- Maroc - Mohammed VI - Pauvreté
Casablanca, la capitale économique du royaume, est devenue le symbole du Maroc qui bouge. Ce Maroc des voitures de luxe, des centres d’affaires, des villas huppées et des magasins chics. Grâce à la finance et à l’immobilier, l’élite économique du pays s’est considérablement enrichie ces dix dernières années. Et pourtant, dans le dernier rapport des Nations Unies sur le développement humain, le Maroc rétrograde à la 126e place, très loin derrière les autres pays du Maghreb.
L’opulence d’une minorité contraste toujours avec les difficultés de la plupart des Marocains. En 2007, d’ailleurs, la hausse vertigineuse des prix a porté la colère dans la rue. Chômage, corruption, services publics défaillants : les frustrations du Maroc oublié ont éclaté au grand jour dans différentes régions du royaume. « À présent, il y a deux couches dans ce pays, expliquait un manifestant dans les rues de Casablanca à l’époque de ces manifestations. Une couche qui mène une existence vraiment inimaginable, avec des moyens qui dépassent toute imagination. Et une autre couche qui n’arrive même pas à subvenir à ses besoins les plus élémentaires. »
Il y a un peu plus d’un an des émeutes ont également éclaté à Sidi Ifni. Toujours pour les mêmes raisons : misère, chômage, futur incertain. Depuis, le climat social semble apaisé, mais les problèmes demeurent, comme à Sefrou, point de départ de la contestation en 2007. A l’époque, Mustapha avait participé aux manifestations. Diplômé en littérature, sans travail, il s’est résolu à accepter un petit boulot dans la boutique de son frère… « Maintenant, je suis parmi les pauvres, explique-t-il J’achetais des choses… Des journaux, par exemple, quotidiennement. Maintenant, je n’en achète plus. »
Et pourtant, les chantiers en faveur des plus démunis se multiplient à travers le royaume depuis l’avènement du roi Mohamed VI. Des logements économiques, des centres sociaux… Mais cela ne résout pas le problème des inégalités qui sont davantage liées au modèle de développement. « Nous sommes dans un modèle économique qui favorise l’accumulation de richesses, le creusement des inégalités sous prétexte que l’accumulation des richesses serait de nature à promouvoir l’investissement privé, donc la croissance, explique l’économiste Najib Akesbi. C’est la fameuse thèse : les profits d’aujourd’hui, c’est l’investissement de demain et c’est l’emploi d’après demain. On est encore dans cette fable où malheureusement toutes les expériences à l’échelle internationale ont montré la faillite. »
Cette augmentation des disparités s’explique aussi par la faillite du système éducatif public... En 2008, le Maroc s’est doté d’un ambitieux plan de relance de l’éducation. Heureusement, car il y a urgence.

























