Gamma avec la guerre des Six jours en Israël. Il était le premier photographe à avoir traversé le Sinaï. Il en a tiré un reportage de 18 pages pour Paris-Match et surtout la célèbre photo du soldat israélien se prélassant sur le Canal de Suez. Après, ça a été un enchaînement de scoop et de photos devenues depuis célèbres."

 
Gilles Caron / Fondation Gilles Caron / courtesy Galerie Thierry Marlat
Un homme tente de calmer une foule de manifestants devant un immeuble en feu, Irlande du Nord, août 1969.

"Gamma a été la première agence à fonctionner sur le principe du 50/50 : tout était partagé à 50 % pour le photographe, 50 % pour l’agence, que ce soit les recettes ou les frais. Et ce, avec un principe d’intégrité absolue."
 
"Les photographes étaient motivés car ils savaient qu’ils pouvaient compter sur leur agence. Il n’y a pas eu une vente, une parution qui n’ait été payée. Ils partaient et couvraient tous les sujets en sachant qu’ils allaient toucher jusqu’au dernier centime ! C’est ça la révolution du reportage photographique français, contrairement aux Etats-Unis où les journalistes partaient sur des ‘assigments’."

"Les débuts étaient euphoriques. Il y avait aussi des problèmes bien sûr, mais surtout de solides amitiés, une aventure de copains. Ce sont des souvenirs fantastiques. C’est avec beaucoup de tristesse que je vois tout ça s’effondrer."

 
 
Hubert Henrotte est l'auteur de
Hachette Litteratures, 2005
 

George S. Blonsky est un photojournaliste indépendant qui a travaillé occasionnellement pour l’agence Gamma jusqu’en 2005. Il a couvert des événements dans le monde entier dont, récemment, les Jeux paralympique de Pékin en 2008.

"Ce qui m’a attiré chez Gamma, au-delà du prestige de l’agence, c’est qu'ils étaient très emballés par mon travail - contrairement à d’autres équipes éditoriales. Ils étaient de plus extrêmement humains."

"Il y a quelques années, je n’aurais jamais cru qu’une telle agence puisse fermer. Mais maintenant, c’est devenu un phénomène quasi quotidien. Avec cette situation économique… la lutte devient chaque jour plus difficile. "

La lutte devient chaque jour plus difficile
George S. Blonsky

"En tant que photographe, j’avais l’habitude d’être envoyé sur le terrain avec un journaliste. Maintenant, [dans la presse], les gens attendent qu’on leur envoie des kits, et ils ne les publient que si ça leur plaît. "
"Il y a eu tout un battage au début de la photographie amateur mais Getty a bien montré qu’au final, c’est une non-entité. Je pense que des sites comme Demotix [site de journalisme citoyen et agence, ndlr], vont être de plus en plus exigeants et que le photojournalisme professionnel ne sera pas affecté outre mesure."

Jean-François Leroy, directeur du festival international de photojournalisme de Perpignan, Visa pour l'Image, dénonce une "erreur monumentale de gestion" qui  a conduit l'agence à la cessation de paiements. 

"Gamma en est là aujourd’hui à la suite d’une erreur monumentale de gestion. Le problème des agences de presse aujourd’hui, c’est que les financiers qui sont aux commandes n’y connaissent rien. Ils veulent tout planifier, mais on ne peut pas prévoir l'actualité."

 
Tous les gens qui aiment la photo se sentent aujourd'hui cocus et orphelins
Jean-François Leroy

"Aujourd’hui, il y a pleins de grands photographes. Laurent Van der Stock , Noël Quidu et les autres veulent tous continuer et ils continueront à produire. Ils ne vont pas s’arrêter. Ce n’est pas la fin d’un monde. Mais ils ne sortent plus. On dit que ce n’est pas 'rentable'."

"Ce que les financiers n’ont pas compris, c’est que la production d’aujourd’hui sont les archives de demain. On a une responsabilité devant l'Histoire quand on reprend Gamma. Tous les gens qui aiment la photo se sentent aujourd’hui cocus et orphelins."

 
Festival international de photojournalisme
Perpignan - du 29 août au 13 septembre 2009
Commentaires (2)

photojournalisme

A propos de photojournalisme, un article intéressant bien qu'incomplet :

http://zinc.ouvroir.info/spip.php?article32

Bien à vous,
Marc

Fin de Gamma

Je suis attristé par la situation de Gamma, comme de l'ensemble de la profession photojournalistique. Quel respect ont ces financiers pour l'engagement personnel et professionnel qu'ont eu des gens comme Gilles Caron ou Depardon, et qui perdure aujourd'hui chez beaucoup? Sans compter sur l'immense patrimoine iconographique laissé et les changements qu'on pu avoir sur l'évolution du monde certains reportages.

Des firmes comme Microsoft rachètent des agences et des phothotèques pour en faire des "usines rentables"... Un reportage photo n'a rien à voir avec un logiciel ou une boite de conserve, les paramètres qui rentrent en compte n'ont aucun rapport avec l'élaboration technique d'un produit. Et que dire des agences coopératives comme Rapho et autres? Comment vont elles survivre face au ras de marée de la financiarisation dérégulée? J'espère vraiment que le monde de la photographie arrivera à s'en sortir. A bon entendeur

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