Dernière modification : 31/07/2009 

- Grèce - Incendie


Incendies, à qui profite le crime ?
Autour du bassin méditerranéen, les incendies ravagent les forêts. En Grèce, les feux de 2007 avaient dévasté des centaines d'habitations, mettant en cause l'absence de politiques de prévention et la spéculation immobilière. Reportage.
Par Alexia KEFALAS (texte)

En Grèce, les feux de 2007 avaient fait 77 morts, brulé des centaines d’habitations et anéanti 270 000 hectares de forêts et de cultures. À l’époque, le gouvernement au pouvoir mettant en avant la théorie d’un obscur complot criminel pour expliquer les feux. Les causes avancées maintenant sont autres : intérêts des spéculateurs immobiliers et, surtout, le manque de politiques de prévention.

 

Retour sur le Mont Pendelique, au nord d’Athènes. Dimitri Stergiou, le maire de la région, revient sur les hauteurs qui étaient en proie à des incendies ravageurs il y a deux ans à peine. Aujourd’hui, plus question de se laisser prendre par les flammes. Il s’active sur le terrain pour intercepter dès la première minute les départs de feux et préserver ce qui reste de ce dernier poumon de la capitale.

Ce mont, qui borde la capitale, fait partie des lieux les plus convoités par les agents immobiliers : pinèdes, chemins pittoresques, vue imprenable sur la ville et même sur la mer et les îles proches. Déjà, les incendies de 1998 avaient ravagé une partie de la montagne. Quelques années plus tard, des constructions avaient remplacées les arbres.

 

"Notre terre vaut de l’or et les constructeurs font pression pour planter des maisons", souligne Dimitri Stergiou, le maire conservateur de Pendeli. "L’État a la plus grande part de responsabilité. Il a qualifié la région de constructible après les feux de forêt. Moi, je vais me battre contre ça et surtout contre le monastère s’il ne nous laisse pas replanter des arbres là ou ça a brûlé."

Le monastère de ce mont, qui était une petite église il y a encore quelques années, est au cœur de la polémique. Les associations de défense de la nature et l’opposition socialiste dénoncent un projet de construction de complexe hôtelier pour accueillir un tourisme religieux de luxe sur la terre décimée. Briques et sacs de ciment sont pourtant présents derrière le monastère et l’extension du site semble être très avancée.

 

La loi serait donc différente pour l’Église. Les moines refusent de témoigner sur ces chantiers en cours et nous demandent de quitter les lieux. Les incendies de 2007 ont ravagés près de 6% des forêts de Grèce. Depuis, le gouvernement peine à faire appliquer la loi sur la reforestation. La situation est d’autant plus difficile que la Grèce est seulement maintenant en train de se doter d’un cadastre. Cela laisse place à toutes les spéculations. L’Église, premier propriétaire foncier du pays, est donc pointée du doigt.

 
"Il faut séparer l’Église de l’État au plus vite", selon Spiros Kouvelis, le spécialiste de l’environnement au parti socialiste, le PASOK. "Il est difficile de contrôler les citoyens, alors que dire de l’Église ? Aucune véritable mesure de reforestation ni de plan de prévention des feux n’a été encore prise à ce jour. En une nuit, on voit pousser de nouvelles villas. Au lieu d’être détruites, elles sont légalisées".

 

En 1997, Pentelis étai une forêt vierge, aujourd’hui c’est le nouveau "Beverly hills" grec. Les villas les plus imposantes grignotent chaque année un peu plus la terre. Et les voisins craignent à présent de voir Athènes devenir la ville la plus cimentée d’Europe. C’est le cas d’Eleni, une habitante de la région : "Avec les vents violents en ce moment, je ne dors plus, j’ai peur de voir surgir de nouveaux feux puis de nouvelles maisons. Il faut dire que, maintenant, un terrain ici coûte plus d’un million d’euros pour moins de 500 m²".

 

Comme la plupart de ses voisins, Eleni dénonce le caractère criminel de ces feux de forêt. "Les incendiaires savent dans quel sens le vent souffle et comment, où et quand mettre le feu pour faire passer cela pour une conséquence du changement climatique", explique t-elle.

 

Pendant ce temps, les feux ont repris dans tout le pays. L’opinion publique accuse l’État de ne pas avoir tiré les leçons des feux de 2007 et de fermer un peu trop les yeux au détriment de la nature. Les habitants de la région du Pendelique ont décidé de se relayer pour rester en état d’alerte tout l’été. Mais ils demandent à l’État une plus grande intervention pour protéger avant tout le pays et ses habitants, tout en luttant contre les intérêts des spéculateurs.

 

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