Un des pays les plus pauvres du monde, l'Ethiopie est restée très longtemps fermée, et les traditions y ont la vie dure. Les femmes y sont très souvent maltraitées, victimes également de mutilations génitales. Pourtant les choses commencent à changer. Parfois sous l'impulsion du gouvernement, d'autres fois grâce à l'énergie de certains individus comme Zumra Nuru, qui a décidé de créer un village où les hommes et les femmes ont strictement les même droits. Une idée très originale qui n'a pas toujours rencontré l'enthousiasme, mais qui aujourd'hui prospère.
Situé au nord d'Addis Abeba dans la région de Gondar, Awramba à première vue est un village éthiopien comme les autres. Mais à y regarder de plus près, on remarque une situation très inhabituelle particulièrement en Afrique, comme des femmes qui labourent et des hommes qui cuisinent.
Le village compte environ 400 habitants qui ont décrété que les hommes et les femmes sont absolument égaux. Ils travaillent selon leurs capacités et talents, et non pas selon la répartition traditionnelle des rôles entre les sexe. La communauté, unique en Ethiopie, a été crée par Zumra Nuru, 62 ans. Au début, on l'a traité de fou. Société patriarcale chrétienne ou musulmane, l'Ethiopie autorisait il y a encore 15 ans un mari à "discipliner" son épouse.
"La vie était tellement déséquilibrée pour ma mère quand j'étais enfant: elle passait toute la journée à travailler aux champs avec mon père et en rentrant elle devait encore cuisiner, nettoyer, s'occuper des enfants", se rappelle le veil homme entouré de ses enfants et petits enfants.
"Si elle ne terminait pas mon père la battait. Je me souviens que je trouvais ça très injuste et je ne voulais pas de cette vie-là", ajoute-t-il.
Arrivé à Awramba en 1972, Zumra a tenté une première fois d'implanter son utopie égalitariste. Peu soutenu à l'époque, il a dû fuir. Il affirme qu'on a même tenté de le tuer. A son retour en 1993, il connu plus de succès. Le partage égal des fardeaux de la vie quotidienne a remporté le soutien des habitants même si c'est le seul endroit d'Ethiopie où les femmes labourent ou tissent et les hommes lavent les enfants ou cuisinent. Et cette petite révolution étonnament fait tache d'huile.
"J'ai entendu des émissions à la radio sur notre mode de vie. La plupart des auditeurs estimaient que notre façon n'est pas la plus facile, amis que c'est la plus juste et que ça devrait être comme ça partout", explique un des habitant d'Awramba, Legasse Fente.
Pour vivre, la communauté fait tourner un moulin, et pratique le tissage, normalement en Ethiopie c'est une tâche réservée aux hommes. Comme l'agriculture, ces travaux sont partagés entre les hommes et les femmes. Le droit des femmes et des épouses est strictement respectés alors que dans le reste du pays, c'est généralement la tradition, très défavorable aux femmes, qui prime sur la loi.
Melkenesh Seid, une des habitantes d'Awramba est satisfaite de cette situation: "Etre membre de cette communauté ça veut dire que je suis respectée dans ma famille et traitée en égale. Je peux faire valoir mes droits, et si je ne suis plus heureuse dans mon mariage, je divorce et j'aurai 50% de nos biens."
Treize comités élus et mixtes ont été mis en place pour dicuter chaque semaine des questions de développement, d'hygiène, de sécurité pour le village. Pour Zumra, son modèle de société doit s'étendre et pourquoi pas au delà de l'Ethiopie.
Zumra Nuru est satisfait d'avoir accompli quelque chose. "J'ai déjà atteint mon premier objectif en établissant cette communauté. Maintenant mon rêve c'est que le monde entier connaisse notre mode de vie."
Conscient de son âge le vieil homme espère bien que la communauté lui survivra et que ses filles auront une vie meilleure que celle vécue par sa mère.

























