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EUROPE

La pilule abortive RU486 est autorisée malgré la pression de l'Église

Texte par Dépêche

Dernière modification : 31/07/2009

La pilule abortive RU486 va pouvoir être commercialisée en Italie, malgré les réticences de l'Église catholique et du gouvernement de Silvio Berlusconi. Ce médicament est autorisé en France depuis 1988.

AFP - L'agence italienne du médicament (Aifa) a donné son feu vert jeudi soir à la commercialisation de la pilule abortive RU486 au terme de près de deux ans de procédure, malgré les fortes pressions de l'Eglise et les réticences du gouvernement Berlusconi, a rapporté l'agence Ansa.

L'Aifa a ainsi accédé à la demande du laboratoire français Exelgyn qui avait déposé en novembre 2007 une demande de mise sur le marché italien de la pilule abortive, un médicament autorisé en France depuis 1988.

Au terme d'une réunion fleuve d'environ six heures, le conseil d'administration de l'agence du médicament s'est prononcé en faveur de la mise sur le marché italien de la RU486, à quatre voix contre une.

La pilule abortive ne pourra être administrée "que dans le cadre hospitalier" et "avant le 49e jour de grossesse, c'est-à-dire avant la septième semaine", a précisé à l'issue de la réunion Giovanni Bissoni, un des membres du conseil d'administration.

La RU486 --à ne pas confondre avec la pilule du lendemain, le Norlevo, commercialisée en Italie depuis 2000-- permet de ne pas recourir à l'avortement chirurgical et d'interrompre par voie médicamenteuse une grossesse non désirée, inférieure à cinq voire sept semaines selon les pays où cette pilule est prescrite.

Outre l'Eglise catholique qui défend les "droits" de l'embryon "dès sa conception", la droite conservatrice et plusieurs membres du gouvernement de Silvio Berlusconi étaient également réticents à la commercialisation de la RU486.

Le président émérite de l'Académie pontificale pour la Vie du Vatican, Mgr Elio Sgreccia, avait réaffirmé dans la journée de jeudi "l'excommunication pour le médecin, la femme et tous ceux qui poussent à l'utilisation" de la RU486. Cette pilule "n'est pas un médicament mais un poison mortel", a-t-il déclaré à plusieurs médias.

"On prend une décision comme s'il s'agissait d'un quelconque anti-fièvre et non d'un instrument pour supprimer une vie, même si elle en est à son stade initial", avait pour sa part déclaré le sous-secrétaire à l'Intérieur, Alfredo Mantovano.

"C'est la culture de la mort qui triomphe", a affirmé jeudi soir dans un communiqué un député du parti UDC (centre-droit), Luca Volonté.

La loi italienne de 1978 autorisant l'avortement a également permis aux médecins d'user de leur droit à "l'objection de conscience" pour refuser de pratiquer l'acte, une possibilité appliquée par 70% des gynécologues dans le pays, selon les chiffres officiels.

En 2008, 121.406 avortements ont été pratiqués en Italie, soit une baisse de 4,1% par rapport à l'année 2007.

Vingt-neuf femmes seraient mortes dans le monde depuis 1988 après avoir pris la RU486, selon des données rapportées ces derniers jours par le gouvernement italien.

"Il s'agit de cas dans lesquels notre mifépristone (la molécule du RU486) n'a pas été pris selon les indications. C'est une accusation ridicule. Ces femmes ne sont pas mortes de l'avortement", a réagi Exelgyn jeudi dans un entretien à La Repubblica.

En 2005, des expérimentations de la pilule menées dans trois hôpitaux italiens avaient suscité de très vives protestations dans les milieux religieux et conservateurs.

Le droit à l'avortement avait également été au centre des débats lors des législatives d'avril 2008, avec notamment une liste "l'avortement, non merci" d'un proche du chef du gouvernement Silvio Berlusconi, le journaliste Giuliano Ferrara.

Première publication : 31/07/2009

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